(BFM Bourse) - L'ancienne avocate, ministre française de l'Economie puis directrice générale du FMI assurera à partir de novembre la présidence de la Banque centrale européenne. Tout indique qu'elle poursuivra la politique accommodante engagée par son prédécesseur Mario Draghi. Mais son plus grand défi sera sans doute de parvenir à faire évoluer le cadre institutionnel européen, en militant pour une plus grande intégration des politiques budgétaire et monétaire.
Son prétendu manque de connaissances techniques ne trompera que ceux qui ignorent que dans les grandes opérations financières, ce sont les avocats qui décident de tout, en abandonnant aux banquiers le soin de compléter quelques tableurs et calculer quelques ratios (d'après les avocats). Au terme de sa carrière au sein du cabinet d'avocats d'affaires Baker McKenzie -dont elle fut la première femme et la première personnalité non américaine à assurer la présidence- Christine Lagarde n'ignorait déjà plus grand chose des ficelles de la finance.
Et elle a eu tout le loisir de peaufiner son expertise au chapitre de la macro-économie lors de sa participation à plusieurs gouvernements puis à la tête du Fonds monétaire international, où elle a acquis une expérience de première main en termes de maintien de la stabilité financière par gros temps.
Alors que Mario Draghi arrive au terme de son mandat, auréolé de sa réputation de sauveur de l'euro, sa nomination apparaît s'inscrire dans la continuité du biais accommodant enclenché par le maestro milanais.
En tant que patronne du FMI, elle a clairement défendu le recours à des mesures monétaires non-conventionnelles telles que les taux négatifs. Interrogée par le Parlement européen en vue de la confirmation de sa nomination, Christine Lagarde a déjà fait savoir qu'elle envisageait le maintien d'une politique monétaire dans un avenir prévisible. Après le nouvel ensemble de mesures annoncé le 12 septembre par la banque centrale, aucune inflexion ne semble donc à l'horizon sous l'ère Lagarde.
"Son bilan impressionnant devrait soutenir la crédibilité de l'institution et favoriser les réformes de la zone euro à une époque de profondes divisions", apprécie Giacomo Barisone, analyste à l'agence de notation financière Scope Ratings. De façon significative, la future présidente de la BCE affirme que des mesures tant monétaires que budgétaires sont justifiées pour renforcer l'économie de la zone euro.
Dans la durée, elle devrait oeuvrer à une poursuite des évolutions institutionnelles à la BCE, en élargissant la palette de nouveaux outils dégainés par Mario Draghi, ce qui pourrait passer par un assouplissement de l'approche du sacro-saint objectif d'inflation - actuellement un taux de progression des prix "au-dessous, mais à un niveau proche, de 2%, sur le moyen terme". Le risque étant toutefois, note Scope, que les nouvelles mesures monétaires restent insuffisantes à empêcher la zone d'entrer dans une période prolongée de faible croissance et de faible inflation.
Ainsi, au-delà de la politique monétaire, on peut s'attendre à ce que Christine Lagarde milite activement pour de nouvelles réformes de la zone euro, dont le cadre institutionnel reste largement inachevé, en appelant à finaliser l'union bancaire et l'union des marchés de capitaux, anticipe Scope Ratings. Forte de son expérience pendant la crise des dettes souveraines, où elle a piloté la mise en place de différents plans de sauvetage, elle devrait aussi réitérer ses appels à assouplir les règles budgétaires de l'Union, pour donner plus de marges de relance aux pays confrontés à une récession économique, et à mettre en place un budget commun pour faire face aux chocs.
Certes ces sujets demeurent controversés à la fois entre et au sein des Etats-membres. Les gouvernements n'ont jusqu'ici progressé que très timidement vers la création d'un budget commun, incapables déjà de s'entendre sur un montant et des ressources. La fragmentation du Parlement risque de freiner tout progrès.
Dans ce contexte, note Giacomo Barisone, le plus grand atout de la présidence Lagarde pourraient être ses talents diplomatiques. Avec la future présidente de la Commission Ursula von der Leyen, elle pourrait contribuer à la définition d'un agenda de réformes plus ambitieuses en matière de coordination fiscale, institutionnelle et structurelle de la zone euro - tout en assurant un environnement monétaire extrêmement accommodant.