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Marché : Ultime valeur refuge, le dollar atteint un pic historique malgré les craintes sur l'économie américaine

samedi 21 mars 2020 à 11h30
Le roi dollar fait son retour sur le Forex

(BFM Bourse) - Alors que les marchés actions ont subi une violente correction lors des dernières semaines, n'épargnant aucunement les indices américains, le dollar atteint quant à lui des sommets historiques face à un panier de devises majeures. Un mouvement brutal qui se s'explique également par une conjonction de facteurs techniques.

La crise sanitaire mondiale touche désormais de plein fouet les États-Unis, où les cas de coronavirus se multiplient. Conséquence directe, de plus en plus de banques et institutions abaissent très fortement leurs estimations de croissance pour la première économie mondiale. Or, en plein krach boursier outre-Atlantique, "le dollar s’est récemment -et contre toute attente- retourné de manière dramatique face à un panier de devises" relève John Plassard, directeur adjoint de Mirabaud Securities. Or ce brusque mouvement peut avoir des conséquences économiques dramatiques, notamment pour les pays émergents.

Le Bloomberg Dollar Index au plus haut depuis sa création

L'indice Bloomberg Dollar Spot Index (BBDXY) est considéré par les traders Forex comme le plus pertinent pour suivre la performance d'un panier de dix grandes devises par rapport au dollar américain, du fait de sa composition actualisée régulièrement pour constituer un ensemble représentatif du point de vue du commerce et de la liquidité. Actuellement, l'euro pèse 32,6% de l'indice, le yen japonais 14,6%, le dollar canadien 11,9%, la livre sterling 11,5%, le peso mexicain 9,9% mais le yuan chinois seulement 3%.

Calculé depuis fin 2004, le BBDXY est rééquilibré chaque année pour tenir compte des flux d'échanges annuels par rapport au dollar américain, tels que rapportés par la Fed et l'enquête triennale sur les devises les plus liquides de la BRI (la banque centrale des banques centrales).

En baisse vers 1.190,98 points le 9 mars dernier, l'indice s'est depuis envolé de 8,4% pour atteindre jeudi 19 mars un sommet inédit depuis sa création, à 1.291,54 points.

Une "poussée de fièvre quasi sans précédent tellement elle a été rapide et violente" note John Plassard.

Roi-dollar, "carry trade", réserves de devises, "short squeeze", etc.

Comme le démontre John Plassard, une multitude d'événements simultanés ont permis cette violente remontée du dollar depuis un peu plus de dix jours. En premier lieu, on constate très logiquement un "différentiel de performance économique" énorme entre les régions du monde selon le niveau de crise sanitaire auquel ils doivent faire face. "La Chine a tout d'abord été impactée de plein fouet par le coronavirus (ISM et PMI historiquement bas), l’Europe vient d’en ressentir les premiers effets (ZEW ou encore iFo allemand) alors que les statistiques économiques en provenance des États-Unis ne reflètent pas encore d'arrêt brutal de la consommation américaine" précise-t-il.

Autre facteur à l'oeuvre: même si certains pensaient cette époque révolue, le dollar continue à jouir pleinement du statut de valeur refuge. "En temps de crise, les investisseurs plébiscitent la résilience de l'économie américaine, les meilleurs taux et la forte demande de dollars à l’international. Cela a déjà été le cas par le passé, notamment dans des périodes sombres telles que 2008 ou encore 1987" souligne John Plassard, qui ajoute que "le retour de l’aversion au risque favorise aussi le dollar américain, dont le statut de monnaie de réserve internationale est inégalé". Ceci bien qu'un fléchissement significatif de l'économie du pays apparaissent inéluctable.

Par ailleurs, lorsque les banques centrales interviennent pour se défendre contre une dépréciation excessive, elles rachètent leurs propres devises le plus souvent contre des dollars américains ce qui fait baisser le billet vert. C’est ce qu’on a constaté à la fin du mois de février, relève encore John Plassard. Or, la baisse du dollar modifie mécaniquement la composition en devises des actifs de réserve, "ce qui pousse à des opérations de rééquilibrage qui amène à... l’achat de dollars américains". Fondateur et trader chez Traderchange.com, Philippe Lhermie prend l'exemple de banques centrales (Russie, Singapour, Corée du Sud) qui disposent de grosses réserves en dollars et ont vu leur monnaie attaquée depuis le début du mois. Face à l'effondrement du rouble (près de -20% sur un mois face au billet vert), "la banque centrale russe vend du dollar pour racheter du rouble. Sauf qu'après, elle n'a plus assez de dollars par rapport au sterling ou à l'euro pour respecter ses contraintes de réserves de change... donc elle vend de l'euro pour racheter du dollar", détaille-t-il.

Plus technique, le phénomène du "carry trade", alimenté par la volatilité observée depuis consiste à profiter des écarts de rendement entre différents types d'actifs quelques semaines sur le Forex, produit également son petit effet. Concrètement, cette technique d'arbitrage consiste à profiter des écarts de rendement entre différentes devises. Autrement dit, un investisseur achète une devise à un taux d'intérêt faible et place cet achat sur un marché où les taux d'intérêt sont bien plus élevés. "Le taux de refinancement de la BCE est à 0% depuis 2016 donc de nombreux "hedge funds" se sont engouffrés dans la brèche pour faire du "carry trade", autrement dit emprunter à 0% des fonds sur le marché interbancaire européen pour les placer en Turquie ou en Afrique du Sud" observe Philippe Lhermie.

"Pendant des années, les investisseurs ont vendu de l'euro pour acheter de la lire turque (notamment via des actions ou des obligations) sauf que quand celle-ci se casse la figure, il revendent l'obligation turque pour racheter de l'euro. Or, la crise financière devient mondiale donc les devises émergentes baisses fortement et les investisseurs débouclent leur position en panique et en perte". Ces "ventes paniques se font au cours du premier vendeur qui se présente, car la liquidité se raréfie" sur certaines devises constate par ailleurs Philippe Lhermie. Sur ce point, "la grande facilité de négociation du dollar lui procure aussi une valeur refuge", considère le trader Forex.

"Nous sommes dans un cas extrême et si toute crise commence différemment, il finit toujours par une crise de liquidités" ajoute le spécialiste. Les investisseurs tentent donc dès à présent "d'aller sur les actifs les plus liquides, pour limiter leurs pertes. Et de nombreux investisseurs sont obligés d'acheter du dollar ne serait-ce que pour se couvrir car les "prime broker" réclament des provisions en dollars sur les pertes".

Si les couvertures de change jouent en faveur de l'appréciation du dollar, les débouclages de ces mêmes couvertures aussi, comme l'explique John Plassard : "Un investisseur international qui achète des actifs américains (rappelons qu’il y a plus de détenteurs d’actions américaines à l’international qu’au niveau domestique), se couvre normalement contre le risque de change. Lorsque le marché boursier baisse (comme actuellement), l’investisseur se doit de réduire la valeur notionnelle de ses couvertures, ce qui génère mécaniquement des achats de dollars".

L'onde de choc se répercute sur les devises émergentes

Si les principales devises étrangères (euro, livre sterling, yen japonais, etc.) sont secouées depuis le début du mois, "de nombreuses monnaies ont souffert depuis près de 10 jours: la roupie indonésienne navigue à un niveau proche de celui de la crise des devises asiatiques de la fin des années 1990, la livre turque évolue à son niveau d’il y a deux ans, le rouble russe est au plus bas depuis près de quatre ans et enfin le rand sud-africain et le peso argentin n’ont jamais atteint de tels planchers face au dollar" énumère John Plassard.

Globalement, l'influence négative d'un dollar dort sur les marchés émergents se diffuse au travers de trois canaux. "Le premier est une influence négative sur les matières premières qui impacte fortement les exportateurs qui résident en majeure partie dans les pays émergents. Le second est le profil de la dette extérieure des marchés émergents (et des entreprises émergentes) généralement libellée en dollar, qui augmente alors mécaniquement et devient de plus en plus difficile à gérer pour les pays émergents". Enfin, ces derniers s'exposent au "risque d'une fuite des capitaux des pays émergents au profit des actifs en dollar, plus rémunérateurs" craint le responsable des investissements chez Mirabaud Securities.

En somme, "tout le monde veut du dollar et je pense que ce n'est pas fini" affirme Philippe Lhermie, qui redoute une poursuite des remous sur les autres actifs.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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