(BFM Bourse) - Dans une note publiée mi-août, la banque américaine oppose des contre-arguments à une série d'idée reçues sur l'Europe boursière. Goldman Sachs explique notamment que le Vieux Continent n'est pas si vulnérable que cela à la Chine et qu'il ne sous-performe pas tant que cela les autres marchés.
L'image d'Épinal veut que l'Europe reste un marché actions à la traîne de Wall Street et de l'hyper-croissance de ses bénéfices générés par les Sept magnifiques, ou des Bourses chinoises avec leurs champions technologiques (Tencet, Baidu ou encore Alibaba).
Le cliché s'est déjà avéré faux l'an passé, lorsque nombre d'indices européens, comme le FTSE 100 de Londres, l'Ibex 35 de Madrid, le DAX 40 de Francfort ou encore le FTSE Mib de Milan, ont affiché des performances comprises entre 20% et 50%, surperformant largement le S&P 500 (+16,4%) et le CSI 300 (+17,7%), qui rassemble les grandes capitalisations des Bourses de Shenzhen et de Shanghai.
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Dans une note intitulée "The secret outperformer" ("le marché qui surperforme en secret"), Goldman Sachs est revenu sur les "mythes" qui malmènent la réputation de l'Europe en Bourse, pour mieux casser ces idées reçus.
Précisons, avant de lister ces "mythes", que Goldman Sachs reconnaît que certains reproches prononcés à l'encontre de l'Europe sont légitimes.
Parmi ceux-ci, la banque souligne qu'il est vrai que le Vieux continent a peu de sociétés innovantes avec une croissance très élevée. Ainsi 48% des groupes composant le S&P 500, l'indice phare de Wall Street, affichent une progression de leurs ventes attendue par les analystes à plus de 10%, contre seulement 14% pour le Stoxx Europe.
"C’est la principale différence avec les États-Unis. Ce n’est pas que l’Europe ait plus d’entreprises en difficulté ou plus d’entreprises qui croissent moins vite que le PIB", écrit la banque.
Parmi les autres griefs "justes", Goldman Sachs explique qu'il est vrai que l'Europe a du mal à orienter l'épargne de ses ménages vers les actifs risqués, ce notamment pour des raisons de régulation. Par ailleurs, l'Europe est effectivement à la traîne dans la course à l'intelligence artificielle.
Mais Goldman Sachs se demande si cela est nécessairement une si mauvaise chose. "Avec les rendements et le coût du financement de l'IA de plus en plus remis en question, le statut de l'Europe en tant que marché générant de l'argent plutôt que le dépensant pourrait jouer en sa faveur, comme nous l'avons vu cette année", écrit-elle.
Voici, par contre, les huit mythes que déconstruit Goldman Sachs :
1/ L'Europe n'a pas de croissance (des bénéfices)
Sur ce point, l'établissement écrit simplement que les chiffres montrent une autre vérité.
"Le récit dominant selon lequel l'Europe a du mal à générer de la croissance des bénéfices est de plus en plus en décalage avec les données. La croissance du bénéfice par action pour le premier semestre atteint +14% sur un an, le rythme le plus fort depuis trois ans, et cela malgré un nouveau choc sur l'approvisionnement en énergie, qui a historiquement été considéré comme un frein aux bénéfices européens", note Goldman Sachs.
La banque a révisé sa prévision de croissance des bénéfices pour les membres de l'indice paneuropéen Stoxx Europe 600 à 15% pour 2026, contre 10% précédemment.
Deutsche Bank avait d'ailleurs remarqué au début du mois que les résultats des entreprises européennes avaient "défié la morosité" avec une hausse de 22% des bénéfices par action au deuxième trimestre.
Comme la banque allemande, Goldman Sachs reconnaît que le secteur énergétique et pétrolier a joué un rôle important dans la croissance des bénéfices. Mais même en excluant ce secteur, la hausse se cale à 7%, ce qui illustre "une reprise saine et diffuse" à l'ensemble des secteurs.
2/ L'Europe a une faible profitabilité et rentabilité
Certes, le retour sur fonds propres ("return on equity", ROE), qui rapporte les bénéfices aux capitaux, s'avère bien plus faible qu'aux États-Unis où ce ratio est "exceptionnellement élevé. Mais le ROE européen s'est nettement amélioré "car les marges et les rachats d'actions ont augmenté ces dernières années et les banques sont devenues plus rentables", fait valoir Goldman Sachs.
Les actions des groupes financiers (banques, assurance) ont pesé lourdement sur le ROE entre 2008 et 2021 en raison des taux d'intérêt bas et de la nécessité de reconstituer les fonds propres après les chocs combinés de la crise financière mondiale et de la crise souveraine, mais ces facteurs se sont maintenant inversés avance la banque américaine.
"De plus, les actions européennes sont fortement exposées à certains des plus grands changements thématiques que nous observons : dépenses de défense, infrastructures, électrification et centres de données (technologie et industriels). En comparaison, le ROE en Chine est beaucoup plus bas car la surcapacité et un accent relativement moindre sur les rendements pour les actionnaires ont freiné les rendements et la performance du marché boursier chinois depuis un certain temps", argue encore Goldman Sachs.
3/ L'Europe sous-performe tout le temps
Goldman Sachs écrit que durant la décennie qui a suivi la crise de 2008-2009, l'Europe a effectivement souffert de la comparaison avec les autres marchés, tant en termes de performance boursière que de croissance des bénéfices par action.
"Mais, ces dernières années, et surtout depuis la pandémie, les performances ont été beaucoup plus mitigées que ce que le récit du marché ou la plupart des investisseurs racontent", fait valoir Goldman Sachs.
"Depuis 2022, les banques européennes ont largement surperformé les Sept Magnifiques. De plus, depuis le début de 2025 - et malgré le choc des droits de douane et une crise d'approvisionnement en énergie – le Stoxx Europe bat le S&P 500", ajoute la banque.
Wall Street a pâti d'une valorisation élevée, de taux d'intérêt plus hauts qui ont pesé sur la tech, des questions sur le financement et le rendement des dépenses dans l'intelligence artificielle ainsi que du phénomène "HALO" qui favorise les secteurs industriels avec de lourds capitaux fixes mais peu susceptibles d'être bouleversés par l'IA.
"De plus, les actions européennes ont été soutenues par la forte augmentation des dépenses budgétaires en Allemagne et l'absence de grands chocs politiques en Europe a contribué à maintenir une prime de risque en baisse. 2027 pourrait être plus difficile étant donné que plusieurs grands pays auront des élections, notamment la France, l'Italie et l'Espagne", écrit Goldman Sachs.
4/La concurrence chinoise représente un choc important et insurmontable pour l'Europe
Ce "mythe" a évidemment un fond de vérité. Les constructeurs automobiles en Bourse souffrent depuis le début de l'année de l'offensive de leurs concurrents chinois qui commencent à leur grignoter sérieusement des parts de marché sur le Vieux continent.
Selon Bernstein, les marques chinoises ont atteint une part de 10,7% du marché des voitures particulières en Europe occidentale au deuxième trimestre 2026.
"Il ne fait aucun doute que (les exportations chinoises, NDLR) frappent très durement l'industrie allemande et des secteurs comme l'automobile et la chimie, nous recommandons de sous-pondérer ces deux secteurs", concède Goldman Sachs.
Toutefois la banque fait valoir que tout cela n'a pas empêché les marchés européens de bien performer et avance que les investisseurs ne se rendent pas compte que les secteurs les plus vulnérables ne sont pas ceux qui ont le poids le plus important dans les indices. L'automobile représente certes 10% des revenus du Stoxx Europe 600, mais seulement 1% de sa capitalisation boursière.
"De vastes pans du marché des actions européennes ne sont soit pas affectés, soit protégés, soit il est peu probable qu'ils le soient dans un avenir proche, ou ce sont des secteurs où les avantages de la Chine ne sont pas évidents, comme dans les matériaux de construction qui ne peuvent pas être transportés économiquement sur de longues distances", écrit Goldman Sachs.
"La majorité des secteurs ne sont pas visiblement vulnérables à une baisse des prix causée par la production chinoise : cela inclut la finance, l'énergie, les services aux entreprises, les médias, les voyages et loisirs, l'industrie pharmaceutique et des secteurs domestiques comme l'immobilier, les télécoms et les 'utilities' (services aux collectivités, NDLR)", développe encore l'établissement.
"De plus, le consommateur européen devrait profiter de prix plus bas et d'une inflation moins élevée que ce qui serait le cas autrement, ce qui booste les revenus réels et le pouvoir d'achat ailleurs – par exemple sur les services, que les grandes entreprises européennes cotées ont tendance à fournir", conclut Goldman Sachs.
5/ Les prix de l'énergie élevés malmènent les bénéfices par action des entreprises européennes
Goldman Sachs explique qu'il y a là encore une différence cruciale entre l'économie et les marchés actions européens (qui sont exposés à hauteur de 50% à l'international).
"Pour la plupart des économies européennes, des prix de l’énergie plus élevés freinent fortement la croissance étant donné la forte dépendance aux sources d’énergie externes. Mais pour les actions, il existe une corrélation positive entre le bénéfice par actions et les prix de l’énergie", écrit encore la banque.
"Cela s’explique par l’importance des secteurs de l’énergie et des ressources de base, mais en plus, d’autres secteurs comme les services publics, la chimie et la finance peuvent bénéficier de la combinaison d’une inflation et de taux plus élevés et ont généralement des contrats avec répercussion des coûts. Pour beaucoup d’autres secteurs, l’impact de la hausse des prix de l’énergie est marginal ou quasi nul — télécommunications, médias, santé par exemple. Les seuls perdants évidents sont les actions de consommation discrétionnaire", conclut la banque.
Le bémol reste toutefois le cas où les prix de l'énergie restent durablement élevés et commencent à malmener considérablement la demande.
6) Avec une économie européenne anémique, les marchés actions européens sont faiblards
En réalité seuls 40% des revenus des sociétés du Stoxx Europe 600 sont générés sur le Vieux Continent, 24% proviennent d'Amérique du Nord et 19% d'Asie-Pacifique, le solde étant réalisé dans d'autres pays émergents.
"Il y a un lien entre la croissance économique européenne et les revenus européens, mais il est plus faible qu'on ne le pense souvent, et les revenus dépendent davantage de la croissance mondiale, du pouvoir de fixer les prix et des prix des matières premières", écrit Goldman Sachs.
La banque explique au passage que la croissance européenne a en réalité mieux résisté à beaucoup de chocs (droits de douane, conflits, chocs énergétiques) que nombre d'observateurs l'anticipaient.
7/ Personne n'achète l'Europe
Les dernières données donnent totalement tort à ce mythe. Goldman Sachs observe que les flux entrants sur les actions européennes sont au plus haut depuis 10 ans, en écartant l'année 2021, ce grâce presque entièrement aux investisseurs étrangers.
"Nous pensons que la plupart de cela découle d'un désir de diversification (de la part des investisseurs, NDLR) étant donné une exposition concentrée aux États-Unis et au dollar, des valorisations élevées aux États-Unis, et des positions concentrées sur un petit nombre d'actions", écrit Goldman Sachs.
La banque note également que les entreprises elle-même ont investi dans les actions, soit via des rachats d'actions soit au travers de prises de participation et d'opérations de fusions-acquisitions, qui sont en nette hausse.
8/ L'Europe est moins chère que les États-Unis que parce que la croissance y est plus faible
Ce mythe voudrait tout simplement dire que retraité de l'écart de croissance entre les entreprises européennes et américaines, les valorisations sont comparables et donc Wall Street n'est pas si chère.
Goldman Sachs explique que cela n'est tout simplement pas vrai. La banque a découpé les pensionnaires du Stoxx Europe 600 en intervalles de croissance comparables avec le S&P 500 (par exemple moins de 0%, 4% à 6%, plus de 10% etc….). À l'exception des croissances très faibles, les groupes américains jouissent tout le temps d'une prime de valorisation.
La banque explique d'ailleurs que les décisions de plusieurs groupes européens, dont certains ont décidé de délocaliser leur présence boursière aux États-Unis pour bénéficier de multiples de valorisation plus élevés, tendent également à déconstruire ce mythe.
"Nous pensons qu'il y a une décote pour être européen – même quand des facteurs comme le secteur et la croissance attendue sont pris en compte – mais nous pensons qu'elle est méritée", explique Goldman Sachs.
