ROME, 7 février (Reuters) - La société Automotive Cells Company (ACC), détenue par Stellantis, Mercedes et TotalEnergies, a informé les syndicats qu'elle avait abandonné ses deux projets d'usine de batteries en Italie et en Allemagne, a déclaré samedi l'organisation syndicale italienne UILM dans un communiqué.
ACC, dont Stellantis est le principal actionnaire, prévoyait à l'origine de construire en tout trois gigafactories en Europe, en France, en Allemagne et en Italie.
Cependant, le syndicat des métallurgistes UILM a déclaré que la direction de la société l'avait informé que les projets prévus à Termoli, en Italie, et à Kaiserslautern, en Allemagne, avaient été "définitivement abandonnés".
ACC a déclaré dans un communiqué publié après celui du syndicat italien que les projets en Allemagne et en Italie étaient en pause depuis mai 2024, et ajouté que les "conditions préalables" à leur relance avaient peu de chances d'être remplies.
"Dans une logique d'étude de différents scénarios, nous avons ouvert un dialogue constructif avec les représentants du Comité d'Entreprise en Allemagne et avec les syndicats en Italie pour travailler, à propos des modalités d'arrêt éventuel des projets de Gigafactory de Kaiserslautern et de Termoli", dit le communiqué.
Stellantis a déclaré de son côté qu'il suivait de près la situation et qu'il restait "pleinement mobilisé" pour évaluer les implications industrielles et sociales de cette décision.
L'action Stellantis a chuté de 25,2 % vendredi, sa plus forte baisse journalière jamais enregistrée, après que le groupe franco-italo-américain a annoncé des charges exceptionnelles massives d'environ 22,2 milliards d'euros au second semestre 2025, reflétant notamment une révision en baisse de ses ambitions 100% électriques et le conduisant à anticiper une perte nette annuelle qui privera ses actionnaires de dividende.
TOUJOURS PAS D'AIRBUS DE LA BATTERIE
La perspective de l'abandon des projets allemand et italien d'ACC relancera le débat sur la capacité de l'Europe de construire sa propre filière de batteries électriques et de bâtir un "Airbus de la batterie" afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de l'Asie - Chine et Corée du Sud notamment -, en position ultradominante sur cette nouvelle technologie.
ACC avait gelé ses projets d'expansion de capacités en 2024 en raison des incertitudes sur les volumes de ventes de véhicules électriques en Europe, qui ont également confronté son concurrent NorthVolt à d'importantes difficultés financières, et de l'arrivée de chimies de batteries plus abordables.
Lors de l'inauguration de sa première gigafactory dans le nord de la France en mai 2023, ACC envisageait à l'horizon 2030 pas moins de neuf blocs de production de 8 GWh chacun, répartis entre la France, l'Allemagne et l'Italie et représentant un investissement total de 7,3 milliards d'euros.
Aujourd'hui, seuls deux blocs sont opérationnels en France - d'une capacité supérieure toutefois, de 15 et 13 GWh. L'un deux produit des batteries pour Stellantis, et un second alimentera bientôt Mercedes.
ACC doit encore réussir sa montée en cadence, une phase toujours délicate dans le secteur des batteries. Selon une source proche du dossier, la production de produits finis pour Mercedes est prévue à partir de la mi-2026, et les premières voitures du groupe allemand équipées début 2027, soit un peu plus tard que prévu initialement.
Côté Stellantis, cette décision d'ACC s'inscrit dans le contexte de la révision à la baisse des ambitions du constructeur automobile dans l'électrique.
Dans son précédent plan stratégique, le groupe avait estimé qu'il aurait besoin en tout d'une capacité totale de 250 GWh d'ici 2030, pour moitié en Amérique du Nord et pour l'autre en Europe. Vendredi, il a également annoncé revendre ses parts dans une JV de batteries au Canada à son partenaire LG.
L'UILM a déclaré que Stellantis avait précédemment présenté des plans pour la production de boîtes de vitesses et de moteurs à Termoli, mais n'avait pas fourni de détails opérationnels.
"L'échec de la construction de la gigafactory ACC doit en fait être compensé par des décisions industrielles claires et cohérentes", a déclaré le syndicat.
Stellantis a déclaré qu'il restait déterminé à investir dans la production de boîtes de vitesses et de moteurs à Termoli.
"Comme convenu il y a un an, ces mesures visent à soutenir le Made in Italy et à garantir l'avenir de l'usine. Les employés actuels d'ACC se verront proposer un emploi au sein de Stellantis", a dit l'entreprise.
(Rédigé par Crispian Balmer et Giulio Piovaccari, avec la contribution de Gilles Guillaume à Paris ; version française Tangi Salaün)
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