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Marché : Les groupes en faillite s'envolent à Wall Street, signe de l'irrationalité du rebond boursier

mercredi 10 juin 2020 à 09h39
Le titre Hertz s'envole alors que la société est en faiilite

(BFM Bourse) - Les titres de plusieurs groupes qui se sont récemment déclarés en faillite (Hertz, JC Penney, Whiting Petroleum) se sont littéralement envolés lundi, ce qui défie toute logique puisque les investisseurs ne pourront vraisemblablement pas récupérer leur mise.

Si vous aviez acheté pour 10.000 dollars de titres du loueur de voitures Hertz le lendemain du jour où il s'est déclaré en faillite, soit le 25 mai dernier, vous auriez pu les revendre... 125.000 dollars à la clôture de lundi à Wall Street. Au même moment, près de 140.000 utilisateurs de la grande société de courtage américaine Robinhood détenaient des actions de cette société, soit 40.000 de plus que le matin même, certains probablement sans savoir que la société s'était déclarée en faillite puisque rien ne l'indique sur la plateforme de courtage. Résultat, alors que le titre s'échangeait autour de 3 euros avant que la société criblée de dette ne se mette sous la protection de la loi sur les faillites, celui-ci valait 5,5 dollars à la clôture de lundi.

Et le phénomène ne concerne d'ailleurs pas seulement Hertz puisque les investisseurs s'entassent dans les actions des entreprises en faillite, pariant contre une procédure judiciaire qui débouche pourtant très régulièrement sur une perte sèche pour les actionnaires.

Outre Hertz, le foreur Whiting Petroleum et le détaillant J.C. Penney font également partie des entreprises qui ont vu leurs actions plus que doubler au cours des dernières séances de Bourse, bien qu'elles soient en faillite en vertu du chapitre 11, qui permet aux entreprises de se réorganiser sous la protection de cette loi. Au cours de la seule séance de lundi, les titres de ces deux sociétés, ainsi que celui du détaillant spécialisé dans les meubles et de décorations exotiques Pier 1 qui se trouve dans la même situation, ont tous bondi de plus de 70%. Chesapeake Energy et California Resources, deux sociétés en faillite imminente, ont également vu leur titre s'envoler (de 24,8 à 70 dollars pour la première et de 2,01 à plus de 3 dollars pour la seconde, qui est certes retombée en fin de séance).

Nouveau sommet historique pour le Nasdaq

Ces mouvements improbables surviennent alors que les marchés -et notamment Wall Street-poursuivent leur violent rebond sur fond de reprise économique. Après avoir repris plus de 47% depuis son plancher de mi-mars, le S&P est ainsi revenu en territoire positif depuis le début de l'année lundi. Quant au Nasdaq, il a touché encore ce mardi un nouveau sommet historique.

Les investisseurs misent donc sur le fait que la récente amélioration de la situation économique va permettre à certains de ces groupes de se sauver. Mais dire que le pari est risqué est un doux euphémisme, les détenteurs d'actions étant techniquement les derniers à être payés en cas de liquidation judiciaire. "Ne vous blessez pas dans Hertz ou Chesapeake" a ainsi averti l'animateur star de Mad Money sur CNBC, Jim Cramer, dans un tweet mardi. "Il est très probable que ces titres ne valent rien" a-t-il ajouté, insistant sur le fait que "les actions ordinaires ont la plus faible priorité en cas de faillite".

"Cela n'a pas vraiment de sens"

Dans une autre émission de la chaîne, baptisée "Squawk on the Street", l'animateur est allé plus loin en affirmant savoir "que les titres Chesapeake ne valent rien". "Beaucoup de gens veulent faire de l'argent rapidement et semblent penser que s'ils achètent Chesapeake, ils trouveront quelqu'un qui sera prêt à payer plus cher. Je me demande si c'est vraiment une stratégie à long terme et pas seulement un coup de dés dans une ruelle" a-t-il encore ajouté.

De nombreux observateurs affirment que ce comportement qui s'apparente à du jeu montre à quel point le rebond des marchés est spéculatif. Stratégiste en chef des actions et des produits dérivés chez le groupe de services financiers BTIG, Julian Emanuel évoque des signes d'"euphorie" qu'il n'avait plus vu depuis l'éclatement de la bulle internet. Il qualifie ce qui s'est passé lundi de "quelque chose que nous n'aurions jamais pensé voir", à savoir "l'achat de milliards d'actions de sociétés en faillite, envoyant leurs titres à +100%, +200% voire +300%". "Cela ressemble au comportement spéculatif que nous avions pu observer vu fin 1999 - début 2000, et cela n'a pas vraiment de sens rationnel".

"C'est formidable que Las Vegas soit à nouveau ouverte, mais qui en a besoin quand on a la Bourse à la place", a pour sa part ironisé Peter Boockvar, directeur des investissements chez Bleakley Advisory Group, sur Twitter.

Interrogé par le LA Times, un ancien négociant en créances de faillite Kirk Ruddy souligne l'aspect psychologique du phénomène: "J'ai toujours pensé que les gens ont un désir psychique d'acheter des actions à bas prix. Les investisseurs particuliers peuvent acheter de grands noms qu'ils reconnaissent sans se rendre compte à quel point il est rare que les actionnaires récupèrent quoi que ce soit en cas de faillite".

Des avertissements entendus par le marché

Les multiples avertissements à destination des investisseurs intrépides ont visiblement fait mouche, le soufflet étant déjà nettement retombé mardi à Wall Street. Chesapeake Energy a ainsi abandonné, sur la seule séance d'hier, 66% de sa valeur, effaçant ainsi le rallye observé lundi. Hertz a pour sa part lâche 24,4% mais reste au-dessus de son niveau pré-annonce de la faillite, à plus de 4 euros par titre. Whiting Petroleum et JC Penney ont également cédé 32% chacun. Seul Pier 1 a poursuivi sur sa lancée de lundi en s'adjugeant... 58% mardi.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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