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Marché : Les banques n'avaient plus connu pareille déroute en Bourse depuis 2011

vendredi 28 décembre 2018 à 12h28
Les banques françaises ont perdu plus de 30% de leur valeur en Bourse en 2018

(BFM Bourse) - Plombées par les incertitudes liées au Brexit, la situation politique en Italie et la remontée des taux, les banques signent leur pire année en Bourse depuis 2011.

Les marchés sont déprimés. Depuis le début de l'année et plus encore depuis le début du mois de septembre, les investisseurs assistent au plongeon des différentes places boursières, sous l'effet conjugué de plusieurs facteurs politiques et (macro)économiques tels que le Brexit, la guerre commerciale sino-américaine, les craintes d'un ralentissement de la croissance mondiale, la situation budgétaire en Italie ou encore la chute des cours du pétrole. Dans cet environnement de marché compliqué au sein duquel les valeurs technologiques ou automobiles dévissent, le plongeon du secteur bancaire passerait presque inaperçu. Sauf que, quand on fait les comptes, ces valeurs sont en passe de réaliser leur plus mauvaise performance des sept dernières années, comme le remarquent Les Echos.

Depuis le 31 décembre 2017, l'indice Euro Stoxx Banks a cédé 34,1%, à peine moins que l'année de la crise des dettes souveraines en zone euro (-37,63% en 2011). Dans le même temps, l'Euro Stoxx 50 - un indice composé des 50 plus grosses capitalisations boursières européennes - signe un recul de "seulement" 15%. Le CAC 40 abandonne de son côté un peu plus de 12% sur un an, comme le "Footsie" londonien, alors que le plus mauvais élève européen de l'année - le Dax allemand - lâche 20%. Le secteur bancaire aura donc largement sous-performé le marché en 2018.

La Deutsche Bank s'effondre

Sur les 26 valeurs qui composent l'indice Euro Stoxx Banks, une seule - l'italienne FinecoBank, filiale d'UniCredit - n'affiche pas une performance négative (+3%) sur l'année écoulée. Parmi les 25 autres, certaines ont perdu plus de la moitié de leur valeur depuis le 31 décembre dernier. C'est notamment le cas des allemandes Deutsche Bank (-55,9%) et Commerzbank (-53,7%) qui réalisent les deux plus mauvaises performances du secteur sur le Vieux Continent. À moins de 7 euros vendredi, l'action Deutsche Bank a perdu près de 94% de sa valeur depuis son plus haut de mai 2007 (à plus de 105 euros).

Tombée en disgrâce, le géant bancaire germanique est notamment accusé "d'avoir aidé des clients à créer des sociétés dans des paradis fiscaux" comme l'a expliqué en novembre la porte-parole du parquet de Francfort, Nadja Niesen. Plus récemment encore, Deutsche Bank a également été éclaboussée par les investigations visant l'établissement financier danois Dankse Bank, la banque allemande ayant, selon le Financial Times, participé au traitement de 181 milliards d'euros d'opérations suspectes dans le cadre d'une affaire potentielle de blanchiment d'argent. "Chaque fois qu'on peut trébucher sur quelque chose, Deutsche Bank le fait" notait d'ailleurs un avocat d'affaires francfortois interrogé par l'AFP début décembre.

Fin septembre, déjà, le gendarme allemand des marchés avait déclenché un audit pour évaluer les progrès de la Deutsche Bank dans la lutte contre la criminalité financière (blanchiment, financement du terrorisme ou du crime organisé). Une décision inédite de la part de l'autorité allemande.

Les valeurs françaises du secteur cèdent plus de 30%

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Crédit Agricole (-31,8%), BNP Paribas (-36,6%), Société Générale (-35,4%) et Natixis (-38,2%) n'ont pas brillé non plus sur les marchés en 2018. Les quatre valeurs font d'ailleurs partie des dix plus mauvaises performances boursières de l'année, au sein de l’indice européen Euro Stoxx Banks. Et selon une note publiée par l'agence de notation Standard & Poors vendredi matin, les banques françaises vont en outre devoir relever un double défi en 2019 : accroître leur rentabilité tout en opérant une transformation digitale qui nécessite des investissements importants.

La reconquête des marchés passera également par un renforcement de leur base de clientèle, inchangée depuis 2015 selon une étude du cabinet Bain & Company. Cette dernière explique que, sur les trois dernières années, seules les banques ont ligne ont capté de nouveaux clients.

Si le désamour pour les banques n'est pas spécifique au Vieux Continent, il y est tout de même plus prononcé qu'outre-Atlantique où l'indice Dow Jones US Banks n'a chuté "que" de 21,7% en 2018. Les géants bancaires restent mieux perçus outre-Atlantique, comme en atteste l'écart en matière de "price-to-book ratio" (ou ratio cours sur valeur comptable) qui est de seulement 0,6 pour les banques européennes contre 1,1 pour les établissements américains. Autrement dit, les banques européennes valent presque moitié moins en Bourse que leurs actifs nets.

La rentabilité sur fonds propres en question

En cause, les niveaux de profitabilité de celles-ci qui n'ont toujours pas retrouvé leurs niveaux d'avant-crise de 2007. En septembre dernier, par exemple, BNP Paribas faisait état d'un ratio de rentabilité de ses fonds propres (ROE) de 9,5%. Les trois autres ne font pas mieux avec des ROE, au troisième trimestre 2018, de 9,3% pour Société Générale, 8,2% pour Crédit Agricole et 9,1% pour Natixis dans son activité de banque de grande clientèle.

Outre-Rhin, c'est encore pire. À fin septembre, Deutsche Bank affichait un ROE de... 1,45%. La Commerzbank faisait à peine mieux avec une rentabilité des capitaux propres de seulement 3,75%

Dans le même temps, aux États-Unis, les grandes banques affichent toutes - à l'exception, notable, de Citigroup - des ROE supérieurs à 10%. Certaines, à l'image de JP Morgan (14%), US Bancorp (13,8%), M&T Bank Corp (13%) ou Wells Fargo (12,7%) sont même largement au-delà de ce seuil symbolique.

Cet important décalage avec le secteur européen devrait néanmoins s'estomper, au moins en partie, lorsque la BCE suivra la Fed dans sa politique monétaire de remontée progressive des taux. Les inquiétudes relatives à un fléchissement de la croissance économique mondiale pourraient toutefois inciter la BCE à différer, encore, cette hausse des taux.

Quentin Soubranne - ©2019 BFM Bourse
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