(BFM Bourse) - Au cours de cette semaine plusieurs actifs censés servir d'abri aux investisseurs ont souffert. L'or a même baissé et les rendements obligataires ont grimpé. Ce qui s'explique notamment par un retour de balancier de la part des investisseurs qui sont revenus sur le dollar au détriment des actifs non américains.
Avec l'éclatement de la guerre au Moyen-Orient, les investisseurs auraient pu être tentés de chercher à s'abriter via les bonnes vieilles valeurs refuges.
Le réflexe pavlovien voudrait que le marché se rue sur l'or, actif "sûr" par excellence, ainsi que sur les obligations, moins risquées que les actions (la faillite d'un État développé n'a que peu de chance de se produire), ou encore le yen et le franc suisse.
Rien de toute cela ne s'est vraiment produit. L'or a certes grimpé un peu lundi, mais le métal précieux a très vite chuté et s'échange actuellement autour de 5.120 dollars l'once, contre 5.280 dollars l'once il y a une semaine, juste avant le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.
Les rendements des obligations sont eux repartis en flèche. Pour rappel, la valeur des obligations évolue dans le sens contraire des taux (les rendements). Pour donner un exemple, le taux de l'obligation assimilable du Trésor français à 10 ans est passé de 3,24% lundi à 3,53% actuellement. Pour les États-Unis, le rendement à 10 ans s'établit actuellement à 4,15% contre 3,94% en début de semaine.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
La défense tangue
Le franc suisse a lui perdu 1,5% face au dollar sur la semaine et le yen 1,2%. D'ailleurs le dollar américain, dont les vertus défensives avaient été fragilisées par les politiques erratiques de Donald Trump l'an passé, est la seule valeur refuge à tenir son rang. L'indice Dollar DXY, qui mesure la performance du billet vert face à un panier de devises internationales, prend 1,6% sur la semaine.
Les actions du secteur de la défense européenne, perçues comme un rempart lors des crises géopolitiques ces dernières années, ont elles connu des montagnes russes pour au final reculer.
L'indice sectoriel paneuropéen Stoxx Europe Target Defence perd 4,2% sur une semaine. À Paris, Dassault Aviation a connu des évolutions en dents de scie. Le fabricant du Rafale a gagné 4,8% mercredi avant de chuter de 9% le lendemain et reprendre 5% ce vendredi. Thales de son côté perd 6,5% sur l'ensemble de la semaine.
"'L'aversion au risque n'est plus ce qu'elle était', a déclaré à Bloomberg Christoph Rieger, responsable de la recherche sur les taux et le crédit chez Commerzbank AG.
"Les 'actifs sûrs' ne constituent pas une protection efficace en période de crise, où toutes les options politiques préconisent une augmentation de l'offre et une baisse des taux. Certaines évolutions du marché sont logiques, d'autres non", poursuit-il.
Chaque contre-performance des actifs précités peut s'expliquer par des facteurs plus ou moins spécifiques.
Retour de balancier et risque de "stagflation"
Un dénominateur commun s'observe néanmoins. Avant l'éclatement du conflit au Moyen-Orient, les investisseurs avaient poursuivi un mouvement entamé l'an passé qui a consisté à se détourner du dollar pour investir dans d'autres actifs, notamment les valeurs refuges "internationales" '(or, franc suisse, yen).
Or un retour de balancier s'est produit. La résistance des actions américaines par rapport aux européennes (le S&P 500 recule de seulement 1,8% quand le CAC 40 perd 8% sur une semaine et le DAX 40 7,3%) en témoigne.
"De façon peu étonnante face à un choc énergétique, les actifs européens et asiatiques sous-performent nettement les actifs américains, et le dollar ressort comme principal bénéficiaire cette semaine", souligne Xavier Chapard LBPAM.
"Ces mouvements ont aussi été favorisés par le positionnement des investisseurs avant le déclenchement de la guerre, qui était dominé par les thèmes de l’affaiblissement du dollar, du rebalancement des actions américaines vers les actions du reste du monde et de la poursuite de la désinflation. Cela explique pourquoi l’or et les taux longs, habituellement actifs refuges, corrigent cette semaine", poursuit-il.
L'ensemble des actifs sont minés par les risques de "stagflation", un mot-valise évoquant des économies qui peinent à croître alors que les prix montent. Cette menace a été soulignée par les observateurs en raison de l'envolée des cours du pétrole et du gaz qui découlent du conflit au Moyen-Orient.
Les investisseurs redoutent d'importantes perturbations sur les approvisionnements d'hydrocarbures en raison des bombardements sur des sites pétroliers et du gel du trafic des tankers dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite l'équivalent de 20% de la consommation mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Les évènements débutés le week-end dernier ont "accru la probabilité d’un choc stagflationniste", écrit ainsi Indosuez Wealth Management. "Il convient de rappeler que l’intensité pétrolière mondiale est nettement plus faible que lors des décennies précédentes et que les canaux de transmission financiers (Forex, crédit) semblent moins vulnérables qu’auparavant, ce qui devrait atténuer le choc", ajoute toutefois l'intermédiaire financier.
"Rien n'a vraiment marché cette semaine, mais face à un choc stagflationniste il y a en général peu de protection", juge Vincent Juvyns, responsable de l'investissement chez ING Belgium.
Moindres baisses de taux et dépendance énergétique
"Les actifs qui dépendent de croissance sont touchés de même que les actifs qui dépendent des taux (et donc de l'inflation). Les précédents de 2022 et des années 70 montrent toutefois qu'il n'y a pas rien à faire. Certains actifs réels comme l'immobilier, l'or ou évidemment le secteur énergétique protègent. Mais c'est une configuration de marché pas facile pour les fonds diversifiés", développe l'expert de marché.
Dans le détail, les obligations souffrent car le risque d'une hausse des taux outrepassent la demande "de sécurité" qu'offrent ces titres. "Très clairement les marchés anticipaient une baisse des taux de la Fed en juin et ils ont reporté leurs anticipations à septembre, ce qui a pénalisé le marché obligataire", explique Vincent Juvyns.
L'or est traditionnellement pénalisé par de moindres anticipations de baisses des taux également car cet actif ne produit pas de revenus contrairement aux actions (avec des dividendes) ou aux obligations (avec des coupons). En conséquence, des taux plus élevés réduisent son attrait car il devient alors moins intéressant d'investir dans de l'or plutôt que de placer les fonds.
Pour le yen, Bloomberg explique que la chute de la devise est à lier au fait que le Japon dépend à 90% du Moyen-Orient pour son approvisionnement de brut, ce qui accroît davantage les risques de stagflation pour le pays.
Quant au franc suisse, la baisse sur la semaine est due à la volonté de la Banque nationale suisse (BNS) de limiter la progression de la devise helvétique, qui s'était observée lundi. Dans un courriel cité par plusieurs agences de presse lundi, l'institution s'était dite "davantage préparée pour intervenir sur le marché des changes".
Dans le cas des groupes de défense européens, il semblerait tout simplement que la baisse des titres s'explique par d'autres facteurs et par le mouvement général d'aversion aux risques qui a incité les investisseurs à se détourner des actions européennes.
Dans une note publiée ce vendredi, Jefferies explique que les titres du compartiment ont progressé lundi, avant d'être lestés mardi autour d'informations de presse sur des garanties américaines pour l'Ukraine.
"Dans l'ensemble, les réactions semblent refléter une vague de ventes motivée par l'aversion au risque, ce qui ouvre des opportunités dans ce domaine (la défense, NDLR)", écrivent les analystes du secteur aéronautiques de la banque menés par Chloé Lemarie.
