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Marché : "Femo", "Fomo", "Jomo"… Quelles sont les "peurs" et "joies" qui se cachent derrière ces acronymes boursiers sybillins ?

Aujourd'hui à 12:00
Wall Street bénéfice du Fomo ou du Femo ?

(BFM Bourse) - La Bourse regorge d'acronymes parfois inspirés de la vie réelle. Dans le cas du "Fomo" et du "Jomo", il s'agit de décrire des comportements de marchés globaux liés à des tendances, des modes quand le "Femo" fait référence à la vigueur des bénéfices des sociétés américaines, véritable moteur de surperformance de Wall Street.

La Bourse reste un domaine qui fourmille d'expressions, d'images animalières, ou d'acronymes. Nous avions par exemple consacré un précédent article à "TINA", pour "There is no alternative", une expression inspirée d'un slogan politique de l'ex-Première ministre britannique Margaret Thatcher.

En Bourse, cet acronyme "TINA"' décrit le fait que, pendant longtemps, les investisseurs n'avaient d'autres choix que de miser sur les actions, les taux bas empêchant de se positionner véritablement sur les obligations pour obtenir des rendements satisfaisants. D'où le mantra "there is no alternative", ou en français, "il n'y a aucune alternative", au sens où il n'y a pas d'alternative aux actions.

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Le Fomo, un acronyme à ne pas sous-estimer

D'autres acronymes boursiers s'inspirent d'expressions quotidiennement utilisées en anglais. C'est le cas du "Fomo", ou "fear of missing out", soit la peur de passer à côté de quelque chose. Cette anxiété peut se manifester, par exemple, si vos amis organisent une fête sans vous. Vous allez alors avoir la peur d'avoir manqué un moment important.

Le Cambridge dictionary le résume par un "sentiment d'inquiétude qui nous amène à penser que l'on pourrait rater un évènement excitant où d'autres personnes se rendent plus particulièrement causé par les posts sur les réseaux sociaux". Ce qui a pour vice de contraindre les internautes à rester connectés en permanence.

Son équivalent boursier consiste, pour simplifier, à monter dans un train en marche de peur de le rater. Et donc à jouer un secteur ou une thématique qui a déjà enregistré de belles performances par crainte de manquer la poursuite du rallye.

"Dans le monde du trading financier, le Fomo désigne la peur que ressentent les traders lorsqu'ils pensent qu'ils ratent des opportunités d’investissement ou une opportunité potentiellement lucrative sur le marché ou encore que d'autres traders réussissent mieux", considère IG Markets.

De nombreuses institutions financières de renom font référence, dans leurs notes, à ce phénomène de marché avant tout psychologique.

Par exemple, Barclays estimait l'an passé que le "Fomo" sur l'IA avait en partie permis au Nasdaq Composite de surperformer le S&P 500, indice plus large de Wall Street.

Plus récemment, dans une note publiée mi-mai, Bank of America prévenait des clients qu'il ne fallait pas "sous-estimer" le Fomo.

"Nous notons que dans les marchés de type bulle, le Fomo peut surpasser les vents contraires macroéconomiques et la hausse des rendements obligataires, comme on l'a vu lors de la bulle Internet lorsque le Nasdaq a bondi avec les rendements à 30 ans", écrivait l'établissement américain.

Le "Jomo" comme "antidote au Fomo"

Le "Jomo" représente l'exact inverse du "Fomo". Cet acronyme renvoie à "joy of missing out", soit la joie de passer à côté d'un évènement pour se retrouver soi-même.

Au quotidien, "c’est le fait de pouvoir se déconnecter et d’accepter de ne pas être partout" et de passer une soirée à lire, dormir ou cuisiner plutôt que de sortir, élabore Radio France.

En Bourse, le "Jomo" renvoie à l'idée de prendre du recul et d'accepter de rester à l'écart de certains secteurs ou thèmes de marché.

"Le Jomo a été décrit comme l''antidote émotionnellement intelligent' au Fomo", explique IG Markets.

"Le Jomo dans le trading incarne le calme et la discipline – des traits qui servent bien les traders. Un trader Jomo connaît son propre esprit, a un plan de trading solide et ne court pas après les marchés, attendant plutôt des opportunités qui correspondent à sa stratégie de trading. Cela contraste fortement avec un trader Fomo, qui est constamment accablé par la peur de manquer des opportunités", développe le courtier.

La société d'investissement GMO avait par exemple estimé que l'année 2022 en Bourse constituait un millésime "Jomo" plutôt que "Fomo" et ce pour la première fois depuis environ 50 ans.

La plupart des actifs financiers avaient alors connu une année de retours négatifs, en raison de la guerre en Ukraine, des craintes liées à l'inflation et de la remontée des taux d'intérêt. Le CAC 40 avait alors chuté de 9,5%, sa pire année depuis 2018 (-10,95%). Le S&P 500 avait plongé de 19%, le DAX 40 de 12%.

Enfin, le terme "Femo" n'est lui pas dérivé du langage quotidien. Cet acronyme renvoie à l'expression "fabulous earnings momentum", ou en bon français "l'exceptionnel dynamique des bénéfices".

Le Femo avec les bénéfices "fabuleux" de Wall Street

Le "Femo" constitue en réalité un pied de nez au "Fomo" car il souligne que la bonne performance des marchés actions américains et de la tech en particulier s'explique par la capacité des entreprise cotées à New York à délivrer une solide croissance de leurs bénéfices. Et non pas par la psychologie du "Fomo".

"La bulle technologique des années 1990 était alimentée par la peur de rater quelque chose (FOMO). Cette fois-ci, un élan fabuleux des bénéfices (Femo) pousse les prix des actions technologiques à la hausse", avance Yardeni Research.

Fin mai, César Perez Ruiz, de Pictet Wealth Management, jugeait que la "formidable dynamique des bénéfices' (Femo) [avait] supplanté la 'peur de passer à côté' (Fomo)" sur les actions américaines.

Deutsche Bank remarquait début mai que la croissance des bénéfices par action des groupes du S&P 500 devraient avoir grimpé de 24,6% au premier trimestre, "un plus haut de quatre ans et un niveau rarement vu en dehors des reprises post-choc".

"En excluant les facteurs spéciaux, cela représente sans doute la croissance des bénéfices la plus forte depuis deux décennies", considérait la banque allemande.

Alexandre Baradez d'IG Markets notait fin mai l'écart entre les attentes sur ces bénéfices et les chiffres finalement publiés lors du bal des résultats du premier trimestre. Alors que les analystes tablaient sur une hausse de 13%, celle-ci a finalement atteint 28%.

"Les différences entre le consensus et la réalité des publications sont également très frappantes par secteur. Par exemple, pour le secteur 'Consommation discrétionnaire' du S&P500 (secteur boursier qui inclut notamment Amazon, Tesla, Home Depot ou encore McDonald’s), le consensus n’attendait qu’une croissance des bénéfices de 1.7%... et finalement elle a été de 40% !", pointait l'expert de marché.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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