(BFM Bourse) - Les actions européennes connaissent des performances contrastées et relativement décevantes depuis le début de 2026, ce en raison évidemment de l'impact au Moyen-Orient. Pour la suite, les spécialistes se montrent divisés et assez peu optimistes dans l'ensemble.
Après avoir été maltraitées pendant des années par Wall Street, les actions européennes avaient pris leur revanche, l'an passé, sur leurs homologues américaines.
À l'exception notable de notre CAC 40 national, les grands indices boursiers européens avaient tous battu Wall Street, mettant ainsi fin au fameux "exceptionnalisme américain", une notion qui fait référence (en Bourse) à l'impressionnante capacité de Wall Street à surperformer les autres places.
Sur ce début de 2026, l'Europe est rentrée dans le rang. L'indice paneuropéen progresse certes de 5% depuis le 1er janvier, et surperforme un peu le S&P 500, le baromètre le plus large de Wall Street (+4,3%)*. Mais les performances sont plus contrastées par places.
Si le FTSE 100 grimpe de plus de 7,4%, porté par sa forte exposition aux groupes spécialisés dans les matières premières (BP, Shell, Glencore), le DAX 40 de Francfort progresse à peine (+0,9%), tandis que le CAC 40 limite sa hausse à 3,4%. L'Ibex 35 de Madrid (+6,8%) et le FTSE MIB de Milan (+8,7%) réussissent mieux.
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L'Europe a plus souffert que Wall Street du conflit
Les marchés européens signaient un excellent début d'année. Mais l'éclatement du conflit au Moyen-Orient a évidemment bouleversé la donne, le CAC 40 perdant, à titre d'exemple, près de 9% sur le seul mois de mars.
Les marchés européens ont davantage décroché que Wall Street depuis le début de cette guerre, les États-Unis étant perçus comme moins vulnérables que l'Europe à un choc pétrolier. Le pays reste le premier producteur d'or noir avec 22 millions de barils par jour et est devenu exportateur net de pétrole en 2020.
"Dès les toutes premières heures du conflit, les marchés américains ont retrouvé un intérêt relatif auprès des investisseurs mondiaux", explique Geoffroy Lenoir, d'OFI AM.
"Les États-Unis ont atteint un niveau d’indépendance énergétique à rendre jaloux les autres pays du G7. Un scénario d’enlisement du conflit au Moyen-Orient est donc moins susceptible de faire dérailler la croissance économique américaine, d’autant que les dépenses d’infrastructures en intelligence artificielle, peu sensibles au prix du baril, continuent à représenter une part non-négligeable de la croissance attendue en 2026", poursuit-il.
A contrario, les actions européennes ont marqué un retrait plus marqué que Wall Street, observe l'expert de marché.
"L’inflation énergétique affecte particulièrement la zone et pousse les perspectives d’inflation à la hausse. La question qui taraude les investisseurs concerne la politique future de la Banque centrale (européenne, BCE, NDLR) et les risques que cela ferait poser sur les perspectives bénéficiaires 2026, alors que les traders parient déjà sur des hausses de taux à venir", note Geoffroy Lenoir.
"On sent bien que les risques s’amoncellent autour des chaînes d’approvisionnement des entreprises européennes. Ce n’est sans doute pas sans raison que le DAX allemand et sa forte représentation industrielle figure parmi les lanternes rouges des performances boursières depuis le début de l’année", constate-t-il encore.
Des actions européennes survendues?
Selon UBS, le Moyen-Orient représente 4% des importations de gaz du Vieux Continent, 10% de celles de pétrole, et 11% de celles de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces chiffres sont loin d'être anodins même si, en réalité, l'Europe est bien plus dépendante sur le plan énergétique, des États-Unis (13% du pétrole, 15% du gaz et près de 45% du GNL).
L'Europe "reste particulièrement exposée à un choc énergétique", abonde Nicolas Gazin, d'Indosuez Wealth Management. "Une hausse durable des prix du pétrole et du gaz pèserait plus directement sur l’activité et les marges, compte tenu de sa dépendance aux importations", ajoute-t-il.
Dans sa plus récente enquête réalisée auprès des gérants de fonds, en mars dernier, Bank of America constatait que l'Europe perdait la cote auprès des investisseurs, ces derniers réduisant leur exposition à la région, alors qu'ils l'augmentaient sur les autres géographies.
Dans ce contexte, les actions européennes peuvent-elles poursuivre, accélérer et se diriger vers un véritable rallye boursier ? Ou la prudence reste-t-elle de mise pour la suite?
HSBC estime que les actions européennes évoluent à des niveaux de valorisation tels qu'elles embarquent "un pessimisme extrême".
L'établissement avance que les marchés européens sont en réalité moins sensibles aux hausses des prix du pétrole que les investisseurs l'imaginent et que le rebond en cas de repli durable des cours de l'or noir pourrait être important.
Par ailleurs, HSBC suggère que les anticipations de marché sur les relèvements de taux de la Banque centrale européenne (BCE) sont exagérées. La banque estime que l'inflation en zone euro pourrait in fine se retrouver inférieure aux attentes, ce qui constituera un catalyseur pour les actions européennes.
Pour l'ensemble de ces raisons, HSBC reste "constructive" sur les marchés actions européens. La banque sino-britannique a des cibles pour 2026 de 670 points pour le Stoxx Europe 600 et de 9.230 points pour le CAC 40 ce qui accorde des potentiels de respectivement 7% et 9,5%.
Des signaux de 2007-2008?
A contrario, Bank of America se montre bien moins optimiste. La banque américaine anticipe un Stoxx Europe 600 à 530 points à fin juin et à 565 points à fin 2026, ce qui traduit des potentiels de baisse de 15% et 10% respectivement.
La banque américaine estime que le marché sous-estime les risques de ralentissement de la croissance du conflit en Iran. Ses stratégistes perçoivent quelques similitudes avec la crise financière de 2007-2008.
"Nous pensons que le marché sous-estime le potentiel de destruction de la demande résultant d'une compression du pouvoir d'achat des consommateurs due à la hausse des prix de l'énergie, surtout compte tenu de la faiblesse préexistante du marché du travail américain et des fragilités dans le secteur du crédit (privé), qui rappellent toutes deux l'expérience de 2007/08", développe la banque américaine.
Bank of America prévient, par ailleurs, "que les facteurs stimulant la demande en 2022, la réouverture de la Chine et des États-Unis, l'excédent d'épargne des consommateurs américains et le début d'un élargissement de 6 points de pourcentage du déficit budgétaire américain, sont peu susceptibles de se reproduire cette fois-ci".
UBS a récemment abaissé son opinion sur les actions de la zone euro passant d'"acheter" à "neutre". Si la valorisation des actions européennes reste bon marché, la banque suisse a changé son avis en raison du risque posé par le conflit au Moyen-Orient.
"Plus les perturbations des flux énergétiques persistent, plus le risque pour l'économie mondiale est élevé, et les actions de la zone euro sont procycliques et sensibles aux prix élevés du pétrole et du gaz, ce qui pourrait compromettre la reprise manufacturière que nous attendions", écrit la banque suisse.
"Une inflation élevée et une incertitude géopolitique pourraient également freiner le sentiment des consommateurs européens, et l'incertitude concernant de potentielles hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE) pourrait également peser sur le sentiment des investisseurs, même si nous ne nous attendons pas à ce qu'elles se concrétisent", redoute encore la banque suisse.
La banque suisse voit, en réalité, toujours un potentiel de hausse, mais limité, avec un Stoxx 50 qu'elle voit à 6.300 points à la fin 2026, contre 6.057 points actuellement.
UBS perçoit plus d'attrait du côté des actions américaines. La banque suisse a une cible de 7.500 points pour le S&P 500.
L'établissement suisse pense que les prix élevés de l'énergie auront un impact modéré sur la croissance américaine tandis que les pressions inflationnistes seront contenues. En conséquence, la Réserve fédérale américaine (Fed) reportera ses hausses de taux sur la seconde partie de l'année, ce qui soutiendra les marchés américains.
La banque helvétique anticipe également une "croissance saine" des bénéfices des entreprises américaines cotées, grâce la demande pour les technologies d'intelligence artificielle qui porte notamment les semi-conducteurs.
"Dans l'ensemble, nous croyons que le marché haussier reste intact, bien qu'avec un rythme de gains quelque peu plus modéré par rapport à nos attentes précédentes", juge UBS.
Deutsche Bank a, elle, récemment décidé de privilégier les actions américaines aux actions européennes, en raison du fort différentiel de croissance des bénéfices par action qu'elle attend (18% pour les groupes cotés américains, 10% pour les européens).
*La variation a été arrêtée vendredi après la clôture des marchés européens
