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Frileux face à l'épouvantail de l'inflation, les marchés offrent pourtant des opportunités aux épargnants

dimanche 22 mai 2022 à 12h00

(BFM Bourse) - Voilà de nombreuses semaines qu'aucun catalyseur n'apparaît susceptible de stopper la tendance baissière des indices (même si les marchés européens surperforment pour une fois Wall Street). Affectant dans un premier temps certaines valorisations stratosphériques, la purge s'est propagée à des sociétés raisonnablement valorisées ce qui offre certainement des points d'entrée pour le long terme. Mais tant que l'inflation reste une menace il est difficile d'apercevoir la lumière au bout du tunnel pour les indices.

Aux yeux de Philippe de Gouville, CEO et cofondateur d'Ismo –une émanation de la société de gestion Wide Asset Management visant à faciliter l'épargne au quotidien notamment en investissant les arrondis à l'euro supérieur lors de dépenses avec sa carte bancaire– c'est "l'erreur historique" commise par les banquiers centraux en 2021 qui explique largement le repli des marchés ces derniers mois. Ces derniers se sont en effet trompés sur la nature de l'inflation qui se faisait déjà sentir dans les principales économies et notamment aux Etats-Unis. En fait, les perturbations qu'on pensait passagères (les fameuses pressions "transitoires") dans les chaînes d'approvisionnement se sont rapidement transmises à l'ensemble des agents économiques, y compris via les salaires.

Ainsi, alors que les banques centrales auraient pu commencer à dégonfler la bulle de liquidités et remonter les taux il y a plusieurs mois, elles ont laissé passer l'occasion. Maintenant que le génie est sorti de la lampe, elles se trouvent à la peine pour retrouver de la crédibilité aux yeux des investisseurs – en témoigne la progression régulière des anticipations d'inflation à long terme, ce qui traduit la perte de confiance en la capacité des banques centrales à la combattre, poursuit Philippe de Gouville.

D'autant plus que le relèvement des taux directeurs est un outil qui agit plutôt sur la demande, ce qui est efficace pour freiner la capacité des banques à offrir du crédit en cas de surchauffe économique. Or c'est un choc d'offre sur les matières premières qui alimente actuellement la hausse des prix du fait des difficultés chinoises face à la pandémie, privant de composants un grand nombre d'usines dans le monde, et du conflit en Ukraine. Or, la Fed et la BCE ne peuvent pas imprimer de pétrole ni de blé ou de composants électroniques… Les investisseurs estiment donc qu'il sera extrêmement compliqué de faire baisser l'inflation actuelle en réduisant les excès de liquidités alors que la croissance montre en parallèle des signes de ralentissement. "Si on prolonge les tendances actuelles entre la volontaire claire et affirmée de rattraper le retard pour tuer l'inflation et le rythme auquel l'économie ralentit, l'hypothèse d'une récession est crédible", ajoute le spécialiste.

Dans ce contexte, ce sont les valeurs de croissance, plus sensibles aux taux, qui ont particulièrement souffert. Il est vrai que le segment faisait montre d'une euphorie excessive, accordant des multiples et des prévisions optimistes à des sociétés de technologies non rentables, abonde Benjamin Sacchet, directeur associé et gérant de fortune chez Avant-Garde Investment. "Le premier épisode de volatilité des marchés a permis une correction en ligne avec ce que nous attendions, tout en permettant aux grandes sociétés de croissance rentable de mieux résister", souligne-t-il. Mais désormais, "les flux vendeurs, qui sont en grande partie des flux passifs du fait du poids des ETF, entraînent l'intégralité du marché, GAFAM compris", entraînant des corrections parfois spectaculaires sur des entreprises incontournables dont la capacité de création de valeur n'est plus à démontrer. "Chez Avant-Garde Investment, nous considérons que cela ouvre une fenêtre intéressante d'opportunités à long terme. Il est toujours difficile d'aller contre un mouvement de marché défavorable, et ce n'est pas parce que les valorisations de titres comme Alphabet ou Apple sont abordables qu'elles ne peuvent encore s'amoindrir. Bien qu'il ne soit pas possible de déterminer le point bas, en se repositionnant de manière progressive sur les valeurs de qualité décotées, nous nous donnons les moyens de créer de la performance à long terme", indique le gérant.

Par exemple "en s'exposant aujourd'hui à Alphabet ayant une valeur d'entreprise sur EBITDA de 11 fois, et au regard de la croissance prévisible de cette dernière, la valeur de l'investissement serait inchangée même si ce multiple de valorisation était encore divisé par deux d'ici les cinq prochaines années". L'investissement apparaît ainsi protégé même face à une hypothèse pessimiste.

Après avoir été abreuvés de liquidités par les banques centrales, "la période de sevrage est forcément douloureuse pour les marchés financiers", résume Benjamin Sacchet. "Aujourd'hui, l'objectif des banques centrales est de réduire l'inflation, pas de soutenir la croissance. Cette phase pourrait durer 12, 24 mois ou davantage, nul ne peut le dire. Une fois l'inflation contenue, nous pouvons attendre à un changement de ton et un rééquilibrage de la politique monétaire en faveur de la croissance. Dès lors, les multiples devraient remonter dans un marché devenu alors plus sain", observe-t-il.

"Clairement les banques centrales entendent durcir les taux jusqu'à ce que l'inflation cède, considérant que la vigueur du marché de l'emploi les y autorise", anticipe Philippe de Gouville. "Cependant, un début d'inflexion est peut-être en train de se profiler, certains investisseurs considérant que les anticipations de hausse ont été trop loin et qu'à un moment les banques centrales vont lever le pied si le risque de récession se fait plus pressant". Une fois le pic d'inflation passé, même à la faveur d'un simple effet de base, les inquiétudes pourraient commencer à se calmer "mais il faudrait pour cela que les matières premières commencent à baisser or ça n'est pas encore le cas".

En attendant, du point de vue d'un investisseur particulier, il n'existe pas de recette magique pour se protéger de l'inflation. Miser sur des produits indexés peut être intéressant, mais ne protège pas complètement face à la progression des taux réels, c'est-à-dire des taux nominaux des placements corrigés de l'inflation. Une autre option est d'introduire une certaine dose de paris sectoriels (sur l'énergie ou les produits de base) en prenant garde toutefois à ne pas trop déformer un portefeuille jusqu'ici bien diversifié, souligne Philippe de Gouville.

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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