(BFM Bourse) - Le fonds d'investissement a indiqué ce lundi détenir 2,14% du capital de la société britannique après avoir déclaré vendredi soir envisager une offre de rachat sur le groupe. Easyjet, de son côté, dénonce une approche "opportuniste" de la part du fonds.
Easyjet anime une séance autrement bien calme à la Bourse de Londres. L'action de la compagnie britannique à bas coûts prend 9% ce lundi 1er juin, bénéficiant de spéculation quant à un potentiel rachat.
Vendredi 29 mai, la société d'investissement américaine Castlelake a déclaré être "dans les premières étapes" pour formuler une offre sur la compagnie à bas coûts.
Lundi, le fonds a donné quelques précisions, indiquant détenir 2,14% du capital d'Easyjet. Castlelake a surtout ajouté que s'il venait à lancer une offre sur la société, celle-ci ne pourrait être inférieure à 403,23 pence l'action soit un peu plus que le cours de clôture de vendredi (398 pence).
Le marché, lui, voit plus loin, puisque le bond du titre Easyjet propulse le titre autour de 432,7 pence.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Une régulation qui freine
"L'objet et la structure d'une éventuelle offre restent flous, notamment quant à savoir si Castlelake envisage une prise de participation minoritaire, un investissement stratégique ou une acquisition de la totalité du capital", écrit Bank of America.
"Conformément au Code britannique des offres publiques d'acquisition, Castlelake a jusqu'au 26 juin pour annoncer son intention ferme de lancer une offre ou confirmer qu'elle n'entend pas donner suite. Castlelake pourrait envisager une participation minoritaire dans easyJet, similaire à celle qu'elle détenait l'an dernier dans SAS (avant sa cession à Air-France KLM)", poursuit la banque américaine.
Easyjet a, de son côté, déclaré ce lundi que son conseil d'administration n'avait pas été approché par Castlelake.
L'entreprise britannique assure que son conseil examinera la moindre offre qui lui serait soumise.
La tonalité du communiqué montre clairement qu'Easyjet n'apprécie guère la sortie de Castlelake.
"Dans son évaluation, (le conseil d'administration) accordera une attention particulière à la valorisation et à la faisabilité de l'opération", explique la société.
Le groupe souligne les "défis réglementaires, financiers et autres liés à une éventuelle acquisition d'Easyjet" par la société d'investissement.
Dans les faits, Castlelake, un groupe américain, peut difficilement prendre le contrôle d’Easyjet, dont un peu plus de 15,7% est détenu par le fondateur Stelios Haji-Ioannou.
Le droit européen stipule que la majorité du capital d’une compagnie aérienne opérant sur le Vieux continent doit être détenu par des investisseurs européens, faute de quoi le groupe peut perdre sa licence.
Le conflit au Moyen-Orient a pesé
Easyjet fustige, par ailleurs, le "caractère opportun" de l’approche de Castlelake au vu "du contexte actuel, marqué par la baisse temporaire du cours de l'action due à la situation au Moyen-Orient et à son impact sur la confiance des clients et les prix du kérosène".
L'éclatement du conflit contre l'Iran a, en effet plombé les groupes aériens en Bourse. Malgré la hausse de ce lundi, le titre Easyjet reste en baisse de plus de 13% depuis le 1er janvier.
La guerre au Moyen-Orient a entraîné une envolée des cours du pétrole et par ricochet des prix du kérosène, un produit raffiné du pétrole, ont flambé.
Sur la semaine achevée le 22 mai, le "jet fuel", le carburant utilisé par les compagnies aériennes, avait grimpé de 77,5% sur un an, selon les données de l'Association internationale du transport aérien (IATA). Selon l'association, le carburant représente entre 25% et 30% des coûts opérationnels d'une compagnie aérienne.
"La société reste déterminée à atteindre son objectif à moyen terme de réaliser un bénéfice avant impôt supérieur à 1 milliard de livres sterling", a par ailleurs déclaré l'entreprise.
Castlelake n'est pas un néophyte dans le domaine du transport aérien. La société d'investissement avait participé à la restructuration financière de la société suédoise SAS avant de céder ses parts (32%) dans la compagnie scandinave à Air France-KLM l'an dernier.
Bloomberg note que le fonds d'investissement a également octroyé des prêts à Virgin Atlantic Airways et Abra Group, maison-mère des compagnies Gol et Avianca, respectivement brésilienne et colombienne. L'an dernier, Castlelake a également mis en place une plateforme de financement spécialisée dans l'aviation et dotée de 1,8 milliard de dollars, ajoute l'agence.
L'intérêt du fonds survient dans un contexte de récente consolidation et de fragilité du secteur aérien en Europe. SAS a été repris par Air France-KLM, la portugaise TAP fait l'objet de plusieurs offres (Air France-KLM, Lufthansa) tandis que l'ex-Alitalia Ita Airways a été rachetée par Lufthansa. Turkish Airlines a, elle, repris fin 2025 l'espagnole Air Europa.
De la casse à venir
Par ailleurs, l'éclatement du conflit au Moyen-Orient a créé une zone de turbulences pour le secteur. La low cost américaine Spirit Airlines a récemment mis la clef sous la porte.
Le mois dernier, le directeur général de Ryanair, Michael O'Leary avait déclaré à Bloomberg qu'il y aurait de la casse en Europe sur le secteur si la guerre contre l'Iran se prolongeait.
"On assisterait à des faillites de compagnies aériennes partout en Europe", avait-il alerté.
"À la suite du conflit américano-iranien, les anticipations d'une accélération de la consolidation en Europe se sont accrues, et les questions des investisseurs concernant easyJet comme cible potentielle ont considérablement augmenté", écrit Citi dans une note publiée ce lundi.
"Jusqu'à présent, nous estimons que la consolidation en Europe se fera de manière progressive, sans que nous assistions à une opération de cette envergure (celle du rachat d'Easyjet par Castlelake, NDLR). Il convient toutefois de noter que c'est souvent dans ce genre de situation que le secteur peut connaître des avancées significatives en matière de concentration", développe la banque américaine.
Bank of America estime que Castlelake pourrait, in fine, être intéressé par la flotte d'Easyjet, composée à date de 318 avions de la famille Airbus A320 à date. La banque américaine évalue cette flotte à 650 pence par action Easyjet, soit nettement plus que le cours actuel de la société.
"Si Castlelake acquérait easyJet principalement pour sa flotte, il en résulterait probablement une consolidation accrue du marché européen des vols court-courriers, y compris au Royaume-Uni", ajoute Bank of America.
"Une réduction de la capacité indépendante d'Easyjet serait bénéfique pour la discipline de l'offre et la tarification du secteur, car le marché européen des vols court-courriers demeure fragmenté, contrairement au marché américain (qui s'est encore consolidé cette année avec la faillite de Spirit)", ajoute l'établissement.
Bank of America estime que les principaux bénéficiaires de cette consolidation seraient IAG, Wizz Air, Jet2 et Ryanair, compte tenu de leur présence sur des marchés similaires.
