(BFM Bourse) - Le groupe danois chute encore en Bourse ce lundi après avoir fait part de données d'efficacité décevantes pour son nouveau candidat-médicament, Cagrisema, face à la molécule de son rival, Eli Lilly.
Novo Nordisk semble aller de Charybde en Scylla en Bourse. Le laboratoire pharmaceutique danois est depuis plusieurs trimestres plombé par la concurrence de son grand rival américain Eli Lilly et des "préparations magistrales", des "copies" de ses médicaments-anti-obésité dont la sécurité n'a pas été vérifiée par les autorités sanitaires.
Ce qui a conduit la société à abaisser à de multiples reprises ses perspectives 2025, l'an passé, et, au début du mois, à communiquer des objectifs 2026 à des années lumières des attentes des investisseurs.
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En plus de ces fondamentaux qui sont malmenés par la concurrence Novo Nordisk manque aussi le coche sur son "pipeline", c'est-à-dire les médicaments en cours de développement clinique.
La société poursuit sa descente aux enfers boursiers, ce lundi 23 février, son action plongeant encore de 15% à la Bourse de Copenhague.
Ce nouveau coup de sang des investisseurs survient après que le groupe a dévoilé des résultats d'un essai clinique de phase III (la dernière étape avant une potentielle commercialisation) décevants pour Cagrisema, son potentiel traitement anti-obésité de nouvelle génération.
A contrario, Eli Lilly prend 3% dans les échanges de préouverture à Wall Street.
L'action Novo Nordisk chute de 21% depuis le 1er janvier de 60% sur un an.
Une occasion manquée
Cagrisema combine deux molécules pour réduire la glycémie, à savoir le sémaglutide et le cagrilintide.
Ce potentiel traitement doit permettre à la société danoise de se maintenir voire renforcer sa position dans le colossal marché des traitements anti-obésité. Ce marché doit 100 milliards de dollars en 2030, selon Alphavalue, cinq fois plus qu'en 2024.
Cagrisema était censé démontrer une meilleure efficacité thérapeutiques que celle des produits actuels du groupe danois et des traitements concurrents existants.
L'essai de phase III dit "REDEFINE 4" publié ce lundi a ainsi mesuré l'efficacité de Cagrisema en comparaison avec le tirzepatide, l'ingrédient actif du Zepbound, traitement anti-obésité phare d'Eli Lilly.
"L’étude était importante pour Novo Nordisk, car elle pouvait montrer si Novo Nordisk était plus puissant que les produits amaigrissants actuels sur le marché avec Cagrisema. Un résultat fort aurait donc signifié que Novo Nordisk pourrait potentiellement prendre des parts de marché à Eli Lilly", explique Oskar Bernhardtsen, analyste chez Saxo Bank.
Il n'en a rien été. Novo Nordisk reconnaît d'ailleurs que Cagrisema a échoué à atteindre son critère principal d'évaluation.
Ce critère consistait à montrer une efficacité non inférieure à celle de tirzepatide en termes de prises de poids, au bout de 84 semaines de traitement.
Le taux de réduction du poids a, in fine, atteint 23% contre 25,5% pour les patients traités avec le tirzepatide (la molécule d'Eli Lilly donc). En incluant l'ensemble de la population, y compris les patients qui ne sont pas allés au bout du protocole, le taux de réduction de poids tombe à 20,2% contre 23,6% pour tirzepatide.
Les investisseurs n'attendaient pas un tel revers
Dans une note publiée début février, UBS s'attendait à ce que Cagrisema affiche une efficacité égale à celle tirzepatide et attendait une réaction de marché légèrement négative.
Car les investisseurs anticipaient, selon la banque suisse, des données supérieures pour le candidat-médicament de Novo Nordisk.
UBS estimait que le groupe aurait dû démontrer un taux de perte de poids supérieur d'environ deux points de pourcentage pour satisfaire le marché.
L'inverse s'est donc produit. Et d'ailleurs UBS avait plutôt bien anticipé la réaction de marché dans ce cas de figure.
"Nous estimons que le risque que Cagrisema échoue au test de non-infériorité est faible, mais ce scénario entraînerait probablement une baisse du cours de l'action supérieure à 10%", écrivait la banque suisse.
En 2024, Barclays évaluait le pic de ventes potentielles de Cagrisema à 49 milliards de dollars en 2038, à comparer avec une prévision de 25 milliards de dollars de ventes en 2025 pour Ozempic et Wegovy, les deux traitements phare de Novo Nordisk contre, respectivement le diabète de type 2 et l'obésité. Cette estimation n'est probablement plus d'actualité au vu des revers cliniques de Cagrisema.
L'essai comparatif entre les deux médicaments était l'occasion pour "Novo de revenir dans la course contre Eli Lilly. Cela les affaiblit évidemment dans cette lutte", a affirmé à Bloomberg Claus Henrik Johansen, directeur général de Global Health Invest, actionnaire de Novo Nordisk, qui reconsidère désormais sa participation dans le laboratoire pharmaceutique danois.
"Il se peut très bien que Novo ait certains critères d'évaluation qui lui permettent de démontrer une meilleure performance", a-t-il déclaré. "Mais dans cette bataille contre les kilos, le marché est axé sur les utilisateurs, et les consommateurs se concentrent sur un seul chiffre : la perte de poids", tranche l'expert de marché.
Depuis le début de l'année, Novo Nordisk n'a connu qu'une seule véritable éclaircie: les bons débuts commerciaux de la version orale de son médicament anti-obésité, Wegovy, lancé en janvier.
Mais Citi relativise ce succès, expliquant que les premières semaines ont pu être aidés par le fait que beaucoup de consommateur attendait ce médicament et l'ont donc acheté très vite.
Surtout l'orforglipron, l'équivalent de la version oral de Wegovy chez Eli Lilly "sera lancé au deuxième trimestre, ce qui pourrait voler la vedette à Novo Nordisk, compte tenu des antécédents de Lilly en matière de concurrence avec Novo sur les marchés commerciaux et de l'absence d'effets sur l'alimentation, bien que son effet amaigrissant soit moindre", prévient la banque.
