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Le gendarme de Wall Street alerte sur les dangers des Spacs

samedi 17 avril 2021 à 07h00
La SEC alerte sur les dangers liés aux SPACs

(BFM Bourse) - L'autorité de régulation du marché boursier américain, la SEC, s'est dite "préoccupée" jeudi par les possibles dangers liés aux Spacs, ces instruments financiers très en vogue à Wall Street.

La SEC, le gendarme boursier américain, met le holà sur la frénésie -qui tourne à l'indigestion- autour des Spacs, ces coquilles vides qui lèvent des fonds en s'introduisant sur un marché avec pour seul but est de réaliser une acquisition pour permettre à un autre groupe de se coter sans passer par la case IPO, à Wall Street . "Au cours des six derniers mois, les marchés américains de valeurs mobilières ont connu un bond sans précédent de l'utilisation et de la popularité des Special Purpose Acquisition Companies (Spacs)", écrit dans un communiqué John Coates, chef de la division de la SEC supervisant la finance d'entreprise.

"Les inquiétudes comprennent les risques découlant des commissions, des conflits d'intérêt et de la rémunération des sponsors (les sociétés "à chèque en blanc" sans activité opérationnelle, NDLR), du parrainage par des célébrités et de la participation potentielle de petits porteurs attirés par un emballement sans fondement et, plus simplement, des montants en capitaux déversés dans les Spacs", détaille-t-il.

Un processus rapide et simple

Ces sociétés offrent l'avantage de la rapidité et de la simplicité des démarches ainsi que des dépenses généralement moins importantes par rapport aux IPO (introductions en Bourse) traditionnelles, la documentation à fournir en amont étant réduite à peau de chagrin faute de résultats à présenter.

Leur nombre a littéralement explosé au cours des derniers mois. Selon le site spécialisé SPACInsider, il y a eu plus de 300 introductions à la Bourse américaine via des Spacs depuis janvier pour un montant total de 98,4 milliards de dollars levés. C'est d'avantage que sur l'ensemble de 2020 (83 milliards), pourtant considérée comme une année faste pour les Spacs avec des fonds collectés presque deux fois supérieurs à ceux levés lors des dix années précédentes combinées (47 milliards).

De nombreuses célébrités, comme le rappeur Jay-Z ou la légende du basket Shaquille O'Neal, ont associé leurs noms à des Spacs. Fin mars, le géant déchu des bureaux partagés WeWork a annoncé son intention de fusionner avec une Spac pour faire son entrée sur la place new-yorkaise via une fusion avec la société BowX Acquisition Corp valorisant le groupe à 9 milliards de dollars et lui permettant de récolter 1,3 milliard d'argent frais. Le "Uber singapourien" Grab s'apprête en outre à affoler les compteurs à Wall Street en fusionnant avec le fond d'investissement Altimeter Capital Management dans une opération qui pourrait le valoriser près de 40 milliards de dollars. En levant au passage 4,5 milliards de dollars, le géant des VTC va signer la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire via une Spac.

John Coates a souligné le besoin de transparence autour des activités de ces véhicules financiers à la mode. La SEC "continue d'être vigilante au sujet des Spacs et de la transparence de leurs objectifs afin que le public puisse prendre des décisions d'investissement et de vote éclairées au sujet de ces transactions", indique-t-il. Le régulateur insiste notamment sur l'importance de l'opération de fusion entre la Spac et la société cible, également connue sous le nom de "de-Spac". "Si nous ne traitons pas la transaction de de-SPAC comme la 'vraie IPO', nous risquons de focaliser notre attention au mauvais endroit", prévient-il.

L'AMF scrute le phénomène de près

"Nous ne sommes pas hostiles par principe aux Spacs", les Etats-Unis, où ils sont très en vogue, nous ayant "montré les écueils à éviter", a de son côté affirmé jeudi Robert Ophèle, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF). "De nombreux excès ont de fait été observés aux Etats-Unis" où ces "Spacs se "sont multipliées" avant de se développer "désormais en Europe", a-t-il rappelé à l'occasion de la présentation du rapport annuel 2021 de l'institution.

Avant de cibler lesdits écueils à éviter : "Dans de nombreux cas, les promoteurs de ces Spacs en étaient en fait les seuls bénéficiaires" et "lorsque le véhicule coté avait finalement identifié une cible et fusionné avec elle, la valorisation s'avérait trop élevée et la performance de l'opération pour les investisseurs restants était désastreuse" a-t-il notamment pointé.

"Avec une structuration de qualité permettant un alignement des intérêts, le Spac est une manière d'introduire en Bourse des sociétés de taille significative, complémentaire des introductions traditionnelles et établissant un lien potentiellement fructueux avec le private equity (capital-investissement)", a-t-il toutefois estimé. Dans un communiqué publié sur son site internet ce jeudi, l'AMF précise par ailleurs que "le cadre juridique et les exigences réglementaires en vigueur en France permettent d'accueillir la cotation des Spacs à Paris tout en offrant une protection appropriée aux investisseurs".

Si le phénomène a du mal à prendre de l'ampleur en France, la plus grosse opération de cotation d'une année 2020 particulièrement morne de ce point de vue là sur Euronext Paris est tout de même à mettre à l'actif du trio Niel-Pigasse-Zouari avec 300 millions d'euros levés par leur coquille vide baptisée 2MX Organic. Cette Spac est destinée à acquérir une société dans les biens de consommation durables. La tendance pourrait néanmoins s'accélérer en ce début d'année 2021 où l'AMF indique, dans son communiqué publié jeudi, "observer une augmentation importante du nombre de projets d’introduction de Spac à la Bourse de Paris".

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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