(BFM Bourse) - Le groupe de loisirs a annoncé faire l'objet d'une offre de rachat de la part du fonds émirati Mubadala Capital, qui doit permettre au groupe de mettre le cap sur le développement après la restructuration financière qui l'avait fait sortir de l'ornière.
Depuis un an presque jour pour jour, la Bourse attendait de savoir qui reprendrait Pierre & Vacances, propriétaire notamment de Center Parcs, Maeva et Adagio.
La réponse est désormais connue. Le groupe de loisirs a annoncé ce lundi 22 juin avoir achevé la "revue stratégique" (un terme très formel qui signifie concrètement que le groupe cherchait à trouver un nouvel actionnaire de référence et donc à se vendre), initiée en juin 2025.
À la suite d'un appel d'offres avec plusieurs investisseurs potentiels, Pierre & Vacances a reçu et validé via son conseil d'administration une offre publique d'achat (OPA) portant sur l'intégralité de son capital et émanant du fonds émirati Mubadala Capital.
Cette offre est proposée au prix de 1,9 euro par action Pierre & Vacances en incluant un dividende exceptionnel de 0,11 euro (c'est-à-dire qu'il faut retrancher 11 centimes de coupon lié à un prochain détachement de ce dividende exceptionnel).
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Dépôt de l'offre début 2027
Un "bonus" de 10 centimes par action sera en outre reversé aux actionnaires de la société si Mubadala parvient à retirer Pierre & Vacances de la cote. Pour cela le fonds devra obtenir plus de 90% du capital du groupe de loisirs.
L'offre de Mubadala prévoit aussi de reprendre des instruments dérivés du capital de Pierre & Vacances (bons de souscriptions en actions, actions de préférence) à leurs détenteurs.
Le fonds émirati a déjà obtenu l'accord des fonds de restructurations qui sont les actionnaires actuels de Pierre & Vacances et détiennent actuellement 58,6% du capital en circulation du groupe.
Mubadala a fixé un seuil de satisfaction de l'OPA à 80%. Ce qui signifie que si le fonds n'obtient pas plus de 80% du capital de l'entreprise, son offre sera caduque.
Le dépôt de l'offre est attendu au premier trimestre 2027. In fine, Pierre & Vacances pourrait sortir de la Bourse, 28 années après y être entré, en 1999.
"L’offre de Mubadala Capital traduit sa conviction dans le secteur européen du tourisme et des loisirs comme dans le potentiel à long terme des marques du groupe", a déclaré Antoun Ghanem, associé chez Mubadala Capital, cité dans un communiqué.
"Mubadala Capital entend accompagner l’équipe de management, conduite par Franck Gervais (le directeur général, NDLR), dans la mise en oeuvre du plan stratégique du Groupe, en s’engageant comme partenaire de long terme", a-t-il ajouté.
À la Bourse de Paris, l'action Pierre & Vacances grimpe de 4,5% à 1,85 euro pour se rapprocher du prix de l'OPA (1,9 euro donc hors bonus en cas d'offre de retrait et dividende inclus).
Un changement nécessaire
La perspective d'un rachat flotte dans la tête des investisseurs depuis juin 2025 lorsque le groupe avait annoncé sa revue stratégique. Autrement dit, l'action Pierre & Vacances inclut depuis un an un caractère spéculatif.
Le changement d'actionnaire de Pierre & Vacances était devenu nécessaire pour ouvrir un nouveau chapitre.
Plusieurs fonds (Benefit Street Partners, Fidera, Pastel Holding) ont accepté d'accompagner la société lors de sa lourde restructuration financière de 2022, après des années très difficiles dues aux restrictions sanitaires.
À l'époque, la société croulait sous une dette de plus de 700 millions d'euros qui a été intégralement résorbée via cette restructuration, au prix toutefois d'une lourde dilution pour les actionnaires. Environ 550 millions d'euros de dette avaient été converties en capital.
L'entreprise est ensuite repartie de l'avant, affichant un premier bénéfice depuis dix ans sur l'exercice 2023-2024 avant d'améliorer encore sa rentabilité sur l'exercice clos en 2024-2025.
Après cette phase de redressement, la société a ensuite mis le cap sur le développement, avec des objectifs à l'horizon 2030 qui prévoient 50.000 unités d'hébergement supplémentaires et la poursuite de la rationalisation des coûts. Environ 640 millions d'euros d'investissements sont par ailleurs prévus sur cinq ans. L'objectif: parvenir à un résultat brut d'exploitation (Ebitda) ajusté de 270 millions d'euros en 2030 contre 181,1 millions d'euros sur le dernier exercice.
"Si le développement sera principalement asset light (sans détention direct du parc immobilier, NDLR), le nouveau plan implique tout de même une légère accélération des investissements par rapport aux niveaux déjà conséquents des dernières années compte tenu du fait que la premiumisation du parc reste un chantier ouvert et que les ambitions d’expansion de l’offre du groupe supposent des moyens à la hauteur", observe TP ICAP Midcap.
L'actionnariat actuel du groupe n'était peut-être pas idoine pour mener cette opération de reconquête, les fonds actionnaire voulant probablement sortir du capital après avoir accompagné le redressement de l'entreprise.
La présence des actionnaires "était cohérente dans un contexte de restructuration mais l’est beaucoup moins dans un contexte de développement à 4 ans nécessitant une accélération des investissements", explique TP ICAP Midcap.
"Alcentra et Fidera sont en effet des fonds spécialisés dans la restructuration et la gestion des actifs en difficulté. Leur entrée au capital en septembre 2022 répondait ainsi à une logique précise : stabiliser le groupe financièrement et accompagner son retournement opérationnel via le plan Réinvention. Quasiment 4 ans après leur arrivée, la mission est désormais clairement accomplie, le groupe étant aujourd’hui dans une situation largement stabilisée avec le retour des bénéfices et une structure financière très saine quasiment sans dette", développait l'intermédiaire financier dans une note publiée fin mai.
Le bureau d'études s'attendait à ce que l'acquéreur soit plutôt un fonds avec un horizon de long terme (ce qui est donc effectivement le cas). Il calculait une valorisation beaucoup plus élevée, de 3,2 euros par action.
