(BFM Bourse) - ENTRETIEN- Le groupe de textile spécialiste du made in France est arrivé ce 14 juillet à la Bourse de Paris. Léa Marie, directrice exécutive, et Guillaume Gibault, PDG, expliquent à BFM Bourse que cette opération leur trottait depuis un bail dans la tête. Ils assurent par ailleurs que l'introduction en Bourse n'avait pas pour but premier de de faire sortir les fonds de "private equity".
Le Slip Français et son humour potache a désormais débarqué sur la très sérieuse Bourse de Paris.
Le groupe de textile "made in France" a fait ses premiers pas ce mercredi 14 juillet, dans le cadre d'une introduction qui lui a permis de lever 5 millions d'euros pour doubler son chiffre d'affaires à l'horizon 2030. Pour l'heure, ses débuts sont relativement encourageants. L'action prend 1,3% vers 11h15 alors que le CAC 40 souffre, perdant 0,98% à 8.282,35 points.
Dans un entretien à BFM Bourse, les deux dirigeants, Léa Marie, directrice exécutive, et Guillaume Gibault, PDG et directeur créatif, reviennent sur cette opération. Ils expliquent sa genèse, et assurent que cette introduction en Bourse n'avait pas pour but premier de permettre la sortie des fonds présents au capital depuis 10 ans.
> BFM Bourse: Dans le cadre de l'introduction en Bourse du Slip Français, vous avez beaucoup insisté sur votre volonté de faire entrer des actionnaires individuels à votre capital. Mais y avait-il vraiment un intérêt prononcé de la part des Français? Comment l'avez-vous mesuré?
Léa Marie: Nous avons réalisé en 2023 une levée obligataire auprès des particuliers sur la plateforme Lita pour développer notre activité BtoB (c'est-à-dire auprès des entreprises et non directement auprès des consommateurs, NDLR). Cette opération avait rassemblé 2.442 investisseurs. À l'époque, les gens étaient hyper frustrés de ne pas pouvoir entrer au capital, certains regrettant qu'il n'y ait pas la possibilité de convertir les obligations en actions.
Le ressenti que nous avons eu est que quand on parle au grand public de sujets industriels il répond présent.
Nous avions réfléchi à une introduction en Bourse dès l'année dernière mais nous n'étions pas encore assez robustes. Nous voulions aller au bout de l'année 2025, qui était un exercice de transition et qui a été une année de rentabilité avérée (la société a dégagé un résultat net positif, NDLR). Nous avons ensuite effectué un sondage YouGov fin 2025.
Guillaume Gibault: Le sondage YouGov, réalisé via la méthode des quotas, nous a permis de mesurer l'intention d'investir à notre capital. La question était 'si le Slip Français envisageait de vendre une partie de ses actions, investiriez-vous?' 40% d'entre eux étaient soit tout à fait prêt soit plutôt prêt, ce qui est vraiment pas mal.
> BFM Bourse: Sur les 13 millions d'euros d'actions mises sur le marché, 5 millions sont des actions nouvelles , mais la majorité, soit 8 millions, sont cédées par des fonds à votre capital (360 Capital Partners et Experienced Capital). Cela donne l'impression que cette opération est réalisée pour que ces fonds puissent sortir…
Léa Marie: Ce n'est pas le cas. Ce sont Guillaume et moi-même qui avons souhaité avoir les citoyens à notre capital pour poursuivre l'aventure, c'est une demande de notre part auprès des fonds et nous avons décidé de trouver ensemble, en bonne intelligence, une solution. En réalité, tout le monde a eu envie d'une bonne suite pour le Slip Français.
Nous avons travaillé comme des fous pour parvenir à réaliser la reprise opérationnelle de la société (le groupe a généré 4 millions d'euros de cash entre 2023 et 2025, NDLR), il était temps de nous écouter. Les fonds ont été moteur de cette reprise, ils ont fait leur temps. Mais en toute transparence, ce sont des fonds de 'private equity' (capital-investissement) et je pense que, vu leurs horizons d'investissements, ils auraient attendu 2028 pour sortir.
Guillaume Gibault: Dans le cas de cette opération, nous avons établi un business plan et nous avons chiffré ensuite le besoin de cash à 5 millions d'euros dans des investissements industriels, avec plus de mètres carrés, une équipe plus robuste. Mais pas plus.
Ensuite, en évaluant l'appétence pour l'introduction en Bourse, avec notamment d'importants industriels nous avons évalué la taille globale à 12 millions d'euros (le chiffre est ensuite passé à 13 millions après l'exercice partiel d'une option de surallocation liée à la demande, NDLR). Après, du côté des fonds, ils sont là depuis dix ans voire onze ans, il y avait une logique pour reconfigurer le capital".
>BFM Bourse: Vous évoquez des actionnaires industriels. Quel type d'actionnariat avez-vous attiré ?
Guillaume Gibault: nous allons faire rentrer 7.260 investisseurs particuliers au capital, ce qui constitue une importante opération. Nous allons évangéliser les Français via cette opération, leur permettre d'ouvrir un compte en Bourse, un plan d'épargne en actions (PEA).
Léa Marie: Nous avons aussi eu la confiance très importante d'actionnaires institutionnels, tant mieux, mais aussi de la part d'industriels, ce qui reste une marque de confiance forte pour un acteur du made in France du textile comme nous. Parmi ces actionnaires figurent FIM (France Inter Mode), Femilux et Chantelle.
>BFM Bourse: Les marchés connaissent d'importantes secousses avec le conflit au Moyen-Orient et vous n'êtes que la troisième introduction à Paris, cette année. Était-ce le bon moment?
Léa Marie: Moi je sors de 25 années difficiles dans le textile, à aucun moment nous avons dit que c'était facile. Depuis 25 ans, nous vivons des guerres et des retournements de marché. Il va falloir que nous tenions notre budget, que nous soyons solides, créatifs et qu'on se marre. C'est très important car cela donne de meilleures idées.
>BFM Bourse: Une partie du capital levé servira à financer de la production dans de nouveaux produits, comme des jeans en 2027, des sacs à dos en 2028 ou du linge de lit en 2029. Comment comptez-vous aborder ces marchés?
Léa Marie: "Nous allons réveiller l'industrie, la rebâtir en se concentrant sur la fabrication de produits de grande consommation. Nous allons répliquer notre savoir-faire sur le slip que nous avons déjà étendu aux T-shirts. Les jeans ou le linge ce sont des modèles de réachat, c'est un produit que l'on sait automatiser.
Nous allons nous développer en BtoB sur ces produits. Or, des enseignes sont parties acheter au Portugal, en Italie, en Espagne pour des question de compétitivité-prix. Notre enjeu sera de nous positionner sur la même compétitivité-prix pour que ces enseignes n'aient plus de raison d'aller dans ces pays. Pour les t-shirts par exemple, nous les proposons à 7,9 euros, le même prix qu'au Portugal".
Propos recueillis par Julien Marion
