(BFM Bourse) - Le groupe a livré des résultats globalement supérieurs aux attentes au titre de son exercice 2025-2026. Mais les objectifs, notamment de résultat brut d'exploitation pour l'exercice en cours, crispent le marché.
Eutelsat connaît encore une année bien mouvementée en Bourse. L'opérateur de satellites (dont le propriétaire de BFMTV-RMC, CMA CGM, détient une participation d'environ 7,5% au capital) a vu son cours monter jusqu'à 4,56 euros fin mai, ce qui traduisait alors une hausse de 167% sur l'ensemble de 2026.
Puis la spéculation a dégonflé et le titre a rechuté, même s'il reprend encore 13% sur l'ensemble de l'année.
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Le groupe est habitué depuis plusieurs années aux montagnes russes sur la cote. L'action présente une forte volatilité en raison de différents facteurs, comme un flottant (la part des actions qui s'échange librement sur le marché) faible, de 21,9%, et un endettement élevé.
L'endettement a toutefois été ramené à 2,32 fois le résultat brut d'exploitation (Ebitda) ajustée à fin juin dernier, contre 3,88 fois un an plus tôt, grâce à la recapitalisation opérée l'an passé.
L'introduction de SpaceX comme coup de projecteur
En 2025 déjà, Eutelsat avait vu son titre s'envoler en quelques séances avant de chuter presque aussi brutalement.
À la suite des tensions diplomatiques entre l'Europe et les États-Unis, les investisseurs avaient anticipé un surcroît de commandes pour les opérateurs européens de satellites pour contourner le système Starlink d'Elon Musk en Europe.
"Au cours des deux derniers jours, le cours de l'action Eutelsat est passé de 1,20 euro à 3,57 euros (+197 %), étant donné qu'Eutelsat (avec ses homologues européens) pourrait fournir une connectivité satellitaire supplémentaire en Ukraine et constituer une alternative crédible à Starlink", notait en mars 2025 Deutsche Bank.
"Les tensions géopolitiques actuelles ont créé une brèche pour que la constellation OneWeb d'Eutelsat soit fortement utilisée pour les services de communication de défense, et les gouvernements européens ont mis davantage l'accent sur ce sujet", remarquait de son côté Alphavalue.
L'éphémère bond qu'a connu au printemps 2026 Eutelsat s'explique, cette fois, par le regain d'intérêt du marché pour les valeurs liées à l'espace, qui était survenu peu en amont de l'introduction en Bourse de SpaceX. Son concurrent luxembourgeois, SES, a également été porté par cette tendance.
Barclays évoquait d'ailleurs en juillet l'arrivée sur la cote de SpaceX comme un catalyseur passé pour SES.
"L'engouement suscité par l'introduction en Bourse de SpaceX est également derrière nous, même si SES a plus ou moins perdu les gains enregistrés par son action pendant cette période où le marché s'intéressait particulièrement à ce secteur (le spatial, NDLR)", écrivait la banque britannique.
Alphavalue remarquait que les détails des comptes de SpaceX révélés lors de l'introduction en Bourse, avec les bons résultats de sa division "connectivité" (c'est-à-dire de Starlink) avaient apporté un "coup de boost" aux actions SES et Eutelsat.
"L'introduction en bourse record de SpaceX confirme publiquement ce dont les investisseurs privés sont déjà convaincus: le secteur spatial est un domaine d'investissement durable, et non un simple cycle passager" soulignait, plus largement, Allianz en juillet .
Des résultats supérieurs aux attentes
En publiant les résultats de son exercice 2025-2026 ce vendredi 7 août, Eutelsat revient à ses fondamentaux, qui demeurent délicats. Le groupe doit actuellement préparer son futur en investissant dans l'extension de sa constellation de satellites à basse orbite (LEO) OneWeb et en préparant sa participation au projet européen de constellation de satellites Iris2 qui devrait gonfler ses revenus dans quelques années.
"Le positionnement d’Eutelsat est de plus en plus déterminé par l’importance stratégique de son activité LEO via OneWeb. Alors que la société s’appuyait historiquement sur les revenus issus de la diffusion GEO (les satellites géostationnaires, NDLR), l’attention des investisseurs se porte désormais sur son rôle d’opérateur LEO souverain de premier plan en Europe", explique Alphavalue.
"Dans un contexte où les gouvernements européens accordent de plus en plus la priorité à la souveraineté numérique et à la sécurité des infrastructures de communication, OneWeb confère à Eutelsat une importance stratégique disproportionnée par rapport à son envergure financière", poursuit le bureau d'études indépendant.
Le problème reste que OneWeb constitue un vecteur de croissance mais pas encore de rentabilité pour Eutelsat. Avant de fusionner avec Eutelsat à l'automne 2023, OneWeb affichait des pertes opérationnelles de 320 millions sur son dernier exercice publié.
La marge brute d'exploitation d'Eutelsat est elle passée de 73% sur l'exercice 2022-2023, (le dernier avant la fusion) à 51,2% sur 2025-2026.
Toutefois, Eutelsat a fait mieux qu'attendu par les analystes.
Mais les perspectives déçoivent
Sur le seul quatrième trimestre de cet exercice 2025-2026 clos en juin dernier, Eutelsat a dégagé des revenus de 351,3 millions d'euros, en hausse de 8,1% sur un an en données comparables, propulsé par le bond des satellites LEO (+82,4%) tandis que les services vidéo chutent de 14,4% en données comparables.
Oddo BHF évoque "une bonne surprise", puisque le consensus (la prévision moyenne des analystes) attendait des revenus de seulement 317 millions d'euros au quatrième trimestre.
Sur l'ensemble de l'exercice 2025-2026, Eutelsat a généré un chiffre d'affaires de 1,25 milliard d'euros, en hausse de 3% en données comparables, tandis que son Ebitda ajusté a reculé de 3,1% en données comparables, à 632,4 millions d'euros, soit davantage que le consensus (628 millions d'euros).
À la Bourse de Paris, l'action Eutelsat plonge toutefois de 5,2% vers 16h30, le marché sanctionnant les perspectives annoncées par le groupe pour l'exercice 2026-2027 clos en juin prochain.
Eutelsat prévoit une légère hausse du chiffre d'affaires issu de ses quatre activités opérationnelles et une marge d’Ebitda globalement au même niveau que l’exercice précédent.
Ces perspectives sont qualifiées de "prudentes" par Oddo BHF. Le bureau d'études calcule que ces indications impliquent que l'Ebitda ne progressera que "légèrement" en 2026-2027 alors que le consensus attendait une hausse de 9% de cet indicateur (et de 3% du chiffre d'affaires).
Oddo BHF maintient son avis à "neutre" sur l'action "en raison des défis liés à la croissance dans un contexte de marché difficile, à la nécessité de rendre rentable la constellation OneWeb en orbite terrestre basse (LEO) et aux investissements massifs prévus entre 2026 et 2030".
"Cela dit, nous commençons à observer, au quatrième trimestre (de l'exercice 2025-2026, NDLR), certains signes positifs en termes de dynamique de croissance du chiffre d'affaires", nuance le bureau d'études.
