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TOUT COMPRENDRE - Pourquoi la faillite de Wirecard est devenue l'un des plus grands scandales financiers depuis 2000

vendredi 23 avril 2021 à 14h00
Angela Merkel est auditionnée devant la commission d'enquête

(BFM Bourse) - Qui porte la responsabilité politique dans la faillite de la société de paiements Wirecard? La commission d'enquête sur ce scandale financier sans précédent en Allemagne touche cette semaine au cœur du pouvoir avec, en point d'orgue, l'audition de la chancelière Angela Merkel ce vendredi.

Moins d'un an après le plus gros scandale financier depuis celui d'Enron en 2001, une commission d'enquête allemande est chargée de faire la lumière sur l'éventuelle responsabilité de plusieurs politiques de premier plan, à commencer par la chancelière Angela Merkel.

Rappel des faits. Jeune société de paiements dématérialisés à la croissance fulgurante, Wirecard a longtemps été la coqueluche de la place francfortoise avant de provoquer une déflagration lorsque ses dirigeants ont admis, en juin dernier, que 1,9 milliard d'euros inscrits dans les comptes n'existaient pas, après que le cabinet d'audit EY a refusé de certifier les résultats. La société, dont plus de 90% de la capitalisation s'est envolée en l'espace de deux séances en réaction à ces révélations, n'a pas tardé à être mise en liquidation ensuite.

Des lanceurs d'alerte superbement ignorés, voire vilipendés

Plus que l'ampleur de l'effondrement boursier -logique tant la faillite de Wirecard semblait inéluctable une fois le pot-au-roses découvert- le plus choquant est le fait que les lanceurs d'alerte aient été ignorés par les autorités de régulation. De fait, certains investisseurs avaient levé le lièvre dès 2008, en questionnant publiquement la comptabilité de l'entreprise... pour se retrouver eux-mêmes sur le banc des accusés. A l'époque, deux anciens dirigeants d'une fédération de petits porteurs, la Schutzgemeinschaft der Kapitalanleger (ou SdK, "Association de protection des investisseurs en capital"), Tobias Bosler et Markus Straub, qui dénonçaient l'obscurité des chiffres avancés par Wirecard, avaient écopé de la part d'un tribunal régional de Munich... d'une amende et d'une courte peine de prison pour tentative de manipulation de cours.

A partir de 2015, le Financial Times avait relancé l'offensive, via une série d'articles au long cours - réunis aujourd'hui sous le titre "The House of Wirecard". Dans une enquête aussi édifiante que brillamment narrée, notre confrère Dan McCrum y interrogeait la stratégie de la firme bâtie sur le rachat, au prix fort, d'obscures entreprises censées lui apporter des portefeuilles de clients, et surtout pointait du doigt des incohérences flagrantes dans les comptes. Pourtant, l'ascension spectaculaire du titre -à son apogée, en 2018, la capitalisation de Wirecard était supérieure à celle de la Deutsche Bank, la plus grande banque du pays- avait continué, soutenue par un étonnant lobbying de la place financière allemande en sa faveur. Pas question de toucher à Wirecard, devenu le porte-étendard d'un écosystème fintech en plein développement...

L'étrange passivité des autorités de régulation

Alertée à plusieurs reprises sur de possibles malversations comptables, l'Autorité fédérale de supervision financière (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, ou BaFin) avait décidé de déposer une plainte au pénal à l'encontre... de deux journalistes du Financial Times et de plusieurs fonds pariant à la baisse sur le titre Wirecard. Une fois la vérité reconnue, Felix Hufeld, président de la BaFin, n'a pu que reconnaître que l'Autorité n'avait pas été à la hauteur de sa mission. Il a récemment été remplacé par Mark Branson, ancien directeur de l'autorité fédérale suisse de surveillance des marchés financiers.

Le gendarme boursier allemand est en outre mis en cause pour avoir interdit les ventes à découvert sur le titre Wirecard, entre février et avril 2019, tentant d'enrayer la dégringolade du titre déclenchée par de nouvelles allégations de malversations dans la presse économique. Cette décision "sans précédent" a contribué à "dissimuler la fraude pendant des mois", a fustigé le député libéral Frank Schäffler, membre de la commission d'enquête du parlement allemand.

La responsabilité des politiques en question

L'affaire a clairement mis en lumière des "manquements qui convergent vers un point central, la BaFin", le régulateur financier allemand, abonde en ce sens le député conservateur Matthias Hauer. Il estime que le ministre des Finances Olaf Scholz -candidat des sociaux-démocrates à succession d'Angela Merkel à la chancellerie- "a gravement endommagé la confiance dans la place financière allemande". Convoqué ce jeudi par la commission parlementaire, le dirigeant a reconnu qu'il s'agissait du "plus grand scandale financier de l'histoire allemande" mais opposé un "non" sec à la question de savoir s'il existait des responsabilités politiques dans cette faillite retentissante.

"La responsabilité de cette fraude criminelle à grande échelle n'incombe pas au gouvernement" a-t-il affirmé, assurant que la décision d'interdiction des ventes à découvert relevait seulement de BaFin, son ministère s'étant contenté de l'entériner. Il a par ailleurs affirmé n'avoir eu à l'époque "aucun indice prouvant qu'il ne s'agissait pas d'une bonne décision", reconnaissant néanmoins le manque de moyens à disposition de l'autorité de régulation. "Avec ce que nous savons aujourd'hui, il est clair que les missions de surveillance et de contrôle n'étaient pas bien armées", a-t-il déclaré, rappelant que des réformes avaient été engagées.

Un embarrassant voyage officiel en Chine

Après plusieurs ministres, ce sera au tour d'Angela Merkel elle-même de passer sur le gril vendredi. Dans le viseur de la commission : un voyage officiel effectué par la chancelière en Chine en 2019, embarquant des responsables de la fintech qui cherchaient alors à se faire ouvrir les portes auprès des autorités chinoises. Frank Schäffler se demande s'il était "approprié de placer Wirecard sous sa protection lors de ce voyage ou bien si la chancellerie n'aurait pas dû réagir plus tôt aux alertes" qui commençaient à circuler.

La chancellerie n'avait cependant pas donné suite, plusieurs mois auparavant, à une demande de rencontre avec le dirigeant de Wirecard, Markus Braun, alors au sommet de sa gloire. L'ancien patron du groupe et principal artisan de l'essor factice de la firme est incarcéré depuis cet été dans le sud de l'Allemagne dans le cadre d'une vaste enquête judiciaire menée par le parquet. Parmi les premiers à comparaître devant la commission d'enquête à l'automne, cet Autrichien de 51 ans a refusé de s'exprimer.

Son ancien bras droit, Jan Marsalek est en fuite depuis des mois. De nombreuses informations de presse le présentent l'homme, soupçonné d'avoir détourné des centaines de millions de dollars notamment pour organiser des fêtes luxueuses, comme un interlocuteur de divers services de renseignement, dont ceux de la Russie, de l'Autriche et du Royaume-Uni.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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