(BFM Bourse) - Capitalisation boursière, part du flottant dans le capital, volumes d'échanges... Si les critères pour prétendre intégrer le Saint des saints sont nombreux, ils restent quelque peu opaques, à la discrétion d'un comité indépendant. Celui-ci se réunit au moins chaque trimestre pour décider d'une éventuelle modification dans la composition du CAC.
Alstom va remplacer Accor au sein du CAC 40. Des changements annoncés jeudi 10 septembre et qui "seront effectifs à partir de lundi 21 septembre", a précisé dans un communiqué l'opérateur boursier européen Euronext. Mais comment une société entre-t-elle ou sort-elle de l'indice phare? Sur quels critères?
C'est pour répondre à cette question que se réunissent au moins chaque trimestre les 7 membres (régulateurs, professeurs, analystes, etc.) du Conseil scientifique des indices (CSI) de la Bourse de Paris. Ce comité indépendant cultive la discrétion. D'ailleurs on ne connaît pas les noms de ces membres, afin d'éviter qu'ils soient sollicités à l’approche des révisions et pour garantir une sérénité dans le processus de décision. Initialement, les dates des réunions n'étaient même pas connues à l'avance. Depuis quelques années, elles sont (discrètement) indiquées d'un trimestre à l'autre. Le CSI est donc le seul décideur de la composition des principaux indices de la Bourse de Paris, notamment du CAC 40. Chacun des membres dispose d'une seule voix, tandis que l'opérateur du marché Euronext n'a pas voix au chapitre.
Pour que la composition de l'indice phare de la Bourse de Paris soit modifiée, "il faut qu'il y ait une conviction assez forte sur le fait que les écarts de classement entre les valeurs soient significatifs et pérennes", indiquait ainsi un membre de ce comité aux Échos en 2013. "Il ne faut pas que ce soit un simple accident statistique", ajoutait un autre. Il arrive donc régulièrement que le comité décide de ne pas remanier l'indice phare, comme ce fut le cas lors de trois de ces quatre réunions en 2019 (à l'exception de celle de juin au cours de laquelle Thales avait été choisi pour remplacer Valeo au sein du baromètre parisien).
Au vu contexte actuel, il est donc possible d'imaginer que le CSI décide de ne pas toucher à la composition du CAC dans les prochains jours, tant les écarts de performance sont impressionnants -et semblent parfois décorrélés de la réalité économique- entre les (très) bons élèves du SBF 120 (Eurofins, Sartorius, bioMérieux notamment) et les cancres du CAC (Renault, Accor, Publicis, Unibail) depuis le début de l'année.
Valorisation boursière, part du flottant, titres "liquides"...
Si l'intégration d'une valeur dans le Saint des saints est à l'entière discrétion du CSI, ce dernier s'appuie néanmoins sur un certain nombre de critères stricts et précis. Le premier d'entre eux est logiquement la valorisation boursière des groupes (voir ici le "top 40 France" établi l'année dernière sur la seule base des capitalisations boursières) cotés à Paris. Les valeurs éligibles doivent nécessairement figurer parmi les 100 premières capitalisations boursières. Outre la valorisation boursière, les volumes d'échanges de titres constituent un autre critère essentiel, le CAC 40 se devant de représenter des valeurs "liquides", pour lesquelles il est aisé de trouver une contrepartie à l'achat ou à la vente.Le CSI prend également en compte, depuis 2013, la part du flottant dans le capital, à savoir la part du capital effectivement disponible sur le marché. Actuellement, le groupe ayant le plus faible flottant au sein du CAC est Hermès (seulement 30%), devant Crédit Agricole (40%). En 2015, EDF avait ainsi été exclu du CAC car l'État français détenait 84,5% de son capital.
Selon des experts au fait des agissements du CSI, des considérations géographiques ou sectorielles ont également pu intervenir pour certaines valeurs au coude-à-coude. Noël Amenc, professeur à l'Edhec, avait ainsi claqué la porte du CSI, fin 2012, critiquant l'entrée du belge Solvay dans le CAC 40 (en lieu et place du constructeur automobile PSA Peugeot Citroën), en raison de la nationalité du chimiste. "Il y a de nombreuses règles précises qui ont des conséquences contradictoires pour la composition de l'indice, et on laisse le choix aux membres du CSI d'appliquer telle ou telle règle sur une base purement discrétionnaire. Il faudrait que l'application des règles soit claire, transparente et systématique", expliquait-il alors aux Échos. Si ce n'est pas le cas, il estime qu'un doute plane dès lors "sur l'objectivité et l'absence de conflits d'intérêts, un élément essentiel de la crédibilité d'un indice".
Sur son site, Euronext explique que les deux critères principaux sont le capital flottant et le montant des capitaux échangés sur l’année écoulée. L'opérateur boursier les combine pour faire une moyenne et fournit ensuite un classement des sociétés cotées au Comité scientifique des indices chaque trimestre. C’est là que ça se corse car le CSI ne va pas forcément sélectionner les 40 premières sociétés au classement combiné, car il existe une forme de priorité aux “anciens” pour éviter un turnover trop important. L'"Index Summary" défini par Euronext explique ainsi que "les 35 entreprises les mieux classées (selon la combinaison des deux critères sus-cités) sont sélectionnées. Une "zone tampon", où les valeurs actuellement dans l'indice ont la priorité sur les entreprises qui n'en font pas partie, est composée des entreprises classées entre la 36e et la 45e place". C'est au sein de ce panel de 10 groupes que le CSI choisira, en priorité, une valeur à intégrer au CAC. Inversement, une autre valeur devra alors sortir de l'indice.