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THALES

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Thales : En rachetant pour 3,9 milliards d'euros le "SpaceX des drones navals" Exail, Thales paie cher mais le jeu semble en valoir la chandelle

Aujourd'hui à 12:06
Thales se renforce dans le naval avec Exail Tehcnologies

(BFM Bourse) - Le groupe français de technologies et de défense a annoncé ce lundi un accord pour reprendre l'intégralité du capital d'Exail Technologies. La société compte dégager 500 millions d'euros de synergies commerciales dans les 10 prochaines années. Les analystes pensent que Thales paie, certes, cher mais que le jeu en vaut la chandelle.

Alors que Safran avait fait part de ses avances, c'est finalement avec un autre soupirant, Thales, qu'Exail Technologies convolera en justes noces.

Les deux groupes ont annoncé ce lundi 6 juillet un accord qui doit aboutir au rachat de 100% du capital de l'ex-Groupe Gorgé par Thales. Vendredi soir tard, Safran avait, de son côté, déclaré qu'il abandonnait les discussions pour racheter Exail Technologies.

Exail Technologies est une ETI française qui a été portée en Bourse par son positionnement sur la défense. Le groupe est spécialisé dans la robotique autonome, avec notamment des drones sous-marins qui permettent, par exemple, de mener des opérations de déminage dans les océans. La société propose également des centrales inertielles de navigation qui utilisent la technologie de gyroscope à fibre optique.

"On vise à être le SpaceX du drone marin", avait déclaré à l'Agence France Presse (AFP) Thomas Buret, le co-directeur général d'Exail Technologies, en référence au modèle d'Elon Musk qui a secoué le spatial en rendant les lancements plus abordables grâce à un contrôle total, de la conception jusqu'à la commercialisation.

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La plus importante acquisition depuis sept ans

Thales a accepté de payer 134 euros par action Exail Techologies, soit davantage que les 128 euros que proposait Safran. Ce qui reviendra à débourser environ 2,3 milliards d'euros en cash pour racheter l'intégralité du capital de l'ETI française. En incluant la reprise de dette, le coût total pour Thales s'élève à 3,9 milliards d'euros.

Le mastodonte français de l'aéronautique et de la défense (22,1 milliards d'euros de revenus en 2025 contre 479 millions d'euros pour Exail Technologies) rachètera dans un premier temps le bloc de contrôle de la famille Gorgé, qui possède 35,5% du capital, avant de lancer dans un second temps une offre publique d'achat (OPA) sur le solde du capital. L'entreprise s'attend à ce que l'opération soit finalisée au début 2028.

Avec 2,3 milliards de cash et 3,9 milliards d'euros en incluant la reprise de dette, Exail Technologies constitue un gros morceau pour Thales. Le spécialiste de la lutte sous-marine représente tout simplement la plus importante acquisition du groupe depuis Gemalto, en 2019 (4,8 milliards d'euros).

Comme le souligne Jefferies, le prix consenti par Thales n'est guère "bon marché". À 134 euros l'action, le groupe de défense et de technologies accepte de payer 41 fois le résultat opérationnel attendu en 2026 et 28 fois celui de 2027, calcule la banque. Barclays parle également d'une acquisition "chère".

Toutefois, le marché ne prend pas peur. Vers 12h15 ce lundi 6 juillet, l'action Thales s'adjuge 1,7%, signant l'une des plus fortes hausses du CAC 40. Exail pour sa part gagne 2,7%.

Sécuriser 100% du capital

Si Thales paie fort le prix, le jeu semble en valoir la chandelle. Premièrement, en mettant 134 euros par action, soit 5% de plus que Safran, le groupe présidé et dirigé par Patrice Caine maximise ses chances de reprendre 100% du capital d'Exail Technologies.

Et donc de consolider totalement la création de valeur permise par sa cible et sa forte croissance. La direction de Thales a expliqué attendre une progression annuelle des revenus à "deux chiffres" (plus de 10%) d'Exail au-delà de 2028.

Thales aura besoin de réunir au moins 90% du capital d'Exail via son OPA pour sortir la société de la cote.

"Nous pensons que l’offre devrait induire un degré d’acceptation plus élevé (que celle de Safran, NDLR) bien que certains minoritaires pourraient être difficiles à convaincre sur ces niveaux", prévient toutefois Oddo BHF.

Surtout, l'opération possède d'importantes vertus, tant sur le volet financier, avec les synergies, que sur le plan stratégique.

"Nous considérons comme positif le renforcement par Thales de sa position dans le secteur de la défense, notamment grâce" aux systèmes de navigation d'Exail "en particulier pour les navires de surface et sous-marins sans pilote, ainsi qu’à ses solutions de lutte contre les mines", résume Jefferies.

"Cela vient compléter le portefeuille de Thales en matière de solutions navales (sonars, radars, systèmes de combat…) comme en témoignent les solides synergies attendues, estimées à 90 millions d’euros (au niveau du résultat opérationnel ajusté, NDLR)", apprécie la banque.

Un demi-milliard de synergies de revenus

Du point de vue des synergies, moteur de toute opération de fusions-acquisitions, Thales évalue à 60 millions les synergies de coûts à l'horizon 2032, grâce notamment à des économies d'échelle réalisées sur la R&D, les frais administratifs et la standardisation du développement de produits.

Concernant les synergies de revenus, par essence plus difficile à mettre en place, Thales compte dégager 500 millions d'euros de chiffre d'affaires additionnel d'ici à dix ans, via des ventes croisées et des fertilisations de contrats de clients.

Le directeur financier du groupe, Jérémie Papin, a toutefois précisé que ces synergies s'accélèreront surtout après 2032, date à laquelle le dirigeant estime que 20% de ces synergies commerciales pourraient être réalisées. Ce pourquoi Thales retient 30 millions d'euros d'impact positif de ces synergies en 2032 au niveau du résultat opérationnel ajusté.

En intégrant les synergies de coûts, le multiple d'acquisition d'Exail par Thales tombe à 24 fois le résultat opérationnel attendu en 2027, et même à 20 fois en ajoutant les synergies de revenus.

Le niveau élevé de ces synergies illustre la complémentarité entre les deux sociétés. À tel point que Stifel juge que Thales constitue "la maison naturelle pour la franchise de produits de lutte sous-marine d'Exail Technologies".

Comme Exail, Thales produit des centrales inertielles de navigation (INS), des instruments indispensables pour bien orienter un navire ou un avion. Le groupe est toutefois davantage spécialisé dans les centrales inertielles pour l'aéronautique civile là où Exail Technologies les conçoit pour les environnements marins. Autrement dit, les deux groupes sont complémentaires en termes de marché et de géographies et Thales s'étendra "fortement dans le domaine naval", explique sa présentation.

Se renforcer dans la lutte anit-mines sous-marines

Surtout, en rachetant Exail, Thales va se renforcer dans la lutte anti-mines, un marché qui doit croître de plus de 10% entre 2030 et 2035, et a fortiori dans la lutte anti-mines sous-marine par drones. Ce dernier marché doit être multiplié par plus de 8 entre 2025 et 2030 pour atteindre à cette date plus de 700 milliards d'euros, indique Thales dans une présentation.

Sur cette activité, Exail propose des sonars et une variété de drones qui permettent notamment du déminage, tandis que Thales fournit également des sonars ainsi que des senseurs, de l'optronique, et différents systèmes. Les deux groupes proposeront ainsi une offre de produits complête.

"Alors que Thales occupe déjà des positions solides dans les domaines des sonars, des systèmes de combat navals et de la surveillance maritime, Exail apporte des capacités hautement complémentaires dans les domaines des véhicules sous-marins autonomes, des solutions de lutte contre les mines, de la robotique maritime et des technologies de navigation inertielle", souligne Stifel.

"Cette opération renforce ainsi la présence de Thales sur l'ensemble de la chaîne de valeur de la guerre sous-marine, à un moment où les forces navales accordent une importance croissante à la maîtrise du milieu sous-marin et à la protection des infrastructures critiques", apprécie encore la banque.

"Je ne vois pas qui va pouvoir nous concurrencer là-dessus", est allé jusqu'à déclarer le PDG d'Exail, Raphaël Gorgé, lors d'une conférence de presse. Patrice Caine a calmé jeu quelques minutes plus tard en assurant que d'autres acteurs existaient sur ce segment.

Le PDG de Thales a également précisé qu'il ne voyait pas de difficulté pour obtenir les feux verts des autorités de la concurrence, ni pour intégrer Exail dans l'entreprise du CAC 40. L'ETI reste un groupe français, avec donc une culture proche de celle de Thales, basée sur les projets et la technologie, avec des clients communs.

Citi juge, in fine, qu'Exail constitue "une bonne cible stratégique" pour Thales. "À notre avis, l'association de la robotique sous-marine d'Exail et des technologies de guerre sous-marine de Thales est tout à fait pertinente, d'autant plus que la navigation inertielle dans les environnements où le GPS est perturbé revêt une importance croissante, Thales disposera ainsi de deux technologies complémentaires", avance la banque américaine.

Même si le prix n'est guère bon maché, Thales acquiert "un actif à forte croissance présent sur certains des marchés de la défense qui connaissent la plus forte expansion", apprécie de son côté Barclays.

"Thales rachète Exail au prix fort, mais cette opération s'inscrit pleinement dans son cœur de métier, la Défense. Dans un contexte de renforcement de la capacité financière, les investisseurs souhaitaient obtenir des éclaircissements sur l'allocation du capital. Exail renforce la présence de Thales dans le secteur de la défense, apporte une source de croissance et dissipe les incertitudes quant à l'utilisation du cash", développe la banque britannique.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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