(BFM Bourse) - Le groupe pharmaceutique français a annoncé ce jeudi 1er octobre avoir signé une extension de son partenariat avec l'américain Regeneron qui met fin aux poursuites judiciaires engagées entre les deux groupes. Les deux alliés ont codéveloppé Dupixent, le grand vecteur de croissance de Sanofi.
Sanofi reste en opération de reconquête du marché, une mission que le précédent directeur général, Paul Hudson, n'a guère mené à bien.
Sous sa houlette, le groupe avait mis les bouchées doubles sur la R&D fin 2023 afin de développer une série de médicaments innovants (douze au total), susceptibles de générer chacun entre 2 et 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Et de répondre ainsi à la grande inquiétude du marché : trouver les futurs relais de croissance pour succéder à Dupixent, son médicament phare.
Cet anti-inflammatoire aux multiples indications (asthme, dermatite atopique, prurigo nodulaire) génère le gros de la croissance de Sanofi. Au deuxième trimestre 2026, ce médicament a vu ses revenus grimper de 37,6% et a assuré environ 80% de la croissance de la société sur la période.
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Litiges et "patent cliff"
Mais, primo, ce médicament phare est codéveloppé et commercialisé conjointement avec l'américain Regeneron, son partenaire depuis 2007 dans les anticorps monoclonaux (des anticorps fabriqués par des cellules en culture pour traiter des maladies spécifiques). Ce qui signifie que Sanofi ne peut garder tous les profits issus de ce médicament.
Les bénéfices/pertes sont partagés à parts égales pour l’activité commerciale réalisée aux États-Unis, selon le document d'enregistrement universel de Sanofi. En dehors des États-Unis, la quote-part revenant à Sanofi est comprise entre 55% et 65% du bénéfice selon l’atteinte de niveaux de ventes des anticorps, ou s’établit à 55% en cas de perte.
Secundo, les relations entre les deux groupes n'étaient pas forcément au beau fixe depuis que Regeneron a attaqué fin 2024 Sanofi devant les tribunaux, lui reprochant d'avoir violé les termes de leur collaboration sur Dupixent.
Tertio, Dupixent fera face, à compter du début des années 2030, à un "patent cliff", c'est-à-dire une série de pertes de brevets. Ce "patent cliff" retranchera 17,3 milliards d'euros de revenus entre 2030 et 2035, selon les projections de JPMorgan.
Sanofi misait donc sur une douzaine de molécules pour combler ce vide. Mais le pensionnaire du CAC 40 a enregistré une série de déceptions sur les essais cliniques de ces nouveaux médicaments innovants et a arrêté le développement de plusieurs d'entre eux.
Alliance relancée
Ces revers ont coûté son poste au précédent directeur général, Paul Hudson, remercié en février dernier. Pour le remplacer, le conseil d'administration a nommé l'Espagnole Belén Garijo, ex-directrice générale de Merck KGaA, groupe de pharmacie et chimie allemand, et qui a pris ses fonctions fin avril chez Sanofi.
Ce choix avait été mal reçu par le marché, les investisseurs jugeant son bilan en matière de R&D insuffisant.
Toutefois, la dirigeante espagnole a signé un premier haut fait d'armes ce jeudi 1er octobre, en réchauffant les relations avec Regeneron.
Sanofi a annoncé que les deux groupes avaient mis fin à leurs litiges. De plus, les deux entreprises ont convenu d'élargir leur collaboration pour co-commercialiser quatre anticorps inventés par Regeneron.
L'un d'entre eux, l'anticorps anti-IL-13 REGN20423, est actuellement en étude clinique de phase 1 dans la dermatite atopique, une forme d'eczéma prononcé, et les trois autres anticorps devraient entrer en études cliniques en 2027.
Regeneron recevra un paiement initial d'un milliard de dollars de la part de Sanofi, avec un potentiel de paiements d'étapes liés au développement, aux autorisations réglementaires et à la commercialisation, pouvant atteindre 7 milliards de dollars additionnels, indiquent les deux sociétés.
Les deux sociétés partageront les coûts de développement et de commercialisation des nouveaux programmes et se répartiront à parts égales (50/50) les bénéfices futurs issus de ces produits potentiels à l'échelle mondiale.
"Regeneron pilotera les activités de recherche et développement, tandis que Sanofi dirigera les efforts commerciaux à l'échelle mondiale. L'accord de partage des bénéfices existant concernant le Dupixent ne changera pas", expliquent encore les deux groupes.
Point crucial: l'accord de partage des bénéfices sur Dupixent est maintenu et inchangé.
Après avoir bondi de plus de 3% à l'ouverture, l'action Sanofi modère ses gains à la Bourse de Paris et prend 1%, en fin de séance ce jeudi 1er octobre à la suite de cette annonce, surperformant toutefois un CAC 40 dans le dur (-1,5% au même moment).
Du positif mais...
Les analystes, eux, saluent l'annonce. "Nous voyons cet accord comme un évènement positif", clame Royal Bank of Canada.
"Les nouveaux actifs inclus dans le partenariat pourraient succéder au Dupixent tout au long de son cycle de vie et devraient contribuer à apaiser certaines inquiétudes concernant l'expiration de la protection des brevets à compter de 2031 (même si nous pensons que celle-ci pourrait être prolongée)", explique la banque canadienne.
"Le renforcement de l'alliance avec Regeneron constitue une première étape vers la réalisation des objectifs à long terme de Sanofi et doit être considéré comme le signe d'une avancée manifeste sous la direction de la nouvelle directrice générale", loue Jefferies.
La banque considère que cette annonce montre que Belén Garijo adopte une approche proactive pour répondre aux craintes des investisseurs. Même si la clef pour le groupe en Bourse sera de réaliser des acquisitions pertinentes pour pallier sa dépendance à Dupixent, juge la banque, qui estime que la société dispose de 20 à 30 milliards d'euros de puissance de feu dans ce domaine.
Barclays parle d'une "victoire importante" pour Belén Garijo, rappelant que Paul Hudson avait précédemment essayer de renouveler (sans succès) ce partenariat.
La banque britannique apprécie que le groupe a résolu ses litiges avec Regeneron et a pu nouer cet accord "sans remettre en cause les conditions existantes relatives à Dupixent (c'est-à-dire que Sanofi conserve la moitié des bénéfices) et sans que Sanofi ait à céder d'autres actifs en phase précoce, comme Stat6 (un inhibiteur pour traiter des inflammations, NDLR)".
La banque britannique nuance toutefois le tableau. "Cela dit, nous constatons que ces actifs nouvellement accessibles à Sanofi en sont encore à un stade très précoce de développement et que leur lancement n’est probablement pas prévu avant plusieurs années, il semble donc peu probable qu’ils aient atteint une importance significative d’ici à ce que Dupixent arrive en fin de protection, soit à partir de 2031", prévient la banque britannique.
Citi est sur la même longueur d'onde. La banque américaine se satisfait que cet accord pérennise la collaboration entre les deux groupes et écarte la menace que constituaient leurs différends devant les tribunaux. Mais les molécules de Regeneron rentrant dans la nouvelle collaboration se situent à un stade trop précoce de développement clinique pour changer la donne.
"Dans l'ensemble, cette annonce renforce notre opinion selon laquelle Regeneron et Sanofi considèrent de plus en plus les traitements contre les inflammations de type 2 (asthme, eczéma, etc…) à action prolongée comme la franchise qui succédera naturellement à Dupixent, même s'il faudra encore attendre plusieurs années avant qu'ils n'apportent une contribution clinique et commerciale significative", tranche encore Citi.
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