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Pétrole wti : La stratégie de Joe Biden sur le pétrole est-elle vouée à l'échec?

mardi 23 novembre 2021 à 16h00
Les USA et d'autres pays puisent dans leurs réserves stratégiques

(BFM Bourse) - Pour tenter d'endiguer la hausse des cours pétroliers, l'administration Biden, avec l'appui de la Chine, de l'Inde, du Japon, de la Corée du Sud ou encore du Royaume-Uni, a décidé de mettre sur le marché 50 millions de barils issus des réserves stratégiques. Une initiative aussi inédite que désespérée.

La fausse bonne idée de l'année? Brandie depuis des semaines par une administration Biden mécontente de la politique d'offre des pays producteurs de pétrole réunis au sein de l'alliance élargi Opep+, la menace d'une libération des réserves stratégiques a finalement été mise à exécution. Cette offensive, inédite et soutenue par d'autres grands consommateurs comme la Chine, l'Inde ou la Corée du Sud, intervient dans un contexte où les prix à la pompe évoluent à un sommet depuis juin 2014 aux Etats-Unis, à 3,70$ le gallon (3,785 litres).

"Aujourd'hui, j'annonce une action visant à réduire le coût du gaz et du pétrole pour les familles américaines" a ainsi tweeté le président Joe Biden, quelques minutes après un communiqué de la Maison Blanche. "Le ministère de l'énergie va libérer 50 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques afin de faire baisser les prix pour les Américains et de remédier à l'inadéquation entre la demande au sortir de la pandémie et l'offre" y est-il expliqué.

Deux jours avant Thanksgiving

Dans le détail, 18 millions de barils seront vendus dans les prochains jours, comme précédemment autorisé par le Congrès, et les 32 millions supplémentaires feront l'objet d'un "échange au cours des prochains mois, libérant du pétrole qui retournera finalement dans la réserve stratégique de pétrole dans les années à venir" indique la Maison Blanche, selon qui "l'échange est un outil adapté à l'environnement économique spécifique d'aujourd'hui, où les marchés s'attendent à ce que les prix futurs du pétrole soient plus bas qu'aujourd'hui". Ce dispositif doit également permettre "de soulager les Américains immédiatement et de faire le pont avec cette période de baisse attendue des prix du pétrole". Il offre par ailleurs un moyen de contourner la loi américaine sur la politique énergétique et la conservation de l'énergie ("the US Energy Policy and Conservation Act") qui n'autorise qu'une libération maximale de 30 millions de barils en cas d'"urgence".

Tout sauf un hasard du calendrier: cette mise sur le marché de 50 millions de barils est annoncée deux jours avant la fête de Thanksgiving, pendant laquelle des millions d'États-uniens prennent la route pour rejoindre leurs familles.

Pour Louise Dickson, analyste au sein du cabinet de conseil en énergie Rystad, cette action "historique et peu orthodoxe" constitue "clairement un message" à destination de l'Opep, pour signifier au cartel de producteurs qu'il "n'est pas le seul acteur sur le marché du pétrole". "Cet effort coordonné forme une alliance informelle du côté des pays consommateurs" juge-t-elle, estimant néanmoins que cette décision "ne fait que repousser le problème de l'approvisionnement dans le temps, et risque de mettre à rude épreuve des stocks de pétrole déjà faibles".

De fait, si les réserves stratégiques des Etats-Unis, réparties sur quatre sites souterrains au Texas et en Louisiane, contiennent 714 millions de barils selon un pointage réalisé fin août par le ministère de l'Energie, les stocks commerciaux, eux, subissent la vive reprise de la demande mondiale. "Les stocks US (de pétrole brut, NDLR) ont beaucoup baissé ces dernières semaines et sont actuellement près de 50% en dessous du niveau où ils étaient avant la pandémie" soulignait ainsi Benjamin Louvet, gérant matières premières chez Ofi Asset Management, début novembre.

"Solution de dernier ressort"

Puiser dans les réserves stratégiques est en outre une rareté. Les présidents américains ont de fait seulement recouru trois fois aux réserves stratégiques par le passé: au moment de l'opération militaire menée par les Etats-Unis suivant l'invasion du Koweït par l'Irak en 1991 (17 millions de barils), pendant l'ouragan Katrina en 2005 (11 millions) et lors du soulèvement en Libye en 2011 (30 millions). Et historiquement, "cette solution ne fonctionne pas bien car cela apparaît aux investisseurs comme une solution de dernier ressort, donc les prix baissent momentanément avant de remonter" relève Benjamin Louvet.

Constat qui s'est vérifié ce mardi avec un brusque mais bref repli des cours des principales références mondiales de brut juste après à l'annonce, avant un vif rebond. Vers 16h30, le baril de Brent reprend ainsi 1,9% à 81,2 dollars quand celui de West Texas Intermediate s'apprécie de 1,4% à 77,8 dollars, quand les deux cédaient environ 1% avant le communiqué de la Maison Blanche. Car la manœuvre, sur la table depuis plusieurs semaines, était clairement anticipée par les investisseurs, qui l'avaient intégré aux cours, les deux références ayant cédé près de 10% depuis leur sommet respectif du 25 octobre dernier.

Reste à savoir comment l'Opep et ses alliés (parmi lesquels la Russie) réagiront à cette annonce, eux qui sont accusés par les Etats-Unis de restreindre encore plus que nécessaire leur offre d'or noir dans le cadre de l'accord signé le 18 juillet dernier prévoyant une remise sur le marché de 400.000 barils par jour, chaque mois, entre août 2021 et septembre 2022. Le recours des Etats-Unis et d'autres pays aux réserves stratégiques pourrait encourager l'alliance élargie à limiter encore davantage la hausse graduelle de la production, voire à opter pour de nouvelles coupes, afin de maintenir le niveau global de l'offre inchangé.

De nombreux experts considèrent donc cette manœuvre plus symbolique qu'efficace, l'Opep+ gardant la main sur le marché. Ces 50 millions de barils correspondent de fait peu ou prou à une demi-journée de consommation mondiale de pétrole, ou à "trois jours de demande des raffineries des Etats-Unis où la consommation de brut s'élevant à 19,5 millions de barils par jour" souligne Andy Lipow du cabinet Lipow Oil Associates. "L'impact sur les prix ne devrait donc pas persister", avancent également les analystes de TD Commodities.

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
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