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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Pourquoi les pétroliers préfèrent attendre un redressement des cours plutôt que de fermer les vannes

vendredi 1 mai 2020 à 07h45

(BFM Bourse) - Cesser de pomper alors que les prix du pétrole restent passablement déprimés est plus facile à dire qu'à faire. La production mondiale n'a que légèrement diminué, les producteurs préférant supporter quelques temps des cours préjudiciables à leurs marges en espérant un rebond avec la reprise de l'activité économique, en raison des obstacles techniques et financiers à l'arrêt des puits.

En dépit de la chute récente des cours de l'or noir face à l'effondrement de la demande, l'industrie pétrolière continue inexorablement à pomper, prise au piège par des obstacles financiers et techniques - le tout dans un contexte de vives luttes commerciales.

Il faut savoir qu'arrêter la production n'éteint pas pour autant les coûts, "car certains travaux d'entretien courants demeurent indispensables" pendant la période de fermeture, explique à l’AFP Chris Midgley, de S&P Global Platts. "Il vaut mieux essayer de ralentir l’activité", explique le patron d’une société pétrolière nigériane sous couvert de l'anonymat. "L’arrêt doit se faire en dernier recours car il est également très coûteux de redémarrer la production".

Le pétrole issu des sables bitumineux du Canada, qui nécessite une étape de chauffage, peut même être perdu lorsque le site s’arrête et refroidit, indique Raphaela Hein, analyste de JBC Energy. Les champs russes situés dans des zones où le forage n'est possible que pendant l'hiver connaissent des contraintes similaires, d’après l’analyste indépendant Peter Zeihan. "En cas de fermeture, les puits gèlent et leur réouverture nécessite un nouveau forage", explique-t-il dans une note.

Bjarne Schieldrop, analyste à la Skandinaviska Enskilda Banken (SEB), ajoute qu'il est fréquent que plusieurs exploitants opèrent sur un même site d’extraction. Ce qui veut souvent dire que l'accord de tous est nécessaire à l'arrêter. Il suffit qu'un d'entre eux rechigne à une coupure pour que la production se poursuive.

"Personne ne veut fermer"

C'est un cercle vicieux: les cuves de stockage se remplissent au point de déborder, et aggravent la crise de l’ensemble de la filière... mais aucun producteur ne veut être le premier à fermer le robinet, chacun tentant de sauver des parts de marchés.

Aux Etats-Unis, premier producteur mondial, "personne ne veut fermer" affirme Bart Melek, analyste de TD Securities, "même s'il est presque certain que tout le monde perd de l'argent" aux prix actuels, très bas.

"Cela coûte cher aux compagnies pétrolières. Elles réduisent les dividendes et les dépenses d'investissement se sont effondrées", ajoute Bart Melek. Mais ces coupes ne concernent que les projets de production, et le forage des champs en exploitation continue.

"Certains facteurs réglementaires peuvent aussi jouer un rôle aux États-Unis, où les opérateurs risquent de perdre leur bail lorsqu'ils cessent de produire", renchérit Raphaela Hein. Certains Etats, comme l'Oklahoma, choisissent d'abroger temporairement cette réglementation.

Dans l’Etat voisin du Texas, le débat fait rage au sein de l’organe de régulation du pétrole sur de possibles quotas de production qui, d’un côté soutiendraient les petits producteurs étouffés financièrement, mais de l’autre entraveraient la libre concurrence - tout en se heurtant à des obstacles légaux.

Faire le dos rond en attendant le redressement de la demande

L'Agence d'information sur l'énergie, qui publie les chiffres de la production américaine chaque semaine, témoigne toutefois d’une amorce de baisse depuis un pic historique mi-mars. Le manque de clients et l'impossibilité de stocker le brut "pèseront davantage sur la production que des contraintes purement financières", estime Chris Midgley, de S&P Global Platts.

D’ici là, les producteurs se rassurent tant bien que mal avec la perspective d’une reprise de l’activité économique, sensible en Asie, mais encore fantasmée en Europe et en Amérique du Nord, deux continents mis sous cloche par des mesures drastiques de confinement.

Les politiques volontaires et exceptionnelles des principales banques centrales, qui injectent des milliers de milliards de dollars, pourraient toutefois de doper un retour de la demande à un niveau plus soutenu.

Les prix des contrats à terme des barils de Brent et de WTI - les principales références du brut dans le monde - plus élevés à mesure que leurs échéances s'éloignent dans le temps, incitent donc l’industrie à faire le dos rond.

(Avec AFP)

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