(BFM Bourse) - Galvanisé par les tensions géopolitiques en Ukraine, menaçant une offre qui peine déjà à atteindre ses niveaux d'avant-crise, le cours du baril de Brent s'établit à 90 dollars pour la première fois depuis octobre 2014.
Inquiets du déséquilibre structurel sur le marché pétrolier depuis des longs mois, les investisseurs voient d'un mauvais œil l'évolution de la situation en Ukraine. Si Vladimir Poutine a tenté de calmer le jeu mardi, écartant l'hypothèse d'un conflit armé, Washington de son côté n'exclut pas une attaque russe dans les trois prochaines semaines. La Maison Blanche a d'ailleurs exhorté les ressortissants américains qui vivent en Ukraine à quitter le pays dès que possible. Face aux craintes que font peser cette escalade des tensions entre Moscou et Kiev, les cours pétroliers repartent nettement à la hausse ce mercredi, les opérateurs craignant que la crise en cours menace l'offre pétrolière - la Russie étant l'un des premiers producteurs mondiaux.
Peu avant 17h, le baril de Brent a ainsi pris plus de 2% pour atteindre brièvement le seuil des 90 dollars, au-dessus duquel il n'a pas évolué depuis octobre 2014. Le baril de WTI grimpe de 2,4% de son côté à 87,4 dollars, un niveau également inédit depuis plus de sept ans.
L'escalade de la situation en Ukraine "avec la poursuite de l'impasse entre la Russie et les membres de l'Otan" est largement à l'origine de la poussée des cours mercredi, observe Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown. Alors que la Russie multiplie les manœuvres militaires à la frontière de l'Ukraine, laissant planer la menace d'une invasion, des représentants russes, ukrainiens, allemands et français se réunissent ce mercredi en "format Normandie" à Paris, une première depuis plus de six mois.
"Après un bref repli la semaine dernière, les prix du brut se rapprochent de nouveau du seuil des 90 dollars et, à ce stade, il semble que nous ne devrons plus attendre très longtemps" anticipait, à raison, l'analyste Craig Erlam d'Oanda dans son point de marché de ce mercredi à la mi-journée. "La dynamique de l'offre et de la demande reste favorable et l'éventualité d'un conflit en Ukraine ne peut que soutenir les prix car des primes de risque supplémentaires sont désormais "pricées"" poursuit-il. Avant de conclure: "Il est encore peu probable que le pétrole et le gaz soient utilisés comme arme dans un avenir proche, mais si c'était le cas, cela pourrait entraîner une forte hausse des prix, compte tenu de la tension qui règne sur les marchés" prévient l'expert.
Contre-intuitivement, la hausse du jour s'est accentuée après la publication d'une forte hausse des stocks de brut aux Etats-Unis sur la semaine écoulée. Selon les chiffres publiés mercredi par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), 2,4 millions de barils sont venus gonfler ces stocks lors de la semaine dernière, quand le marché misait sur une augmentation bien plus modérée, de l'ordre d'un million de barils. Cette hausse plus prononcée que prévu, la deuxième consécutive après sept semaines de baisse, constitue un mauvais signal pour la demande américaine d'or noir.