(Zonebourse.com) - Pernod Ricard signe la meilleure performance de l'indice CAC 40 vendredi matin après avoir confirmé hier soir être en discussions avec l'américain Brown-Forman, le propriétaire du whisky Jack Daniel's, en vue d'une éventuelle fusion "entre égaux", un projet qui suscite néanmoins des réactions contrastées chez les analystes.
"Ce partenariat donnerait naissance à un leader mondial des spiritueux d'envergure accrue, doté d'un puissant portefeuille de marques et bénéficiant d'une exposition géographique équilibrée, autour de deux familles emblématiques", fait valoir le géant français dans un communiqué.
Le groupe, qui souligne qu'il n'existe à ce stade aucune garantie qu'un accord soit conclu, précise qu'il n'entend pas faire d'autre communication sur ce sujet tant qu'un accord définitif n'aura pas été conclu ou qu'il n'aura pas été mis un terme aux discussions en cours.
Ce bref communiqué fait suite à la publication hier en fin d'après-midi par l'agence Bloomberg d'informations évoquant des pourparlers entre les deux groupes, qui avaient eu pour effet de faire brutalement décrocher le titre Pernod Ricard de 5,7% à la clôture du marché parisien.
Celui-ci se reprenait de plus de 3% ce matin, donnant une capitalisation boursière de près de 15,6 milliards d'euros.
A l'inverse, l'action Brown-Forman avait fini la séance de jeudi sur des gains de 9,5% à Wall Street, le groupe basé à Louisville (Kentucky) ayant lui aussi confirmé l'existence de négociations en utilisant exactement les même termes que son homologue parisien. Sa valorisation ressort actuellement autour de 11,8 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d'euros).
Ces mouvements en montagnes russes illustrent parfaitement les divergences de vues des analystes concernant la pertinence stratégique de l'opération, certains professionnels jugeant le projet de rapprochement parfaitement fondé alors que d'autres déplorent une transaction irrationnelle sur le plan financier.
Des analystes partagés
"Après trois années d'un cycle marqué par une révision à la baisse des prévisions de bénéfices du marché, et dans un contexte de préoccupations structurelles accrues sur les marchés développés et de pression sur les prix dans l'industrie, la perspective d'une consolidation d'envergure dans le secteur des spiritueux apparaît désormais non seulement inévitable, mais surtout logique et porteuse d'opportunités stratégiques majeures", jugent ce matin les analystes d'UBS.
Les équipes de Jefferies partagent leur avis, voyant la promesse d'un résultat "particulièrement convaincant" dans l'idée d'un mariage entre les deux groupes.
"Dans un contexte de ralentissement cyclique du secteur, une fusion offrirait des leviers d'économies significatifs, permettant de réinvestir pour relancer la croissance et atteindre une taille critique accrue", explique le broker américain.
"Nous identifions des bénéfices stratégiques et commerciaux substantiels à une telle alliance, et estimons que les deux groupes présentent une forte compatibilité culturelle, d'autant plus si la structure de l'opération permet de préserver un contrôle familial", ajoute-t-il.
Jefferies indique notamment voir une compatibilité culturelle entre la famille Ricard d'un côté et les Brown de l'autre, Alexandre Ricard ayant fait ses études aux Etats-Unis en décrochant un MBA à Wharton, ce qui lui confère d'après le courtier une vision internationale. Ce dernier note par ailleurs que les deux familles ont une approche sur le très long terme, une disposition qui lui semble essentielle dans l'industrie des spiritueux.
L'opération permettrait par ailleurs de renforcer le portefeuille de marques de Pernod Ricard sur un positionnement premium, particulièrement dans le bourbon, une catégorie clef aux Etats-Unis, qui reste son marché le plus important.
"L'association de Jack et de Jameson constituerait une combinaison très puissante représentant plus de 10 milliards de dollars de ventes, ce qui pourrait à son tour créer un effet de rayonnement positif pour l'ensemble du portefeuille", assure Jefferies.
Le fantôme Absolut
D'autres experts se montrent beaucoup plus sceptiques, considérant que ce projet de M&A ne survient pas à un moment opportun.
"La confirmation de ces discussions alimente l'idée, selon nous (mais aussi chez la plupart des investisseurs) que Pernod Ricard cherche à prendre le chemin inverse de celui de Diageo pour faire face au cycle adverse que traverse le secteur", prévient-on chez Oddo BHF.
"Quel que soit le rationnel stratégique que représente Brown-Forman, nous estimons que ce ne serait pas le bon moment : ni en termes de bilan, ni en termes opérationnels", poursuit la société de Bourse.
Après une série de grosses acquisitions, Pernod Ricard semblait s'attacher depuis quelque temps à la réduction de sa dette, tout en restant à l'affût de petites acquisitions ciblées.
A la fin de l'exercice 2024/2025 écoulé, la dette nette du groupe atteignait près de 11,2 milliards d'euros, donnant un ratio dette nette sur Ebitda (qui mesure l'endettement d'une entreprise par rapport à sa capacité de remboursement) de 3,8x.
Dans cet état d'esprit, les analystes d'Oddo BHF convoquent le fantôme de l'acquisition conclue pour quelque 5,6 milliards d'euros en 2008 du suédois Vin & Sprit, propriétaire de la vodka Absolut, un rachat qui avait considérablement alourdi l'endettement de Pernod et qui s'était révélé particulièrement difficile à digérer.
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