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Or : Pourquoi, alors qu'il souffre depuis le début du conflit en Iran, l'or n'a pas dit son dernier mot en tant que valeur refuge

Aujourd'hui à 07:00
L'or n'a pas dit son dernier mot

(BFM Bourse) - L'or a chuté de plus de 10% depuis le début du conflit avec l'Iran, une évolution qui peut sembler contre-intuitive pour un actif qui traditionnellement, joue le rôle de valeur refuge.

Après des années et des mois de hausses fulgurantes (+64,6% en 2025), l'or reste plus que jamais tributaire des informations relatives au conflit en Iran.

Oui, même l'or, la valeur refuge par excellence, ne peut pas gagner à tous les coups. Le métal précieux a vu son cours chuter de plus de 10%, depuis l'éclatement de la guerre en Iran fin février.

En mars, le métal jaune avait même plongé de 10,5% sur une semaine, accusant son plus fort repli hebdomadaire depuis les années 1980 selon Deutsche Bank, et plus précisément depuis 1983 selon CNN.

Ce violent décrochage du métal précieux peut sembler paradoxal. Le conflit au Moyen-Orient a créé un climat d'aversion au risque et de risques géopolitiques qui, d'ordinaire, devrait plutôt soutenir l'or, perçu comme une valeur refuge par excellence.

Pourquoi l'or a-t-il subi une correction pendant le conflit ?

L'attrait de l'or en tant que valeur refuge tend traditionnellement à s'exprimer pleinement en période de crise financière ou de choc de croissance, lorsque les rendements réels baissent et que le dollar s'affaiblit.

"Il protège avant tout contre les risques monétaires tels que la dévaluation des devises, l'augmentation des déficits et les ralentissements économiques, qui peuvent découler de conflits géopolitiques", rappelait la banque UBS en mars dernier.

Or, un choc énergétique lié à l'offre produit l'effet inverse, rappellent les stratégistes d'ING. En l’occurrence, la hausse des prix de l'énergie qui a entraîné des pressions inflationnistes. Ces craintes sur une hausse des prix incitent les banques centrales à maintenir leurs taux inchangés.

Les anticipations de taux constituent en effet l'autre impact négatif majeur pour l'or. Le métal précieux ne produit pas de revenus (contrairement aux obligations avec coupons ou des actions avec des dividendes). Son cours est en conséquence pénalisé par des hausses des taux d'intérêt, car il devient alors de plus en plus intéressant d'investir dans de l'or plutôt que de le placer.

Les économistes d'ING indiquent avoir observé la même dynamique en 2022 sur l'or après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. "Après un rebond initial, l'or a subi des pressions, l'impact inflationniste de la hausse des prix de l'énergie ayant entraîné une hausse des rendements et du dollar. La même dynamique s'est produite ici, mais de manière plus rapide", décrivent-ils.

La hausse du dollar rend l'or, dont les cours sont libellés en dollars, moins attrayant pour les investisseurs qui n'ont pas le billet vert comme devise de référence, toutes choses égales par ailleurs.

Une source de financement appréciable

Sa grande liquidité en fait également une source de financement lorsque les investisseurs doivent couvrir des pertes ailleurs. L'or a aussi souffert de dégagements car les opérateurs de marché ont besoin de dégager du cash pour couvrir des pertes sur certaines positions. Notamment des appels de marge, c'est-à-dire des apports de fonds demandés aux investisseurs pour pouvoir continuer à répondre aux exigences en termes de risques sur une position. En conséquence, les investisseurs vendent de l'or.

Les banques centrales peuvent adopter le même comportement, rappelle WisdomTree, citant l'exemple de la Turquie. Afin de soutenir la livre turque, la banque centrale a vendu (et dans certains cas échangé) de l’or pour obtenir des liquidités en dollars américains, explique la société d'investissement.

"L’ampleur et la rapidité ont été remarquables : environ 58 à 60 tonnes ont été mobilisées en l’espace de deux semaines. Il est important de noter qu’une partie de cette activité a pris la forme de swaps sur l’or plutôt que de ventes fermes, constituant une intervention de change (FX) adossée à des garanties, l’or restant inscrit au bilan", décrit WisdomTree.

Pour la société d'investissement, ce type d'actions renforce le rôle de l’or en tant qu’actif de réserve liquide et de confiance. Les investisseurs comme les banques centrales se tournent vers l’or en période de tension, non pas par rejet de l’actif, mais comme validation de son utilité, fait-elle valoir.

Les banques centrales à la manœuvre

Si les banques centrales se délestent ponctuellement de leurs avoirs en or, elles constituent un "pilier structurel" de la demande mondiale pour le métal jaune, rappelle ING.

L'établissement financier cite l'exemple de la banque centrale chinoise, qui a repris ses achats en avril, avec l'acquisition de 8,1 tonnes – son plus gros volume depuis décembre 2024 –, prolongeant ainsi sa série d’achats à 15 mois consécutifs et portant le total de ses réserves à environ 2.305 tonnes.

ING évoque aussi les dernières initiatives de la Banque centrale polonaise qui a augmenté ses réserves d'or de 31 tonnes au cours du trimestre pour atteindre 582 tonnes. Malgré les récentes déclarations du gouverneur Adam Glapiński concernant la possibilité de vendre une partie de son or, la banque centrale semble rester déterminée à atteindre son objectif de 700 tonnes.

"Cela indique une tendance plus lente mais toujours positive de la demande du secteur officiel, la diversification des réserves continuant de soutenir l'or à moyen terme", souligne ING.

Direction les 5.000 voire 5.500 dollars l'once?

Dans ce contexte, faut-il tirer un trait sur le rôle que procure l'or en tant que valeur refuge? Les observateurs de marché n'occultent absolument pas les pressions inflationnistes à l’œuvre, entraînant donc des inquiétudes quant à d'éventuelles hausses des taux d'intérêt et des tensions sur le marché obligataire.

ING table sur une hausse des cours à 5.000 dollars l'once d'ici la fin de l'année. "Le principal risque baissier réside dans un échec des pourparlers de paix qui maintiendrait les prix de l'énergie à un niveau élevé et la Fed sur une position d'attente jusqu'à la fin de l'année", pointe la banque.

Les experts de WisdomTree n'excluent pas de voir l'or progresser vers les 5.500 dollars l'once au cours de l’année à venir.

Ce qui traduit un potentiel de hausse de 10% voire 20% aux cours actuels qui sont aux alentours des 4.550 dollars l'once.

"Comme il s’agit d’une année d’élections de mi‑mandat aux États‑Unis, certains observateurs estiment qu’il pourrait exister un intérêt pour le président Trump à rechercher une issue permettant de revendiquer un succès. Toutefois, un tel scénario pourrait laisser des tensions structurelles non résolues, notamment autour du détroit d’Ormuz, entraînant un niveau durablement élevé de risque géopolitique", avancent-ils.

"Cela implique, selon nous, que le risque géopolitique devrait rester un facteur de soutien pour l’or au cours de l’année à venir", abonde aussi WisdomTree.

Saxo Bank cite la réduction de la dépendance du dollar américain, comme facteur de soutien au métal précieux, notamment pour les banques centrales qui "restent l'ancre structurelle" de ce marché.

"Les gestionnaires de réserves sont de plus en plus méfiants face à une surexposition aux actifs libellés en dollars, en particulier à une époque de déficits fiscaux américains croissants, de charges croissantes de la dette et de préoccupations concernant le pouvoir d'achat à long terme des monnaies fiduciaires", avance Ole S. Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank.

Le stratégiste estime aussi que l'or a toute sa place dans une stratégie de diversification de portefeuille, car cet actif "offre une faible corrélation avec les actifs de réserve traditionnels tels que les obligations, tout en conservant sa liquidité et une valeur de réserve à long terme". L'or s'avère aussi une bonne protection contre les sanctions étrangères ou des restrictions financières.

"Le rôle de valeur refuge de l'or n'est pas remis en cause. Cependant, ces derniers mois ont montré que l'évolution des prix à court terme peut encore être dominée par des forces macroéconomiques – en particulier les rendements réels, le dollar et les anticipations concernant la politique de la Fed. Une fois que ces vents contraires commenceront à s'atténuer, le soutien sous-jacent de l'or devrait se réaffirmer", avance de son côté ING.

Sabrina Sadgui - ©2026 BFM Bourse
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