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Natixis : "les banques sont le maillon faible"

(Tradingsat.com) - Coincé entre 2900 et 3300 points depuis un mois, le CAC oscille au gré des nouvelles sur le front de la crise des dettes souveraines et des indicateurs sur la croissance économique. Bruno Le Chevallier, gérant du fonds CCR Opportunity chez CCR AM, filiale de gestion d'UBS, nous livre sa réflexion sur les menaces qui pèsent sur les marchés.

Tradingsat.com : L'hypothèse d'un retour en récession doit elle être prise en considération ?

Bruno Le Chevallier : Plus la crise dure et plus le risque s'accroît. La chute des marchés actions engendre une détérioration de la confiance qui risque de se propager ensuite à la sphère économique. La direction économique d'UBS a récemment divisé par deux, à 1,3%, sa prévision de croissance pour les Etats-Unis en 2011. Le scénario qui se dessine est celui d'une croissance qui va rester relativement faible, voire très faible, pendant une période plus longue que prévu, mais pas d'une récession. Les profits des entreprises risquent néanmoins d'être sous pression dans un pays comme les Etats-Unis où une croissance nominale de 2% correspond en fait à une croissance nulle si l'on retranche l'inflation.

Tradingsat.com : Vous ne croyez donc pas au fameux double dip.

Bruno Le Chevallier : Le double creux est un scénario extrême. On l'évitera si les problèmes de dettes souveraines se résolvent assez vite en Europe, par le biais de la BCE, du fonds européen de stabilité financière… La Cour constitutionnelle allemande a validé les premiers plans d'aide à la Grèce. La prochaine échéance majeure concerne maintenant la décision du FMI, qui doit dire avant la fin du mois s'il débloque ou non la prochaine tranche de soutien. Ensuite, l'Italie - avec ses 2000 milliards de dette - doit absolument se tenir à une feuille de route crédible de maîtrise de son budget. La France aussi doit donner des gages de bonne gestion, en raison de la fragilité de son triple A. Le feu vert du FMI permettra aux marchés financiers de se détourner enfin de la question grecque, pour un certain temps du moins.

Tradingsat.com : Que se passera-t-il si le FMI suspend sa participation ?

Bruno Le Chevallier : C'est impensable. Dans ce cas, la Grèce saute, et l'euro avec. Il y a des gens qui considèrent que la monnaie unique est un Frankenstein financier qui n'est pas viable. Mais faire sauter l'euro serait véritablement jouer les Frankenstein ! Le coût d'une explosion de l'euro ou de la création d'un euro à deux vitesses, entre les pays solides autour de l'Allemagne et les pays faibles (les fameux PIGS), serait astronomique, bien supérieur à celui du sauvetage de l'Italie, de l'Espagne, de l'Irlande, du Portugal… On serait alors dans un scénario catastrophe. Cela coûterait évidemment très cher aux pays les plus fragiles – 50% de leur PIB selon UBS - mais aussi à l'Allemagne dont les banques devront lourdement déprécier leurs créances.

Tradingsat.com : Au-delà de l'aide financière, où se trouvent les solutions au problème ?

Bruno Le Chevallier : Les Etats européens doivent avancer et faire preuve d'imagination. Compte tenu de l'intensité de cette crise, les autorités politiques allemandes prennent conscience qu'il est nécessaire qu'elles soient davantage proactives dans l'élaboration de solutions et la construction d'une Europe économique et financière plus fédérale. Les accords de sauvetage du 21 juillet sont loin : les marchés ont perdu 25%, les banques sont au bord du précipice, les chiffres macroéconomiques inquiétants… L'Europe a besoin d'actes politiques forts qui montrent que l'intégration fiscale, budgétaire, avance, pour casser la spéculation contre l'euro.

Tradingsat.com : Que conseillez-vous sur les valeurs bancaires, très corrélées à la crise des dettes souveraines ?

Bruno Le Chevallier : Je n'en ai pas en portefeuille, ni banques, ni assurance. En tout état de cause, elles ne rebondiront que sur des décisions politiques radicales. Attendons ces décisions. Mais pour l'instant elles constituent le maillon faible. Elles amplifient les baisses du marché et ne participent pas toujours correctement dans les phases de rebond. Reste que les valorisations sont spectaculairement basses. Les chutes ont été vertigineuses cet été. En Allemagne, Commerzbank par exemple vaut moins de 9 milliards d'euros en Bourse alors qu'elle s'était recapitalisée pour 11 milliards d'euros en juin…

Tradingsat.com : Plus généralement, quelle est votre exposition aux actions aujourd'hui ?

J'ai réduit mon exposition aux actions au fur et à mesure de la crise au vu de l'accumulation des problèmes. J'ai la chance de gérer un fonds flexible ; de 85%, je suis passé à une exposition de 65%, qui me permet d'être en position d'attente, avec beaucoup de cash. Les rebonds s'essoufflent rapidement, les plus vendeurs sont importants, partiellement absorbés par les sociétés qui peuvent se le permettre : Peugeot a racheté 2% de son capital, Wendel 2% de celui de Saint-Gobain, et Bouygues a lancé une offre sur 11% de ses propres actions. Il n'est plus temps de vendre en revanche, trop de mauvaises nouvelles sont dans les cours. Le sentiment de marché est passé de l'optimiste béat au début de l'été à la sinistrose aujourd'hui, certes avec quelques raisons, mais c'est généralement lorsque les autorités politiques et monétaires sont acculées qu'elles prennent des décisions fortes.

Tradingsat.com : Total, Delachaux, Wendel, Pernod Ricard ou encore Vinci figuraient parmi les premières positions du fonds au milieu de l'été. Et aujourd'hui ?

Les positions n'ont pas beaucoup évolué. Delachaux fait l'objet d'une opération et affiche ainsi toujours une hausse de 33% depuis le début de l'année. Total a reculé, mais je ne m'inquiète pas outre mesure à 6 fois les résultats estimés et un rendement du dividende de 7%. Vinci, grâce à ses activités dans les concessions, ou Pernod Ricard jouent un rôle plutôt défensif dans le portefeuille.

Propos recueillis par François Berthon


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