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Natixis : La croissance chinoise, casse-tête pour les banques centrales

La croissance chinoise, casse-tête pour les banques centralesLa croissance chinoise, casse-tête pour les banques centrales

PEKIN/FRANCFORT (Reuters) - Les chiffres du produit intérieur brut (PIB) chinois publiés mardi devraient montrer que la croissance a encore ralenti au quatrième trimestre, à son plus bas niveau depuis la crise financière, ce qui risque d'alimenter les tensions sur les marchés financiers après la purge des deux dernières semaines.

Les inquiétudes sur la santé de la deuxième économie mondiale ont fait plonger les Bourses chinoises et le yuan depuis le début de l'année, bien que les statistiques ne montrent pas de chute brutale de l'activité.

Au quatrième trimestre, la croissance du PIB devrait avoir ralenti à 6,8% par rapport à la même période de 2014, contre 6,9% au troisième trimestre, selon l'estimation moyenne de 50 économistes interrogés par Reuters.

Il s'agirait du rythme d'expansion le plus lent depuis le premier trimestre 2009, quand la croissance chinoise avait brutalement ralenti à 6,2%.

Les estimations des économistes s'échelonnent de 5,3% pour la plus faible à 7,1% pour la plus élevée, mais bon nombre d'investisseurs craignent que le rythme d'activité soit plus faible que ce que les chiffres officiels donnent à voir.

"La faiblesse de la demande tant intérieure qu'extérieure a exacerbé les pressions déflationnistes dans l'économie", écrivent Qu Hongbin et Julia Wang, économistes d'HSBC, dans une note. "En 2016, cette faible demande continuera de peser sur la croissance."

Sur l'ensemble de 2015, la croissance devrait ressortir à 6,9% contre 7,3% l'année précédente, soit son rythme le plus faible depuis 25 ans, indiquait il y a peu un document de travail de la banque centrale.

Le gouvernement vise officiellement une croissance d'"environ 7%" pour 2015 mais sa prévision pourrait descendre à 6,5% en 2016, ce qui serait encore suffisant pour atteindre son objectif d'un doublement de la richesse nationale et du PIB par habitant entre 2010 et 2020.

Ce chiffre de 6,5% correspond également à la moyenne des estimations des économistes, selon une enquête Reuters publiée jeudi..

LA BCE SUR LE QUI-VIVE

Le ralentissement de la croissance plaide en faveur de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire après les six baisses de taux déjà annoncées depuis novembre 2014. Il risque aussi de pousser les autorités à amplifier la dépréciation du yuan, ce qui serait une mauvaise nouvelle pour les économies avancées.

Un yuan encore plus faible aura pour effet d'exporter les pressions déflationnistes de la Chine vers les économies développées déjà confrontées à une inflation basse, conséquence entre autres de la chute des cours du pétrole qui résulte en partie de l'affaiblissement de la demande chinoise.

"Le yuan chinois est pris dans un cercle vicieux qui ne peut conduire qu'à une poursuite de sa dépréciation", déclare Nordine Naam, analyste chez Natixis. "Les inquiétudes sur l'ampleur du ralentissement de la croissance chinoise risquent d'accélérer les sorties de capitaux et, partant, d'entraîner une nouvelle dépréciation du yuan, à la quelle la Banque populaire de Chine semble résignée."

Après une dévaluation de près de 3% à la mi-août 2015 qui avait ébranlé les marchés financiers, le yuan a encore perdu plus de 1% de sa valeur sur les deux premières semaines de 2016 sur fond de sorties massives de capitaux.

Le Premier ministre Li Keqiang a déclaré samedi, à l'occasion de l'entrée dans la Chine au capital de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), que le pays n'entendait pas faire baisser sa devise pour stimuler les exportations et qu'il avait les moyens d'assurer la stabilité du yuan, également appelé renminbi.

"La Chine n'a aucune intention de stimuler ses exportations par une dévaluation compétitive de sa monnaie", a-t-il dit en recevant le président de la Berd à Pékin.

Selon la banque ING, les autorités chinoises vont chercher à restreindre les flux de capitaux internationaux et à durcir la réglementation sur les établissements systémiques afin que la banque centrale puisse encore baisser ses taux d'intérêt sans affaiblir davantage la monnaie.

Pour Albert Edwards, stratégiste de la Société générale qui a une réputation de Cassandre sur les marchés, la situation est plus grave : "Les investisseurs commencent à comprendre ce qu'une dévaluation du renminbi signifie pour les marchés. Cela signifie de la déflation et de la récession à l'échelle mondiale."

Les risques en provenance de Chine seront à coup sûr analysés lors de la réunion de rentrée des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), jeudi.

Lors de sa précédente réunion de politique monétaire le 3 décembre, la BCE avait admis que ses prévisions d'inflation étaient peut-être trop optimistes. Elle prévoit pour cette année un taux d'inflation de 1,0% qui monterait en 2017 à 1,6%, contre 0,1% seulement attendu en 2015.

Après avoir réduit l'un de ses taux directeurs en décembre et prolongé d'au moins six mois son programme d'achats de titres sur les marchés, la BCE devrait opter pour le statu quo jeudi mais les commentaires de son président Mario Draghi sur l'environnement économique, le ralentissement chinois et la déroute des marchés seront très attendus par les investisseurs.

La Réserve fédérale américaine réunira à son tour son comité de politique monétaire les 26 et 27 janvier.

(Kevin Yao et Shaloo Shrivastava, avec Balazs Koranyi à Francfort, Véronique Tison pour le service français)

Copyright © 2016 Thomson Reuters


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