(Zonebourse.com) - GTT (-13,12% à 178,10 euros) enregistre de loin, ce lundi matin, la plus forte baisse du SBF 120. L'action du groupe d'ingénierie navale décroche en raison d'un chiffre d'affaires bien inférieur aux attentes au 3e trimestre. Il s'élève à 183 millions d'euros contre un consensus de 193 MEUR et 196 MEUR anticipés par Jefferies.
Un chiffre d'affaires pénalisé par le décalage des livraisons
Cet écart s'explique principalement par des revenus de nouvelles constructions plus faibles que prévu (ressortis 6% en dessous des estimations de Jefferies).
François Michel, directeur général de GTT a justifié cette baisse lors d'une conférence téléphonique vendredi soir dernier avec les analystes : "Nous avons constaté que des navires sur le point d'être livrés ont été retenus par les chantiers pour diverses raisons, essentiellement parce que les armateurs se sont recalés sur les échéances contractuelles auxquelles ils souhaitaient être livrés. Ils reviennent simplement aux contrats initiaux. Personne ne parle de renégociation, de report ou de quoi que ce soit de ce genre. C'est un effet mineur, pour ainsi dire quasi-statistique."
Le chiffre d'affaires consolidé sur les neuf premiers mois de 2026 de GTT s'élève à 570,1 MEUR, en recul de 4,9% sur un an (contre 600 MEUR sur la même période en 2025), se situant sous les attentes du marché : 599,6 MEUR. Cette diminution reflète la baisse du nombre de méthaniers en cours de construction liée au faible niveau de commandes enregistrées au cours de cette période.
Tensions géopolitiques et dynamique commerciale
En outre, GTT précise que le conflit en cours au Moyen-Orient et la persistance des incertitudes sur le détroit d'Ormuz continuent de perturber les marchés de l'énergie et du transport maritime. A court terme, le groupe estime que ces perturbations ont un impact limité sur son activité. A long terme, si ces perturbations venaient à se prolonger, leurs effets défavorables devraient rester limités compte tenu de la solidité structurelle du marché du GNL. Ces perturbations expliquent notamment pourquoi les livraisons s'ajustent désormais sur les jalons contractuels initiaux au lieu d'être accélérées comme ces derniers mois.
Au 1er janvier 2026, le carnet de commandes de GTT, hors GNL carburant, comptait 288 unités. Au 30 septembre 2026, le carnet de commandes, hors GNL carburant, s'établit ainsi à 299 unités.
En ce qui concerne le GNL carburant, avec la livraison de 8 navires, le nombre de navires en commande au 30 septembre 2026 s'élève à 40 unités.
Sur le plan commercial, la dynamique reste très soutenue avec 80 commandes enregistrées depuis janvier, dont 71 méthaniers (15 au 3e trimestre). Ce total de commandes représente sa deuxième meilleure performance commerciale. Les livraisons sont prévues entre 2028 et 2030. Le carnet du coeur de métier (hors GNL carburant) atteint 299 unités, valorisées à 1,8 MdEUR, contre 288 unités fin 2025, offrant une bonne visibilité à moyen terme. Le segment du GNL carburant compte quant à lui 40 navires en commande après huit livraisons.
Portzamparc souligne que "cette dynamique est portée par 51 Mtpa (millions de tonnes par an) de nouvelles capacités de liquéfaction validées en décision finale d'investissement en 2026 (auxquelles s'ajoutent 15 Mtpa en Limited Notice to Proceed*), après 84 Mtpa en 2025".
S'il n'y a pas de visibilité sur les commandes du 4e trimestre, UBS table pour sa part sur un rebond après le ralentissement du 3e trimestre (15 commandes, contre 65 au 1er semestre).
Objectifs 2026 confirmés et gouvernance
En parallèle du déploiement de son offre digitale et du renforcement de ses activités de services, GTT confirme l'ensemble de ses objectifs annuels pour 2026 et n'observe "aucun signe d'essoufflement de la demande et mène des discussions extrêmement actives avec de nombreux clients", malgré un contexte géopolitique incertain.
Il vise toujours :
- un chiffre d'affaires consolidé 2026 compris dans une fourchette de 740 à 780 MEUR (contre un consensus de 773 MEUR)
- un EBITDA consolidé 2026 compris dans une fourchette de 490 à 530 MEUR (contre 522 MEUR anticipés par le marché)
- et un maintien de la politique de distribution de dividendes.
Au sujet de ces prévisions, Portzamparc table sur le haut de la fourchette visée par GTT avec des revenus attendus à 761 MEUR et un Ebitda de 518 MEUR. L'analyste table ensuite sur un retour à la croissance pour 2027 : 8% à 822 MEUR.
De son côté, UBS s'attendait à ce que le groupe oriente plus franchement vers la moitié supérieure de ses objectifs annuels. En conséquence de ce décalage calendaire de revenus, la banque suisse abaisse son estimation de BPA de 2% pour 2026, mais maintient son conseil à l'achat avec un objectif de cours de 230 EUR.
Une excellente visibilité sur le long terme
A plus long terme, GTT devrait bénéficier du nombre significatif de décisions d'investissement dans de nouveaux projets d'usines de liquéfaction, de la forte dynamique de commandes actuelle et du niveau très élevé de son carnet de commandes, lequel offre une forte visibilité sur plusieurs années.
UBS se montre très confiant pour la fin de la décennie. Le broker précise que "même si ce point d'activité du 3e trimestre s'est avéré moins porteur qu'attendu, elle continue d'anticiper une révision à la hausse des résultats du consensus pour la fin des années 2020 grâce à des commandes de méthaniers plus élevées".
Il prévoit aussi une nouvelle année record pour les décisions finales d'investissement dans le GNL en 2026, ainsi qu'un niveau très élevé de FID en 2027, portées par la diversification énergétique hors du Moyen-Orient. Cela devrait, en retour, continuer de soutenir des prises de commandes à des niveaux records pour les transporteurs de GNL et pour GTT. Les estimations d'UBS se situent 10% au-dessus du consensus pour la période 2028-2030.
En parallèle de la publication de ces résultats vendredi, GTT via son conseil d'administration de GTT, réuni ce jour, a nommé Catherine Ronge, actuelle présidente du comité des nominations et des rémunérations, présidente du conseil d'administration. Elle remplace Philippe Berterottière. Ce dernier a décidé de démissionner de ses fonctions au sein du conseil d'administration, avec effet à compter du 16 novembre prochain.
Catherine Ronge est administratrice indépendante du conseil depuis 2021, présidente du comité des nominations et des rémunérations depuis 2023 et membre du comité stratégique & RSE depuis 2021. Elle dispose d'une expérience acquise au cours d'une carrière au sein d'organisations françaises de dimension internationale.
* NDLR : Dans les contrats industriels et de construction navale, un LNTP (Limited Notice to Proceed, ou "ordre de service limité") est une autorisation contractuelle temporaire donnée par le client au constructeur pour lancer des travaux préparatoires avant l'entrée en vigueur définitive du contrat complet (Full Notice to Proceed ou FID).
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