(BFM Bourse) - L'an passé, l'activité des offres publiques visant des sociétés cotées à Paris a fortement ralenti, tout comme le nombre d’introductions en Bourse qui est tombé à un niveau historiquement bas, avec seulement deux opérations, selon un décompte du cabinet EY.
À l'image des introductions en Bourse, les offres publiques (qui regroupent entre autres les différents types d'offres à l'image des offres publiques d'achat) ont très clairement marqué le pas l’an passé à la Bourse de Paris.
En 2025, seules 18 offres publiques ont été recensées et déclarées conformes sur des sociétés cotées à la Bourse de Paris, signale l'Observatoire des opérations de marché du cabinet EY qui en est à sa 17e édition.
C'est deux fois moins qu'en 2024, année durant laquelle 36 opérations avaient été recensées. Surtout, il s'agit du nombre d’opérations le plus bas depuis 10 ans. Pour établir son décompte, le cabinet se base sur le nombre d'offres ayant reçu l'aval de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
"Dans un contexte économique et politique toujours incertain, en France comme à l’international, et marqué par un durcissement des conditions de financement ces dernières années, l’activité des offres publiques a enregistré un net ralentissement en 2025", fait valoir EY.
Le cabinet précise que ce nombre de 18 offres, inclut deux opérations s’inscrivant dans des processus engagés l’année précédente, celles ayant visé le groupe de services pour la musique numérique Believe et ETPO, le spécialiste des travaux maritimes et fluviaux pour lesquelles les offres déclarées conformes en 2025, ont découlé des offres publiques d'achat simplifiées finalisées en 2024.
Des opérations plus ciblées, des primes moins généreuses
EY attribue ce recul du nombre d'opérations à une une sélectivité accrue des initiateurs et un recours plus ciblé aux offres publiques.
Au total, la valeur totale des actions acquises au cours de 2025 est remontée à 4,4 milliards d'euros, après être tombée à 1,5 milliard d'euros en 2024, à la faveur de "quelques opérations emblématiques, dont certaines ont dépassé le seuil du milliard d’euros", précise EY.
Le cabinet fait notamment référence à l’offre publique d'achat simplifiée (OPAS) lancée par la société d'investissement canadienne Brookfield sur le producteur d'énergies renouvelables Neoen, pour un montant de 1,8 milliard d'euros, ou bien à l’offre publique d'achat simplifiée sur Verallia, menée par son actionnaire brésilien pour un montant de 1,7 milliard d'euros. D'une taille plus modeste, l'OPAS visant Exclusive Networks et dont le montant a atteint 400 millions d'euros est également citée. Ces trois opérations ont représenté à elles seules 90% du montant total de l'année 2025 signale EY.
À côté, la majorité des opérations est restée de taille plus modérée, dans la continuité des niveaux observés en 2024. Sans les trois opérations d'envergure évoquées plus haut, le bilan est bien moins flatteur avec un montant qui tombe à seulement 50 millions d'euros.
"Les opérations réalisées en 2025 ont principalement concerné des sociétés de petite et moyenne capitalisation, souvent caractérisées par un flottant limité et des volumes d’échanges réduits", remarque aussi EY.
Les initiateurs des offres ont été moins généreux avec les actionnaires des entreprises qu'en 2024. La prime médiane (hors extrêmes) offerte aux détenteurs d’actions a, en effet, été de 25,7% par rapport au dernier cours de Bourse avant annonce de l’opération, ce qui est bien inférieure celle observée sur les offres publiques de l’année 2024 (29,7%).
La prime médiane hors extrêmes par rapport à la valeur intrinsèque des entreprises cibles calculée par les experts indépendants, s’élève à 10,2%, soit un niveau là aussi en recul par rapport à 2024 (15,9%).
Des offres concentrées en fin d'année
Durant l’année 2025, les offres ont principalement été concentrées en fin d'année, avec 33% des visas accordés par l'AMF sur le quatrième trimestre.
En ce qui concerne l'identité des initiateurs de l'offre, EY remarque que huit opérations sur 18 ont été lancées par l’actionnaire de référence de la société (ou la société elle-même via une offre publique de rachat d'actions), tandis que 10 opérations l'ont été par une société tierce. En 2024, cette répartition était plus déséquilibrée et s’établissait respectivement à 23 opérations sur 36 pour l'actionnaire de référence et 13 opérations par une société tierce.
Du point de vue sectoriel, le secteur des technologies (informatique et biotech/medtech) reste majoritaire à l'instar des années précédentes puisque les cibles dans ce secteur représentent environ 33% des opérations, (composées de Exclusive Networks, Aures Technologies, Amplitude Surgical, Cogelec, Tronic’s Microsystems, et Prodware), suivi par le secteur industrie et matériaux, à 17% (composé de Verallia, Tarkett, et Agrogeneration). EY précise que ces deux secteurs représentent près de 50 % des opérations réalisées en 2025.
Au total, 12 sociétés ont fait l’objet d'un retrait de cote à la suite d'une offre publique validée en 2025: Exclusive Networks, Aures Technologies, Neoen, IDSUD, Unibel, M2i, Tarkett, Believe, ETPO, Amplitude Surgical, Tronic's Microsystems et Cogelec.
En incluant retrait d'Esker de la cote après l'offre à la suite de l'offre publique validée en 2024, un peu plus de 70% - 71% exactement - des offres publiques ont fait l’objet d’un retrait de cote.
Une cote qui se dégarnit de plus en plus...
Comme les années précédentes, le nombre d'introductions en Bourse sur l'année écoulée n'a pas permis de couvrir les 18 retraits de cote, déplore EY.
La Bourse de Paris a en effet enregistré 2 nouvelles introductions en Bourse (avec appel public à l'épargne) "traduisant la prudence persistante des émetteurs dans un environnement encore marqué par une visibilité limitée, une volatilité accrue et des conditions de financement plus contraignantes", explique le cabinet.
Semco Technologies et Kaleon, ont ainsi fait leurs premiers pas boursiers sur Euronext Growth, le compartiment phare des petites et moyennes capitalisations. Le spécialiste des composants pour les semi-conducteurs Semco Technologies a été la première entreprise de l'année 2025 à entrer en Bourse, en juillet. Il s'agissait de la première introduction depuis de plus de six mois.
Cinq mois plus tard, l'exploitant de nombreux sites touristiques du Lac Majeur en Italie, Kaleon, a rejoint la place parisienne par le biais d'une double cotation en plus de Milan. Sur le compartiment réglementé d'Euronext Paris, c'est tout simplement une année blanche, comme en 2023.
Pour EY, cette tendance confire le rôle croissant d’Euronext Growth comme marché d’accès privilégié pour les sociétés souhaitant s’introduire en Bourse, dans un contexte peu favorable aux opérations de plus grande envergure.
En 2025, le marché des introductions en Bourse est resté nettement en deçà de ses niveaux historiques, prolongeant la tendance observée depuis 2022, ajoute EY.
Ce millésime 2025 très famélique en matière d'introductions en Bourse, est surtout le pire depuis 2003. Aucune entreprise n'avait alors osé se lancer en Bourse cette année-là, ni sur le second marché (dédié aux entreprises de taille moyenne) ni sur le premier marché, qui regroupait les entreprises les plus importantes de la place parisienne.
Le flux net entre les entrées et les sorties est donc négatif pour la quatrième année consécutive (-29). Il faut remonter à l'année 2021 pour avoir une trace d'un flux net positif (+16), les nombreuses opérations d'entrées en Bourse (32) jouaient alors les amortisseurs et venaient compenser les 17 départs de la cote parisienne.
"Depuis 2022, ce déséquilibre se traduit par un flux net moyen d’environ 21 sociétés quittant la cote chaque année, illustrant une contraction structurelle du périmètre des sociétés cotées en France", regrette EY.
Quantité ne rime pas forcément avec qualité
Au total, les entrées en Bourse de 2025 ont permis de lever 64 millions d'euros, des montants qui demeurent sensiblement inférieurs à ceux observés avant 2022, pointe EY. À titre de comparaison, en 2024, 680,1 millions d'euros avaient été levés sur Euronext et 19,9 millions d'euros sur Euronext Growth, soit un total de 700 millions d'euros.
"L’année 2025 s’inscrit dans la continuité des tendances structurelles observées ces dernières années, caractérisées par un faible nombre d’introductions en Bourse, une concentration de l’activité sur Euronext Growth et un recul persistant du marché primaire, face à une dynamique soutenue de retraits de cote", conclut EY.
Pour autant, les quelques sociétés qui sont arrivées en Bourse pendant les trois dernières années présentent un profil plus robuste qu'en 2021.
"Désormais, les investisseurs vont rechercher plutôt des sociétés rentables à l'image de Semco Technologies, Stif ou encore Odyssée Technologies. Contrairement à la phase qu'on avait pu connaître juste après le Covid, ces entreprises ont toute une maturité en termes de résultats. Ça n'a pas été forcément le cas sur cette vague où on a vu beaucoup de sociétés (dans le domaine) des énergies nouvelles qui venaient avec des plans de croissance importants, mais pas encore de rentabilité", avait détaillé à BFM Bourse Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc, en décembre dernier.
Point encourageant: les sociétés qui ont tenté l'expérience des marchés financiers en 2025 ont en effet vu leur audace récompensée. Semco Technologies flambe de près de 150% par rapport aux 15 euros retenus pour son opération quand Kaleon, entré en décembre, cote légèrement au-dessus de son prix d’introduction en Bourse fixé à 4 euros.
En 2024, le cru était déjà de qualité. Le spécialiste de l’optronique pour les applications militaires Exosens gagne près de 170% depuis son entrée en Bourse à un prix de 20 euros, profitant à plein de la course à l'armement en Europe. Le groupe de défense est suivi d'Odyssée Technologies qui a vu son cours bondir de 120% depuis son entrée en Bourse en décembre 2024.
Pour EY, ces trajectoires positives constituent des signaux encourageants pour les futurs candidats à l’introduction en Bourse.
Pour 2026, le réservoir, plus communément appelé "pipeline", de prétendants à une entrée en Bourse est déjà garni. Vincent Le Sann et son équipe travaillent sur trois dossiers d'introduction en Bourse de PME de croissance, prévus pour le premier semestre 2026.
"On travaille pour une société qui intervient dans le domaine du conseil, organisation pour les entreprises. Également, une société industrielle dans le domaine de la défense et puis aussi une société dans le domaine du luxe. Donc on voit que c'est assez diversifié, un peu à l'instar de la cote", avait-il détaillé à BFM Bourse.
À une échelle beaucoup plus importante, le groupe de défense KNDS a aussi indiqué fin 2025 viser une entrée en Bourse cette année via une double cotation à Francfort et à Paris, sous réserve des conditions de marché.
Recevez toutes les infos sur EURONEXT en temps réel :
Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse
Par email
