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Edf : Hinkley Point cristallise les tensions autour du PDG d'EDF

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par Benjamin Mallet et Geert De Clercq

PARIS (Reuters) - Les inquiétudes suscitées chez EDF par le projet Hinkley Point s'accompagnent d'une défiance croissante à l'encontre du PDG Jean-Bernard Lévy, à qui des sources internes reprochent de vouloir passer en force et de céder aux pressions politiques.

Dans une lettre aux salariés, le PDG a expliqué la semaine dernière qu'EDF ne s'engagerait définitivement dans la construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre, que si l'Etat français sécurisait sa situation financière.

Jean-Bernard Lévy s'est ainsi voulu rassurant quelques jours après la démission du directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, qui souhaitait un report du feu vert au projet de 18 milliards de livres sterling (23 milliards d'euros environ) en invoquant les risques pour le bilan d'EDF.

Mais il a aussi écarté les arguments des syndicats selon lesquels le groupe devrait différer sa décision pour bénéficier du retour d'expérience des EPR en construction et donner la priorité aux investissements dans le parc nucléaire français.

"Lévy est très fragilisé par le départ de Piquemal. Il va vouloir montrer ses muscles pour prouver qu'il est toujours aux commandes, mais il ne suffit pas que le Soviet suprême ait raison contre le peuple", critique une source au fait des projets de la direction, pour qui le PDG "joue sa dernière carte".

Un administrateur d'EDF juge pour sa part que Jean-Bernard Lévy "a été obligé de dire qu'il n'allait pas mettre l'entreprise dans le mur". "Sur le plan industriel, il n'y aucune inflexion ; et sur le plan financier, (il) a été contraint par la démission de Piquemal, qui a eu un effet ravageur."

Les opposants au projet Hinkley Point estiment toutefois que sa validation par le conseil - qui pourrait intervenir dès le 30 mars selon la CGT - ne sera qu'une formalité une fois que l'Etat aura donné son feu vert, même si les six administrateurs représentant les salariés devraient voter contre.

Certains soulignent en outre que d'éventuelles voix discordantes ne sont pas en mesure de s'exprimer ouvertement au sein du comité exécutif.

"C'est un fait que certains s'interrogent (...). De là à se poser en opposant, c'est autre chose. En tout cas pas en opposant déclaré", selon un autre administrateur interrogé par Reuters.

"SI L'ON CROIT AU NUCLÉAIRE, IL FAUT FAIRE HINKLEY POINT"

Pour les détracteurs de Jean-Bernard Lévy, le dossier Hinkley Point illustre une pression politique croissante dont le PDG peine à se défaire.

Emmanuel Macron a lui même souligné la semaine dernière que le projet était essentiel pour l'ensemble de la filière nucléaire française, dont les difficultés à bâtir des EPR à Flamanville (Manche) et en Finlande ont largement écorné l'image, et qui veut se relancer grâce au marché britannique avec l'aide de partenaires chinois.

"Si l'on croit au nucléaire, il faut faire Hinkley Point", a martelé le ministre à l'Assemblée nationale, en reconnaissant toutefois que "toutes les garanties financières" devaient être apportées à court terme, ce qui pourrait par exemple passer par un engagement de l'Etat à percevoir ses futurs dividendes en actions, comme pour 2015.

EDF a vu la chute des prix de l'électricité compliquer son équation financière ces derniers mois, alors qu'il devait déjà investir massivement dans le parc nucléaire français et contribuer au sauvetage d'Areva à la demande de l'Etat.

Son PDG fait aussi face à une série de nouvelles contraintes - transition énergétique, fin des tarifs pour les professionnels, menaces de mise en concurrence du parc hydraulique français - et ses relations avec les syndicats se sont tendues avec l'annonce en janvier d'un plan de suppressions de postes.

"Les difficultés d'EDF sont latentes depuis plusieurs années mais l'arrivée de Lévy a marqué une rupture, il est là pour dérouler ce que veut le gouvernement et rien d'autre", estime un représentant des salariés.

Deux sources interrogées par Reuters racontent de même l'une de leurs premières rencontres avec Jean-Bernard Lévy au cours de laquelle le PDG, pressé de questions sur sa stratégie, s'était contenté de leur répondre en sortant de sa poche la lettre de mission rédigée par ses ministres de tutelle.

Le dirigeant sera attendu au tournant à l'heure de présenter son plan de financement pour Hinkley Point mais risque aussi de faire face à des mouvements sociaux d'ampleur à l'approche des élections professionnelles, prévues en novembre.

Il peut toutefois espérer deux décisions positives pour EDF au cours des prochains mois : un éventuel feu vert à la prolongation - au moins partielle - du parc nucléaire français ; et une hausse de tarifs désormais décidée par la Commission de régulation de l'énergie, ce qui devrait dépolitiser un autre sujet hautement sensible.

Sollicité dans le cadre de cette dépêche, EDF n'a pas souhaité faire de commentaires.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

Copyright © 2016 Thomson Reuters


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