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Edf : Bras de fer entre l'Etat et Renault sur la loi Florange

L'Etat monte au capital de Renault pour garantir son influenceL'Etat monte au capital de Renault pour garantir son influence

par Jean-Baptiste Vey et Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - L'Etat français a décidé de monter au capital de Renault pour s'assurer qu'il disposera de droits de vote double à l'issue de la prochaine assemblée générale du constructeur automobile, contre l'avis du conseil d'administration du groupe et de son PDG Carlos Ghosn.

Principal actionnaire de Renault avec 15,01% du capital, le gouvernement a annoncé mercredi son intention d'acquérir temporairement jusqu'à 4,73% supplémentaires et d'augmenter sa participation jusqu'à 19,74%. L'opération, dont une grande partie a déjà été réalisée la veille, se fera pour un prix compris entre 814 millions et 1,232 milliard d'euros.

"Notre objectif, c'est de sécuriser les droits de vote double", pas d'augmenter durablement la participation de l'Etat au-delà du niveau de 15%, a-t-on expliqué dans l'entourage du ministre de l'Economie.

L'Etat cherche ainsi à obtenir une minorité de blocage à l'assemblée générale du 30 avril pour contrer la douzième résolution instaurant statutairement le principe "une action, une voix", et exemptant Renault de rejoindre les sociétés bénéficiant de droits de vote double en vertu de la loi "Florange" destinée à favoriser l'actionnariat de long terme.

Des droits de vote double, pratique relativement rare dans les sociétés internationales, sont actuellement en place dans 22 entreprises du CAC 40 et le sujet est à l'ordre du jour de nombreuses AG de 2015.

Avec 19,74% du capital et l'équivalent de 23,2% des droits de vote, l'Etat estime qu'il disposera d'un niveau suffisant, au vu des quorums habituels, pour faire obstacle à la résolution recommandée par le conseil d'administration de Renault.

"Le conseil soutenait le projet, le président du conseil (Carlos Ghosn) aussi", souligne une source de Renault.

"Renault semble être utilisé comme un pion du jeu politique", commente George Galliers, analyste automobile chez Evercore ISI. Il est clair que l'intervention "va contre le souhait de l'entreprise".

Une source de Bercy a toutefois indiqué que le projet avait été préparé en parfaite intelligence avec la direction de Renault. "(Le ministre de l'Economie) Emmanuel Macron a appelé Carlos Ghosn pour l'informer", a dit la source.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès de Renault.

L'action du constructeur a clôturé en hausse de 0,95% à 86,07 euros alors que l'indice CAC 40 de la Bourse de Paris a perdu 0,28%.

"Il est difficile de lire l'impact d'une annonce aussi surprenante", commente un trader en poste à Paris. "Il reste 4,4 millions d'actions à acheter au cours des prochaines semaines, ce qui pourrait soutenir le cours. Cependant, le doublement des droits de vote de l'Etat français lui permettrait de réduire sa participation tout en conservant son influence future. Cela soulève de toute manière des questions sur les relations entre le management et son principal actionnaire."

PESER SUR L'EVOLUTION FUTURE DE L'ALLIANCE

Les rapports entre l'ancienne Régie publique, dont la privatisation remonte à 1996 et dont l'Etat détenait encore 25,9% en 2002, et son actionnaire historique n'ont jamais été simples.

Comme PSA Peugeot Citroën, dont l'Etat possède maintenant 14%, Renault est considéré comme une entreprise stratégique de par son impact sur l'emploi en France et son poids en matière de technologie. Le développement des synergies avec le partenaire japonais Nissan et le développement de la production dans les pays à bas coût sont ainsi suivis de très près par le gouvernement, même si ces deux leviers contribuent largement au redressement actuel du groupe Renault.

"L'annonce de mercredi dénote une volonté très ferme de l'Etat, une volonté certaine de peser dans les décisions futures d'évolution de Renault et de l'alliance, et ne pas rester un acteur impuissant", poursuit la source de Renault.

Sous l'égide de Carlos Ghosn, Renault et Nissan resserrent de plus en plus rapidement leurs liens en matière de management, de R&D et de production, une évolution de l'alliance qui devra forcément, selon les analystes financiers, s'accompagner à terme d'un changement dans la structure capitalistique.

Le schéma actuel est hérité de l'acquisition de Nissan par Renault: le groupe français détient 43,4% de son partenaire japonais, tandis que ce dernier possède 15% de son allié français, une participation sans droit de vote.

"A priori, Nissan sera probablement courroucé alors qu’il ne trouve déjà pas normal de ne pas pouvoir exercer ses droits de vote dans Renault", poursuit la source de Renault.

Le constructeur japonais a refusé de faire un commentaire.

L'Etat vote régulièrement contre la proposition de salaire de Carlos Ghosn - qui pourra atteindre 7,2 millions d'euros au titre de 2014 sur la base de la valorisation des actions de performance attribuées l'an dernier, contre 2,7 millions en 2013.

Il devrait également bénéficier de droits de vote double dans des groupes comme EDF, GDF Suez ou Orange, qui lui permettront de maintenir son influence même s'il décidait de réduire sa participation. et.

La vente de certaines participations de l'Etat est prévue pour contribuer à l'effort de maîtrise de l'endettement public.

(Avec la contribution de Laurence Frost, édité par Jean-Michel Bélot)

Copyright © 2015 Thomson Reuters


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