(BFM Bourse) - L'action du groupe agroalimentaire chute encore ce lundi 26 janvier, après que le groupe a annoncé vendredi soir un rappel ciblé de certains lots infantiles à la suite de changements de recommandations de certains pays. Plusieurs analystes estiment toutefois que le risque est bien plus faible que chez Nestlé.
Danone est à la peine à la Bourse de Paris, ce lundi 26 janvier. Le groupe d'agroalimentaire abandonne 3,8% à la mi-journée, accusant la plus forte baisse du CAC 40.
La chute du titre du groupe dirigé par Antoine de Saint-Affrique survient après la communication de la société, vendredi soir.
Dans un communiqué, Danone a annoncé des "rappels ciblés" de laits infantiles, retirant "un nombre très limité de lots spécifiques" sur "certains marchés". Le groupe explique avoir choisi de rappeler ces produits à la suite de l'évolution des recommandations "de certaines autorités locales".
"Les contrôles de routine et les analyses ciblées supplémentaires menées dans le contexte sectoriel actuel confirment que les produits de Danone sont sûrs et pleinement conformes à l’ensemble des réglementations applicables en matière de sécurité alimentaire", a ajouté la société.
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La céréulide en question
Danone n'a pas donné davantage de précisions sur l'origine des produits. Mais, vendredi, l'autorité sanitaire irlandaise, la Food Safety of Ireland, a publié une déclaration dans laquelle elle recommandait à Danone de rappeler des lots spécifiques de laits infantiles, en raison de la présence potentielle de céréulide.
Le céréulide est une toxine produite par une bactérie, bacillus cereus. "Cette toxine est nocive pour l'organisme et provoque des symptômes tels que des vomissements et des nausées, mais dans la plupart des cas, elle disparaît en 6 à 24 heures. Il est important de noter que cette toxine n'est pas vivante et ne peut pas se reproduire. Elle n'apparaît qu'en présence d'une forte concentration de bactéries", explique Barclays.
"Bien que la chaleur utilisée dans le processus de fabrication tue les bactéries qui produisent cette toxine, celle-ci est résistante à la chaleur et à l'acide, et il est donc difficile de l'éliminer lors de la transformation si elle est déjà présente dans un ingrédient", poursuit la banque britannique.
Avant l'Irlande, Singapour avait précédemment demandé à Danone de rappeler par précaution un lot de produits de laits infantiles spécifiquement conçus pour le marché local.
En résumé, les rappels de Danone "semblent être dus à un abaissement des seuils de tolérance par les autorités plutôt qu'à un non-respect des règles" par le groupe, écrit Deutsche Bank.
Au-delà de Danone, les rappels de laits infantiles se sont multipliés chez les grands producteurs. Nestlé fait les gros titres de la presse depuis plusieurs semaines pour avoir rappelé ses laits infantiles Guigoz et Nidal, contaminés à la céréulide. UBS écrit que le groupe suisse a, au cours du dernier mois, rappelé des produits contaminés par le céréulide dans plus de 50 pays, dont la Chine et le Brésil.
En France, des enquêtes ont été ouvertes à la suite de la mort de deux nourrissons survenus après la consommation de laits infantiles du géant suisse. Aucune causalité n'a été établie entre les décès et l'absorption de ces produits.
La semaine dernière, Lactalis a annoncé un vaste rappel de lait infantile en France, en Chine, en Australie ou encore au Mexique.
Un fournisseur spécifique
L'ensemble de ces rappels sont donc dus à des soupçons de contamination à la céréulide. Dans les cas présents, cette contamination s'effectuerait dans la production d'un additif, l'acide arachidonique (ARA), un acide gras naturellement présent dans le lait maternel, qui favorise le développement cérébral et les fonctions immunitaires.
"Bien qu'il ne soit pas obligatoire dans l'Union européenne ou aux États-Unis, il est couramment ajouté aux préparations pour nourrissons afin de mieux ressembler à la composition du lait maternel", explique Barclays.
La contamination de l'ARA à la céréulide peut survenir lors du processus de fermentation même si cela est "peu courant", selon Barclays. La présence de cette toxine n'est par ailleurs pas dangereuse à très petite dose.
Surtout, Barclays explique que les rappels survenus sont le fait d'un problème de qualité chez un sous-traitant spécifique de l'ensemble de l'industrie. Barclays rapporte que plusieurs sources indépendantes ont identifié le groupe chinois Cabo Biotech, basé à Wuhan et fournisseur d'huile d'ARA.
Le marché, lui, a logiquement peur. Le lait infantile reste l'un des grands joyaux de la couronne de Danone en matière de croissance et de rentabilité.
Ce segment appartient à la division "nutrition spécialisée" de Danone. Au premier semestre 2025, cette division "nutrition spécialisée" avait généré une marge opérationnelle courante de 1 milliard d'euros, soit 55,6% du total. Cette division affichait par ailleurs la plus forte croissance, avec une progression des revenus de 7% au premier semestre en données comparables.
"La bonne décision"
Reste que si la Bourse prend peur, les analystes relativisent et appellent au calme, louant la réaction de Danone.
Certes, "l'investisseur est aussi dans une logique d'appréhension du risque", reconnaît Oddo BHF. "Tant que ces rappels de lait infantile ne seront pas définitivement terminés, il est légitime de considérer que la question immédiate est de savoir quand les rappels vont cesser. La qualité des laits infantiles est primordiale pour la santé des nouveau nés", développe le courtier.
Pour autant, Oddo BHF juge que Danone prend "la bonne décision". Cette décision "conforte l’idée que le groupe est passé - depuis le changement de gouvernance (en 2021) - d’une logique de 'réaction' à une logique 'd’anticipation' du risque", poursuit le bureau d'études.
"D’un point de vue pratique, l’anticipation reste préférable à la réaction et en l’espèce, cela devrait permettre au groupe de se centrer sur ses défis de 2026 (…) sans avoir à les mettre en sursis à cause d’un intrus dans l’agenda. D’un point de vue commercial, cela devrait permettre au groupe de défendre sa mission première (la santé par l’alimentation au plus grand nombre) en contribuant par ces rappels volontaires à réassurer les parents, ce qui est capital vis-à-vis des bébés", considère Oddo BHF.
Le courtier estime, en première approche, que les rappels annoncés par Danone peuvent avoir un impact de 50 millions d'euros du résultat opérationnel.
Oddo maintient sa recommandation à "surperformance" sur l'action. "Mais nos sommes lucides sur le fait qu'un rebond du titre dépendra essentiellement des garanties que ce risque est passé", reconnaît encore le courtier.
Barclays se montre également confiante. "Si les nouveaux niveaux indicatifs irlandais pour la toxine céréulide devaient être mis en œuvre à l'échelle mondiale, nous pensons que Danone serait déjà en conformité et estimons que c'est la norme vers laquelle l'entreprise s'efforce actuellement de se diriger de manière préventive", écrit l'établissement britannique.
Des conséquences moindres que pour Nestlé
Dans ce cas de figure, la banque chiffre à seulement "des dizaines de millions d'euros" (30 millions à 40 millions), l'impact potentiel pour Danone. Si le standard le plus sévère des autorités singapouriennes venait à s'imposer, l'impact se rapprocherait des 100 millions d'euros, chiffre Barclays qui juge toutefois ce scénario "peu probable".
L'établissement pense que Danone fera encore d'autres rappels par précaution, car il s'agit "de la bonne chose pour reconstruire la confiance".
"Plusieurs grands pays comme le Royaume-Uni, la France et l'Espagne l'ont déjà fait, mais pour les autres pays où la société fait appel à des distributeurs, ceux-ci devront d'abord être informés", poursuit Barclays qui table sur un total de 20 pays.
Surtout, la banque britannique voit une différence importante entre la situation de Danone et de son grand rival suisse Nestlé, chez qui l'impact serait "10 fois plus fort".
"En décembre, Nestlé a rencontré un problème de fabrication lié à la présence de bactéries dépassant les niveaux réglementaires et de toxines céréulides produites par ces bactéries. Cela a conduit le directeur général de Nestlé, Philipp Navratil, à présenter des excuses publiques le 13 janvier. Danone n'a pas rencontré de problème bactériologique avec l'ensemble de ses produits commercialisés, qui ont été testés et jugés sûrs, avec des niveaux inférieurs aux limites prescrites, ce qui a été vérifié en externe par des tiers", développe Barclays.
"L'autre différence que nous constatons par rapport à Nestlé est que Danone retire un nombre limité de références sûres par mesure de précaution en réponse à l'évolution de la réglementation, tandis que Nestlé a pris la décision de réduire à la fois les références sûres et non sûres par excès de prudence. Danone dispose d'autres sources d'approvisionnement, nous ne prévoyons donc pas de problèmes de rupture de stock pour Danone, mais nous considérons que cela pourrait être un problème pour Nestlé, même si nous ne savons pas pour combien de temps", explique encore la banque britannique.
"Étant donné que Danone et Nestlé sont les numéros 1 et 2 dans de nombreux pays et que Nestlé pourrait être en rupture de stock pendant une période indéterminée, nous pensons toujours que Danone pourrait gagner des parts de marché, aux côtés d'acteurs plus modestes comme Kendamilk au Royaume-Uni, par exemple", conclut la banque britannique.
Au passage, Barclays remarque que le marché est préoccupé du potentiels rappels de laits infantiles en Chine. Sur ce point, l'établissement écrit qu'aucun produit commercialisé directement dans le pays présente l'huile de Cabio Biotech.
Conclusion de l'établissement britannique: oui l'action peut souffrir à court terme avec "de la faiblesse". Mais "nous considérons cela comme une opportunité pour les investisseurs de faire leur travail et d'envisager d'augmenter leurs positions" sur le titre, fait valoir la banque.
"Nous pensons que la question centrale concerne désormais davantage les protocoles de fabrication que les fournisseurs, et il est probable que nous assisterons bientôt à une différenciation des cours boursiers entre les entreprises capables de démontrer la conformité de leurs protocoles de fabrication et les autres", explique pour sa part Deutsche Bank.
Autrement dit, en démontrant la supériorité de ses processus de production, Danone pourrait davantage avoir les faveurs des investisseurs au détriment de Nestlé.
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