(BFM Bourse) - L'action du grand distributeur plonge au lendemain d'un abaissement de ses objectifs dû aux tensions sociales en France. Ces évènements surviennet alors que l'environnement de consommation s'est affaibli depuis mi-septembre et que la fin d'année s'avère cruciale pour les finances du groupe.
Carrefour ne positive guère en Bourse ce mercredi 22 octobre. Le groupe de grande distribution voit son action s'effondrer de 14,5% vers 10h20, alors que la société a été contrainte d'abaisser ses objectifs 2026 en raison de l'impact des troubles et violences survenus durant le week-end en France.
"Notre groupe est confronté à une situation inédite en France", a déclaré le PDG, Alexandre Bompard.
Le dirigeant a indiqué aux analystes mardi soir lors d'une conférence téléphonique qu'environ 50 magasins avaient été touchés le premier jour de ces débordements. "Carrefour a été directement et fortement affecté, beaucoup de nos magasins ont été pillés et les dommages sont considérables", a-t-il déclaré.
"Leur part de marché en région parisienne est très élevée, aux côtés de Casino, donc leurs magasins sont ciblés", explique un analyste. "Selon la direction, Carrefour est parmi les détaillants les plus touchés par les troubles. Son réseau d'environ 6.000 magasins, en particulier sa forte présence urbaine de proximité à Paris, Lyon et Marseille, augmente son exposition. Son importante présence en hypermarchés périurbains accentue l'impact", complète le bureau d'études indépendant Alphavalue.
Un impact de 80 à 200 millions d'euros sur le grand indicateur de bénéfices
Alexandre Bompard ne devait d'ailleurs pas participer à la conférence avec les analystes.
"Mais étant donné l'étendue et la gravité des évènements survenus en France au cours des derniers jours et les conséquences sur les activités de nos équipes, j'ai pensé qu'il était important de (leur) parler directement", a-t-il affirmé.
Le dirigeant a assuré que les coûts directs ne reflétaient qu'une partie de l'impact subi par la société.
"Les magasins qui ne sont pas physiquement endommagés sont également concernés : il y a moins de trafic dans plusieurs régions, les ouvertures de magasins sont raccourcies en raison des couvre-feux, des fermetures préventives et des difficultés perturbent l'activité. Cela est considérable dans plusieurs régions depuis le début de l'année", a développé Alexandre Bomparrd. Le PDG a également expliqué que le groupe devait augmenter ses dépenses opérationnelles, notamment en matière de sécurité.
"Cela se produit après un cycle de consommation plus difficile depuis la mi-septembre dans un contexte de prix de l'énergie plus élevé, de manifestations lycéennes et d'un climat détérioré autour du budget 2027 avec plus de taxes et moins de subventions. Ce alors que nous entrons dans une période cruciale, les derniers mois de l'année représentant plus d'un tiers du résultat opérationnel courant de Carrefour France", a indiqué Alexandre Bompard.
L'ex-PDG de Fnac Darty a indiqué s'attendre à ce que la situation sociale en France "affaiblisse davantage la confiance des consommateurs, pèse sérieusement sur les dépenses tout en augmentant nos coûts opérationnels juste pour garder nos magasins ouverts".
Carrefour a en conséquence abaissé significativement ses objectifs pour 2026. L'entreprise table sur une hausse de son résultat opérationnel courant en hausse de 0 à 0,15 point de pourcentage contre une hausse de 0,25 point attendue précédemment.
La société attend un résultat net ajusté par action "stable ou en légère croissance" sur un an contre "une croissance dans le haut de la fourchette à un chiffre" (en claire entre 7% et 9%). Carrefour prévoit également un flux de trésorerie libre net en "léger repli" sur un an contre une "légère croissance" auparavant.
La direction a chiffré l'impact des violences sociales sur le résultat opérationnel courant 2026 entre 80 et 200 millions d'euros. Ce via "une combinaison des coûts directs des fermetures de magasins (couvre-feux, fermetures proactives) et des dommages, des coûts de sécurité plus élevés, un sentiment des consommateurs plus faible et des perturbations de la chaîne d'approvisionnement", liste Citi.
La fin d'année compromise
L'impact total et réel dépendra évidemment de la durée des violences alors que de nouvelles manifestations sont prévues le 24 octobre et le 5 novembre.
Selon le bureau d'études indépendant Alphavalue, la société a chiffré les coût directs (marchandises volées, réparations) à plus de10 millions d'euros, le reliquat provenant de coûts indirects.
Le bureau d'études explique que l'impact chiffré par Carrefour réduit le consensus (la prévision moyenne des analystes) de 3% à 9% pour le résultat opérationnel courant du groupe et de 7% à 18% pour le même indicateur de la France.
"Avec le quatrième trimestre représentant plus d’un tiers du résultat opérationnel courant annuel de la France, l’impact pourrait absorber environ 20% à 55% du profit attendu pour ce trimestre. Des stocks élevés de produits non alimentaires détenus avant le Black Friday et Noël augmentent le risque de démarques et la pression sur le fonds de roulement, bien que la direction affirme que cela est pris en compte dans ses prévisions de flux de trésorerie révisées", souligne Alphavalue.
"Si les nouveaux objectifs nous paraissent plus réalistes, la visibilité reste faible à l’approche d’un quatrième trimestre clé (sur l’activité, mais surtout sur la marge et le flux de trésorerie), avec un risque accru en cas de prolongation des perturbations et d’un potentiel ralentissement plus marqué de la consommation (crédible selon nous)", développe Oddo BHF.
Carrefour a livré ces annonces alors que son troisième trimestre s'est globalement inscrit en ligne avec les attentes des analystes, avec des ventes de 22,69 milliards d'euros en hausse de 2,3% en données comparables, contre 2,1% attendu par le consensus.
Toutefois, la France est ressortie légèrement sous les attentes, avec une progression de 1,2% contre 1,3% anticipé par les analystes, en lien avec l'affaiblissement de la consommation en septembre évoqué par Alexandre Bompard.
"Nous pensons qu'un commerce français plus faible en septembre, plus d'investissement en prix en France, et un consommateur brésilien sous pression seraient tous des motifs d'inquiétude pour l'activité sous-jacente", commente Jefferies.
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