par Tim Hepher et Andrea Shalal-Esa
PARIS/WASHINGTON (Reuters) - Il est peu probable qu'EADS conteste officiellement la décision de l'US Air Force dans un gros contrat d'avions ravitailleurs, mais ce qui compte pour lui à présent est de conserver une tête de pont sur le plus gros marché mondial de l'armement.
Nouvellement admis dans le cercle très fermé des sociétés pouvant concourir pour des contrats sensibles de l'armée américaine, EADS n'en tient pas moins à son objectif de réaliser 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires aux Etats-Unis, en dehors du marché des Airbus.
Après bien des péripéties étalée sur plusieurs années, le Pentagone a finalement accordé jeudi à Boeing le contrat de remplacement des "tankers" vieillissants de l'US Air Force.
EADS n'a pas dit s'il exercerait son droit de déposer un recours avant une rencontre avec de hauts fonctionnaires américains lundi. Mais des responsables ont fortement laissé entendre que le groupe d'aéronautique et de défense européen entendait tourner la page, sans exclure totalement aucune possibilité.
Le président exécutif Louis Gallois expliquait vendredi au personnel, dans un mémo interne, qu'EADS avait contribué à alléger la facture du contribuable américain en poussant Boeing à baisser ses prix.
Il estime que ce simple fait contribuera à renforcer la position du groupe aux Etats-Unis, notamment auprès des forces armées.
"Nous avons livré une lutte âpre à notre concurrent et l'avons obligé à proposer un prix très bas. Pour Boeing, perdre aurait été catastrophique; pour nous, ce n'est qu'une occasion perdue", a dit Tom Enders, le président d'Airbus, à Reuters.
"Le Pentagone a appris à apprécier le grand professionnalisme de notre travail et de notre proposition", a-t-il poursuivi. "Ce n'est pas une mauvaise base pour de futurs programmes aux Etats-Unis, pour lesquels nous serons à nouveau en lice avec des produits supérieurs."
PEU DE NOUVEAUX PROGRAMMES
EADS ne veut pas perdre ce nouveau statut auprès du Pentagone, et protester contre la décision sur le contrat des tankers pourrait être, de ce point de vue, mal perçu.
Un responsable d'un groupe de défense américain a fait valoir qu'EADS, qui tente encore de prendre pied sur le marché américain, ne peut pas envisager une contestation dans les mêmes termes qu'une société américaine qui a ses entrées au Pentagone de longue date.
"Il doit être très prudent, surtout que le Pentagone a dit que la compétition avait été ouverte et loyale et que le choix était incontestable", a-t-il dit.
Certains analystes voient toutefois le Congrès tenter d'intervenir pour partager le marché entre les deux compétiteurs, surtout si des problèmes de production se présentent.
Il n'empêche que la perte de ce contrat est un coup dur stratégiquement pour EADS qui, selon des analystes du secteur, en reste réduit au stade des intentions vis-à-vis de son objectif de doubler la proportion du chiffre d'affaires hors avions de ligne à 50% d'ici à 2020.
EADS est également loin de son objectif de C.A. outre-Atlantique, avec 1,2 milliard de dollars de ventes hors aviation en 2009 aux Etats-Unis, où un Pentagone qui doit se serrer la ceinture se retrouve moins prodigue en opportunités.
"Le problème n'est pas qu'il soit ou pas dans la place ou qu'il ait la technologie, ce qui est le cas, le problème est la quantité de nouveaux programmes auxquels postuler qui va diminuant rapidement", observe Richard Aboulafia, analyste de Teal Group.
Dans un tel contexte, le risque pour des acteurs de second plan est de n'avoir d'autre possibilité que de se cantonner dans des programmes sympathiques mais dont on peut aisément se passer, ou de ne pouvoir placer leurs technologies les plus fines simplement parce que les budgets n'autorisent que les choix les moins ambitieux, explique-t-il.
ACQUISITIONS EN TEMPS OPPORTUN
Le contrat des tankers oublié, l'attention risque de se reporter sur la pile de liquidités d'EADS, susceptible de dépasser largement les 10 milliards d'euros, comme pourraient le confirmer les résultats annuels à paraître.
Ambitionnant une taille internationale dans le secteur de la défense, ce cash peut servir à EADS à concrétiser son intérêt avéré pour des acquisitions de taille moyenne aux USA.
Mais il n'a guère progressé dans ce sens, au point que certains commencent à se demander, à mots couverts, si EADS doit vraiment poursuivre son objectif de devenir un groupe intégré international ou se limiter à être un "Airbus-plus", soit un groupe versé surtout dans l'aéronautique civile avec quelques intérêts dans la défense.
"Voilà qui accroît d'autant la nécessité de faire des acquisitions en temps opportun", dit une source professionnelle, qui suit de près l'évolution du secteur.
Eurocopter, filiale d'EADS, s'est taillé un beau succès auprès de l'armée américaine en lui livrant en temps et en heure et au prix prévu des hélicoptères utilitaires légers UH-72A Lakota, mais il y a peu de nouveaux projets à l'horizon.
Le groupe européen investit beaucoup dans le développement d'une version armée de cet hélicoptère mais il faudra peut-être des années pour que le programme se concrétise pleinement.
EADS espérait enfin concourir au nouveau programme de remplacement de l'hélicoptère UH-1 de l'US Air Force. Mais cette dernière a déjà fait savoir que le marché risquait de revenir à Sikorsky Aircraft, une filiale d'United Technologies, plutôt que de prendre le risque d'une compétition qui puisse donner lieu à contestation.
Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Philippe Bas-Raberin
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