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Quand le private equity fait de l'ombre à la Bourse

samedi 25 septembre 2021 à 09h30
Le private equity enchaîne les levées de fonds records en France

(BFM Bourse) - Les levées via des fonds de capital investissement s'envolent en France, notamment dans la French Tech. Mais la Bourse n'a pas dit son dernier mot.

Sorare, Mirakl, Big Mamma… L'argent coule à flots pour les entreprises. Rien que cette semaine, la French Tech a levé plus de 1,2 milliard d'euros. C'est du jamais-vu en France pour des sociétés non cotées. Et cela montre à quel point le private equity (les investissements au capital d'entreprises non cotées) a pris une place très importante par rapport aux introductions en Bourse lorsque les entreprises veulent lever des fonds.

Et ce qui est nouveau, en dehors des montants, c'est aussi les valorisations de ces entreprises qui se financent via le private equity. Par exemple Sorare, qui est un des leaders mondiaux sur les cartes à collectionner et les NFT, "pèse" après ce nouveau tour de table 4,3 milliards de dollars (soit 3,7 milliards d'euros). C'est du niveau des plus grosses introductions en Bourse de ces dernières années. En 2019, lorsque la FDJ s'était lancée sur Euronext, elle avait été valorisée 3,8 milliards d'euros. Et pour OVHCloud, qui devrait bientôt se lancer en Bourse, le Wall Street Journal évoque une valorisation potentielle de 4,7 milliards de dollars (4 milliards d'euros).

Cela fait déjà plusieurs années que les entreprises lèvent davantage de fonds via le private equity que par les introductions en Bourse. Mais il faut aussi comptabiliser les émissions d'actions nouvelles ou les ventes par bloc d'actionnaires historiques des entreprises déjà cotées, par exemple auprès d'investisseurs institutionnels.

94 milliards levés en Bourse au premier semestre en Europe

Si on prend l'ensemble en compte, on arrive à 94 milliards d'euros levés par les entreprises cotées en Bourse au premier semestre de cette année en Europe, selon les calculs des analystes de Berenberg. Les introductions en Bourse représentent seulement un tiers du total (31,6 milliards d'euros). Le reste des fonds est notamment levés par le biais des ABO (pour "accelarated bookbuilds" ou "placements accélérés" qui correspondent à des placements de blocs de titre sur une durée limitée). Ces derniers pèsent environ 47% des montants levés (43,9 milliards d'euros), contre 19,7% pour l'émission de droits (pour 18,5 milliards d'euros) lorsque les sociétés déjà cotées offrent à leurs actionnaires la possibilité d'acheter de nouvelles actions avec une ristourne.

En face, le private equity et le venture capital pour des fonds basés en Europe, c'est près de 80 milliards d'euros levés sur la même période de janvier à juin, selon les données d'une étude de Prequin publiée en septembre.

Mais cet avantage pourrait ne pas durer. Car on est dans une situation assez exceptionnelle. "Avec la pandémie, les marchés avaient chuté en 2020 et de nombreuses introductions en Bourse ont été décalées en 2021. Il y a donc eu un effet de rattrapage. Ensuite, les indices boursiers affichent de belles performances, avec des multiples de valorisation plus intéressants pour les entreprises. La volatilité (VIX) est aussi plus faible sur les marchés cette année, ce qui est généralement propice aux introductions en Bourse", explique Fabian de Smet, responsable de la division Investment Banking en Europe chez Berenberg.

D'ailleurs, Berenberg enregistre 80 nouvelles sociétés cotées en Europe au premier semestre. C'est environ quatre fois plus que sur la même période en 2020 (18) et même 2019 (26). Il y a eu un effet de rattrapage. Il ne serait donc pas étonnant que le nombre d'introductions en Bourse marque le pas dans les mois à venir, et que les fonds levés via le private equity dépassent en fin d'année ou l'an prochain ceux levés en Bourse.

Un marché qui croît rapidement mais reste marginal face à la Bourse

En termes d'actifs portés en Bourse ou en private equity, il n'y a en revanche pas de match. Le private equity reste un "nain" financier à côté de la Bourse. Certes, le marché du non coté croît beaucoup plus rapidement. Selon les calculs de la lettre Vernimmen publiés en 2020, depuis 2002, le marché du private equity augmente deux fois plus rapidement que la capitalisation boursière mondiale.

Mais, toujours selon la lettre Vernimmen, les actifs gérés par le private equity représentent l'équivalent d'environ 8% de la capitalisation boursière mondiale.

En Europe, c'est légèrement moins. Selon les données de Prequin, les fonds européens de private equity et de venture capital géraient 866 milliards de dollars fin 2020 (soit 739 milliards d'euros). A titre de comparaison, l'Europe Stoxx 600 pesait 13.125 milliards d'euros de capitalisation boursière à fin août 2021, selon les dernières données de référence disponibles. Si on retraite ça de la hausse de l'indice sur la période (+17,2% de janvier à fin août), cela veut dire que la capitalisation boursière de l'Europe Stoxx 600 avoisinait les 11.200 milliards d'euros fin 2020. Avoisinait, car la composition de l'indice évolue au fil du temps mais cela permet d'avoir un ordre de grandeur fiable. Autrement dit, les actifs gérés par le private equity et le venture capital en Europe représentaient fin 2020 l'équivalent de près de 6,6% de la capitalisation boursière de l'Europe Stoxx 600.

Quoi qu'il en soit, le private equity séduit de plus en plus d'investisseurs particuliers attirés par les promesses d'une rentabilité plus élevée qu'en Bourse. Selon une étude de France Invest, le taux de rendement interne (TRI) net des acteurs français du capital-investissement s'élève à 11,7% (par an donc) depuis 15 ans. Pour le CAC 40, France Invest parvient à un TRI de 5,4% sur la période et de 6,9% pour l'immobilier. Selon notre palmarès BFM Bourse, sur une période plus resserrée de 5 ans, le CAC 40 affiche un rendement annuel moyen (dividendes compris, mais non réinvestis) de 8,96% par an entre 2016 et 2020.

De nombreuses façons d'investir

L'une des solutions pour investir en private equity, c'est de miser sur des groupes spécialisés qui sont tout simplement cotés en Bourse. On peut par exemple citer Tikehau Capital, Eurazeo ou encore IDI.

Mais vous pouvez aussi investir dans le non coté par le biais de fonds d'épargne dédiés. Il y a les fonds communs de placement à risque (FCPR), les fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) ou encore les fonds d'investissement de proximité (FIP). Vous pouvez également en mettre dans votre assurance-vie ou via votre plan épargne retraite.

Bpifrance avait même proposé aux particuliers, avec un ticket d'entrée à 5000 euros, d'investir dans un fonds dédié au private equity, via un portefeuille très large de start-ups et de PME françaises. Le succès a été au rendez-vous et la collecte est désormais fermée. Mais Bpifrance devrait lancer un deuxième fonds de ce type en 2022. On rappellera que le risque de pertes étant plus important, il convient de ne pas investir une trop grosse partie de son épargne financière dans le private equity (par exemple pas plus de 10%).

Jean-Louis Dell'Oro - ©2021 BFM Bourse
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