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L'appel de la BCE à des rapprochements entre banques européennes sera-t-il suivi d'effet ?

samedi 18 septembre 2021 à 12h00

(BFM Bourse) - La Banque Centrale Européenne appelle à une intégration bancaire plus poussée en Europe, invitant les banques intéressées par des rapprochements transfrontaliers à solliciter l'institution pour faciliter leur mise en place. Mais peu d'acteurs sont en réalité en quête de taille critique, la tendance étant plutôt à chercher à développer de nouveaux services dans l'univers numérique.

Dans beaucoup de marchés, le régulateur européen tend à considérer avec réserve les grandes fusions-acquisitions aboutissant à des acteurs encore plus puissants, au risque de pénaliser le consommateur. Dans le domaine bancaire, le superviseur milite au contraire pour une intégration plus poussée à l'échelon européen, autrement dit des rapprochements entre acteurs nationaux. L'idée est de donner naissance à des banques paneuropéennes, mieux capitalisées, donc plus à même de résister aux crises.

Dans un discours tenu le 9 septembre dernier à l'Eurofi Financial Forum, le président du conseil de surveillance prudentielle de la Banque Centrale Européenne, Andrea Enria, a de nouveau souligné "l'urgente nécessité d'avancées dans l'intégration bancaire" en zone euro. L'économiste italien à évoqué des leviers d'action concrets pour essayer d'avancer en ce sens, en dépit d'un cadre institutionnel largement "incomplet", l'Eurogroupe ayant encore récemment échoué à établir une feuille de route communément acceptée. Beaucoup de services bancaires restent de facto organisés à l'échelon national et non européen.

Andrea Enria a notamment rappelé que l'essentiel des progrès en matière d'intégration accomplis depuis la création de l'Union économique et monétaire ont été détricotés à la suite de la grande crise financière, les mesures adoptées par les différents gouvernements ayant en fait souvent poussé les banques à rapatrier les actifs détenus dans les filiales des autres États-membres, sans que l'établissement en 2013 du Mécanisme de surveillance unique (identifié comme le premier pilier de l'intégration) n'améliore vraiment les choses.

Pour le président du conseil de surveillance prudentielle, il n'est plus permis d'attendre la finalisation des trois piliers "Nous avons urgemment besoin d'un secteur bancaire intégré dans la zone euro. Et compte tenu de la délicate mission que le secteur bancaire doit remplir afin de soutenir une reprise robuste par rapport à la crise pandémique, la question est encore plus urgente que par le passé".

Les arguments en faveur de davantage d'intégration précèdent la pandémie, observe Sam Theodore, analyste du secteur pour l'agence de notation Scope. D'une part, il faut que les établissements européens atteignent une assise et une taille suffisante pour espérer être compétitif par rapport à des banques issues de marchés structurellement plus efficients, comme les Etats-Unis. D'autre part, la mutualisation des risques à l'échelle de groupes multinationaux permettrait d'atténuer les chocs financiers (rendant le secteur moins dépendant de l'intervention publique).

Andrea Enria s'est concentré dans son discours sur les obstacles que créé un cadre règlementaire inachevé, notamment les freins aux transferts de capitaux et de liquidités intragroupes (entre filiales de différents pays membres) et suggéré des remèdes (recours à des branches plutôt que des filiales, utilisation des possibilités du statut de Societas Europaea...). Il a terminé en invitant les banques envisageant des fusions-acquisitions transfrontalières à venir directement en parler avec la BCE afin d'aplanir les difficultés, ce qui témoigne du volontarisme de l'institution pour faire bouger les choses.

Mais si la volonté du régulateur à encourager de telles opérations est parfaitement logique, Sam Theodore estime que le peu d'initiatives en ce sens de la part des acteurs bancaires découle moins des imperfections du cadre institutionnel que des nécessités liées à l'avènement du numérique.

Aux yeux de l'analyste, l'argument de la taille n'est que partiellement pertinent: il est effectivement valable dans l'univers de la banque de financement et d'investissement, où le fait d'occuper une position importante, de disposer de ressources et d'expertises globalisées, permet effectivement de peser face à des concurrents tels que les grandes banques américaines. Encore seuls une poignée d'établissements européens (BNP Paribas, Société Générale, Deutsche Bank et Crédit Agricole) ont-ils réellement des ambitions à cette échelle, les autres, espagnols, néerlandais, italiens ou nordiques -aussi solides financièrement soient-ils- cherchant moins à se positionner sur les très grandes transactions, ce qui peut s'entendre vu les risques associés.

Mais dans la banque de détail et la banque commerciale, où le terrain de jeu reste découpé en marchés nationaux, l'effet de taille globale joue finalement peu. Si les banques cherchent à grandir dans ce domaine, c'est plutôt pour se développer dans l'univers numérique, les services de paiement, "l'open banking" etc. plutôt que pour ajouter un vieillissant réseau national à un autre vieillissant réseau national, indique Sam Theodore.

Autrement dit, l'argument d'une intégration bancaire plus poussée en Europe notamment pour mieux prévenir des risques asymétriques apparaît tout à fait valide - mais les réalités socio-politiques font qu'il est peu probable de le voir se concrétiser pour le moment.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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