Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

De plus en plus de sociétés seraient fragilisées par une remontée des taux

dimanche 5 mai 2019 à 08h00
La catégorie BBB est devenue la reine du marché obligataire

(BFM Bourse) - Au sein des entreprises, les émetteurs de dettes classés BBB, soit juste au-dessus des "obligations pourries", ont énormément grossi par rapport aux catégories mieux notées. Un facteur de risque intrinsèque en cas de retournement économique, selon l'agence de notation Standard & Poor's.

C'est une évolution de longue haleine du marché du crédit difficile à percevoir d'un trimestre à l'autre, mais qui donne à réfléchir... Il s'agit de l'essor de la catégorie des entreprises notées BBB, soit le dernier cran de la catégorie réputée digne d'investissement ("investment grade") avant les "obligations pourries" (ou junk bonds, considérées comme des investissements spéculatifs voire risqués). Dans les années 1990, les triple-B constituaient un ensemble presque secondaire, comptant moins d'émetteurs que la catégorie A ou AA prises individuellement, rappelle S&P Global Ratings. Or aujourd'hui, les émetteurs BBB représentent la majorité (52%) de toutes les entreprises en catégorie d'investissement, contre moins de 25% en 1991...

Cette évolution découle d'abord de la baisse des taux d'intérêt -le rendement moyen d'une obligation BBB est aujourd'hui de 4,3%, deux points en-deçà du niveau de 2007- ce qui accroît l'appétit pour le risque... et entraîne une détérioration tendancielle de la qualité du crédit, amenant notamment les entreprises cotées à adopter des politiques financières plus agressives en cherchant à doper la rémunération de leurs actionnaires.

2200 milliards d'euros de dettes BBB

Au fil du temps, bon nombre d'émetteurs obligataires mieux classés (BB, B, A, mais aussi quelques AA et triple-A -qu'on surnomme les "anges déchus"- sont tombés d'un ou plusieurs crans jusqu'en BBB, avec inversement quelques émetteurs spéculatifs, mais significativement moins nombreux, accédant à ce niveau minimal de la catégorie d'investissement.

Rien que dans la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient, S&P Global Ratings estime que le montant total des dettes BBB en circulation a bondi de 80% depuis 2007, pour atteindre 2200 milliards d'euros - dont 1500 milliard d'émetteurs dégradés à ce niveau.

Un marché très concentré

Dans quelle mesure faut-il s'inquiéter de voir ainsi pulluler les titres de dettes les moins robustes ? Si une récession ou un retournement du marché du crédit entraînait une dégradation supplémentaire pour une grande partie des BBB, une partie des gérants pourraient être obligés de se défaire des titres pour respecter leur mandat, et les catégories inférieures B ou CCC auraient quant à elle encore plus de mal à se financer. Au vu de la dernière crise, près de 250 milliards d'euros de dettes d'entreprises européennes triple-B seraient ainsi menacés. Toutefois, il ne s'agit pas du scénario central de S&P du moins d'ici une à deux années, et ce montant (10% du stock de dette BBB) apparaît quoi qu'il en soit gérable à l'échelle de l'ensemble du marché du crédit.

L'agence de notation reconnaît que le marché de la dette BBB est très concentré. Une vingtaine d'émetteurs représentent à eux seuls 40% du stock. Volkswagen est le plus gros d'entre eux (191 milliards d'euros de dette), suivi de Deutsche Telekom, Telefonica, Renault, BAT, Enel, Atlantia, Vodafone, Gazprom, Bayer, Orange, Iberdrola, Gelncore, AerCap, CNH Industrial, Allergan, Vonovia, Freesenius SE et Innogy. La dégradation d'un de ces gros émetteurs poserait un risque plus important, reconnaît Standard & Poor's.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+333.20 % vs -2.80 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat