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Comment un fondateur évincé de la Compagnie des Indes imagina la première vente à découvert

samedi 14 septembre 2019 à 12h00
Première société cotée, la VOC fut aussi la première ciblée par une vente à découvert

(BFM Bourse) - Fondée en 1602, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales régna pendant près de deux siècles sur le commerce international. Véritable multinationale avant l'heure, l'entreprise fut aussi la première à voir ses titres cotés sur un marché boursier... et à se défendre contre la première tentative de vente à découvert de l'histoire.

Instituée par les principaux représentants de la république des Provinces-Unies des Pays-Bas, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales a marqué l'histoire du capitalisme.

Certes, il ne s'agit pas de la plus ancienne des compagnies commerciales fondées par les puissances coloniales européennes. Sa fondation sur les bases de la Compagnie du Brabant intervient en 1602, soit un peu après la création de l'East India Company britannique (1600) et de la Compagnie des mers orientales (1601, précurseur de la Compagnie française des Indes orientales). Mais la compagnie néerlandaise -en version originale "Vereenigde Oostindische Compagnie" -VOC- a pris un ascendant sans précédent et, selon certains historiens, jamais égalé depuis si l'on considère son poids au sein de l'ensemble des échanges de l'époque. Jusqu'à être considérée comme un "Etat dans l'Etat", doté de ses propres forces armées, et de pouvoirs régaliens au sein des comptoirs qu'elle exploitait...

C'est d'abord grâce au commerce du poivre et des épices que la Compagnie néerlandaise des Indes orientales a prospéré. Des marchandises prisées pour masquer le goût des mets de l'époque, dont les conditions de conservation et de préparation laissaient à désirer par rapport à nos standards, mais également considérées comme des signes de richesse extérieure dans une société en plein enrichissement.

C'est aussi l'essor de la compagnie qui a donné lieu à la création d'une structures d'échange d'actions, alors que le principe de la Bourse s'appliquait jusqu'alors uniquement aux échanges de marchandises (plus proche en somme des marchés à terme de matières premières que des marchés d'actions). Et avec ces échanges, sont arrivées quasiment immédiatement la spéculation à la baisse et les tentatives de manipulation...

C'est un personnage nommé Isaac Le Maire qui est au cœur du tout premier exemple. D'origine wallonne, il s'installe avec sa famille dans les Provinces-Unies devenue indépendantes de la couronne espagnole, à Amsterdam où il réalise d'importantes affaires à l'échelon européen, avant de fonder la Compagnie du Brabant pour se positionner sur le commerce naissant avec l'Asie, dans le sillage du premier voyage de l'explorateur néerlandais Cornelis de Houtman.

Puis en 1602, un des principaux responsables politiques des Pays-Bas, Johan van Oldenbarnevelt (un artisan de la révolte contre l'Espagne et collaborateur du premier souverain, Guillaume 1er d'Orange-Nassau) favorise la création d'une société unique en fusionnant les différentes "start-up" créées les années précédentes. La VOC est ainsi instituée et réalise à cette occasion un appel public à l'épargne. En apportant ses actifs de la Compagnie du Brabant, la plus grosse d'entre elles, Le Maire obtient l'équivalent de 85.000 florins en actions de la nouvelle Compagnie néerlandaise des Indes, ce qui en fait le premier actionnaire.

En 1605, Isaac Le Maire est évincé de l'entreprise, pour des motifs pas forcément très claires aujourd'hui, vraisemblablement pour une forme d'abus de bien social. Avec interdiction d'opérer de près ou de loin en concurrence avec la Vereenigde Oostindische Compagnie - une quasi-condamnation à vie pour un marchand.

Le Maire conçut alors le projet de faire non seulement tomber la VOC de son piédestal, mais si possible en se remplissant les poches par la même occasion.

Il chercha des intermédiaires peu scrupuleux en leur demandant d'emprunter des actions de la VOC en promettant de les racheter au terme d'un délai donné, puis de disséminer des rumeurs sur le marché. "Nous avons entendu dire qu'un navire de la Compagnie a sombré au large du cap de Bonne-Espérance", "les Anglais sont en train de construire des dizaines de navires"... Avec l'espoir de faire descendre le prix, donc de pouvoir racheter et rembourser moins cher des titres empruntés plus haut.

Il faut dire que la société ne produisait pas de documents comptables, et prêtait donc facilement le flanc à toute rumeur.

Mais la Compagnie ne manqua pas de réagir. Pour montrer combien tout aller bien, la VOC annonça qu'elle allait verser à ses actionnaires une partie de ses ressources, sous forme d'un droit à aller se servir dans ses greniers à poivre ! D'une certaine façon, l'épisode aboutit aussi à la création du dividende (en nature).

Inaugurant un autre grand classique, la Compagnie alla... se plaindre en larmoyant aux autorités, invoquant le sort des petits porteurs ayant mis une partie de leurs économies dans le capital de la société.

Finalement, la Compagnie des Indes néerlandaise fut la plus forte. Le Maire s'exila et dû se contenter de faire le commerce de grains à petite échelle. Il mourut en 1624, à 66 ans, et fit ainsi graver son épitaphe :

Ci-gît Isaac Le Maire, marchand, qui durant ses affaires de par le monde, connu grande abondance, puis perdit, en trente ans, plus de 150.000 florins, puis mourut en chrétien le 20 septembre 1624".

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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