(BFM Bourse) - La matière première souffre encore ce vendredi.
Après son envolée, l'or se dirige-t-il vers une "liquidation de marché", c'est-à-dire une forte baisse?
Le métal précieux chute encore, en tout cas, ce vendredi 30 janvier, perdant 7,5% à 4.961,55 dollars l'once.
Selon Bloomberg, ce mouvement de baisse est à lier à des informations de presse rapport que Donald Trump s'apprête à nommer Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Kevin Warsh est un ancien gouverneur de la Fed. Ce banquier central avait déclaré en juillet qu'il pensait que le prochain président de l'institution américaine maintiendrait l'indépendance de l'institution américaine, en dépit des pressions politiques.
Par ailleurs, selon Bloombeg, Warsh est considéré comme un "faucon" en matière de politique monétaire. C'est-à-dire qu'il privilégie la maîtrise de l'inflation par rapport au plein emploi dans le mandat de la Fed, et est donc moins enclin à baisser les taux directeurs.
Donald Trump a fait savoir qu'il livrerait sa décision sur le nom du prochain président de la Fed, ce vendredi.
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Des effets mécaniques
Ces informations peuvent avoir des impacts sur l'or à plusieurs niveaux. Tout d'abord elles renforcent l'idée que la crédibilité de la Fed sera maintenue après mai et la fin du mandat du président de l'actuel président, Jerome Powell.
Les craintes d'une Fed qui serait très influencée par Donald Trump a largement contribué, l'an passé à malmener la confiance du marché dans les actifs américains, poussant les investisseurs à se réfugier sur l'or. Ce par crainte, notamment, d'une hausse de l'inflation provoquée par une politique monétaire trop accommodante.
Par ailleurs, les informations autour de la nomination de Warsh renforce le dollar, qui prend 0,4% face à l'euro ce vendredi. Or un dollar plus fort atténue l'attrait des matières premières libellés dans la devise américaine, comme l'or. Car elle rend l'or moins attractif pour les investisseurs n'est pas le biller vert, toutes choses égales par ailleurs.
Par ailleurs, avec Kevin Warsh, le marché peut anticiper moins de baisses de taux de la part de la Fed;
Ce qui mécaniquement peut peser sur l'or. Pour rappel, des taux plus bas ont tendance à soutenir l’or. Contrairement aux actions (avec des dividendes) et aux obligations (avec des coupons), l'or ne produit pas de revenus. Son cours est en conséquence aidé par une baisse des taux d'intérêt, car il devient alors de plus en plus intéressant d'investir son argent dans de l'or plutôt que de le placer.
Des mouvements chaotiques
Si les informations autour de la nomination de Warsh a été le déclencheur, une correction était attendue depuis longtemps, a déclaré à Bloomberg Christopher Wong; stratégiste chez Oversea-Chinese Banking Corp. "C'est comme l'une de ces excuses que les marchés attendent pour mettre fin à ces mouvements paraboliques", a-t-il ajouté.
"Les investisseurs cherchent à réaliser des bénéfices", explique de son côté à l'AFP Aarin Chiekrie, analyste chez Hargreaves Lansdown, après un record du métal jaune à plus de 5.595,47 dollars l'once jeudi.
Au-delà de l'or, l'argent plonge également ce vendredi, repassant sous les 100 dollars l'once.
L'or a enregistré un méga-rallye qui l'a vu gagner 64,6% en 2025 et plus de 25% depuis le début de l'année.
Cette hausse très violente a toutefois été suivie d'une sorte de "krach éclair" sur l'or, jeudi. En quelques minutes, la matière première a perdu 8% avant d'effacer progressivement ces pertes.
Selon Phil Streible, stratégiste en chef chez Blue Line Futures cité par Bloomberg, la chute des marchés actions avait entraîné une liquidation d'autres actifs, notamment les métaux précieux (dont l'or) et industriels. "Il semble que nous ayons atteint un pic d'euphorie", a-t-il déclaré.
Jeudi, les indices américains souffrent. Le S&P 500 abandonne 1% et le Nasdaq Composite cède 2%.
L'appétit pour le risque est plombé par les résultats de Microsoft. Le géant de Redmond a affiché une croissance insuffisante de sa division cloud, jetant le doute sur la pertinence des dépenses faramineuses des géants de la tech dans l'IA.
Lundi, Bank of America décortiquait les résultats de son enquête mensuelle réalisées auprès des gérants de fonds. La banque américaine remarquait qu'"acheter l'or" était le pari le boursier le plus "crowded", c'est-à-dire celui que tout le monde fait.
À la question, "quelle position boursière est la plus 'crowded', 51% des gérants interrogés répondaient "acheter l'or'", passant loin devant "acheter les Sept magnifiques de Wall Street" (27%). Le mois précédent, les taux étaient respectivement de 29% pour l'or et de 54% pour les Sept magnifiques.
