(BFM Bourse) - Le mois de septembre est traditionnellement le pire mois de l'année en Bourse, plus que celui d'octobre pourtant marqué par les grands krachs de la période moderne. Et compte tenu des nombreux grands rendez-vous qui sont à l'agenda, les investisseurs redoutent tout particulièrement ce neuvième mois de l'année en Bourse.
La Bourse et la saisonnalité. Et qui de mieux que Mark Twain, créateur des personnages de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, pour tourner au mieux en dérision ce phénomène. Selon le célèbre écrivain américain (qui avait lui-même réalisé un certain nombre d'investissements calamiteux), octobre est l'un des mois les plus dangereux pour jouer en Bourse, les autres mois risqués étant juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février.
Mais cette boutade masque un phénomène de saisonnalité tout à fait réel (et assez inexpliqué au regard de la théorie financière moderne, qui voudrait que les inefficiences du marché soient gommées au fil du temps) : non, tous les mois ne se valent pas en Bourse.
Le mois d'octobre est réputé pour être un mois assez calamiteux sur les marchés. Parmi les événements qui ont forgé la mauvaise réputation de ce dixième mois de l'année, on peut citer la panique bancaire américaine de 1907 (les mardi, jeudi puis lundi noirs de la crise de 1929) puis le "lundi noir" du krach de 1987, au cours duquel le Dow a connu sa plus forte chute journalière, abandonnant 22,6%.
Le mois d'août tient aussi une sulfureuse réputation de mois agité sur les marchés. Les volumes de transactions qui tendent à diminuer en août, car les traders et les investisseurs partent en vacances avant la fin de l'été. Cette désertion des opérateurs peut donc conduire à plus de volatilité.
Une réputation peu flatteuse qui se vérifie
Mais il existe un mois en particulier qui n'est clairement pas à l'avantage des investisseurs. Et ironiquement, il s'intercale entre les mois d'août et octobre : c'est bien évidemment le mois de septembre.
Septembre fournit historiquement le pire rendement moyen d'un mois pour le S&P 500 depuis 1928, avec une baisse de 1,1%, selon des données de Dow Jones Market Data. C'est aussi le seul de l’année à présenter une performance moyenne historiquement négative.
Et en ce début de mois de septembre, la question revient naturellement sur le devant de la scène. Le neuvième mois de l'année a débuté sur une note terne pour le CAC 40 qui a concédé du terrain sur les premiers jours de septembre (-1,46%). Aux Etats-Unis, la tendance est beaucoup plus positive.
Cette première semaine de septembre sur les places boursières mondiales semble pour l'instant donner un peu de crédit à la mauvaise réputation de ce mois de rentrée. En tout cas sur la place parisienne...
Les raisons de l'effet septembre
Parmi les raisons qui viennent expliquer cette sous-performance historique des indices pendant ce neuvième mois de l'année, John Plassard rappelle la saisonnalité de ce phénomène, avec des investisseurs modifiant leurs portefeuilles à la fin de l'été pour "encaisser".
Le spécialiste cite aussi des raisons fiscales pour les fonds communs de placement américains, ou "mutual funds" qui encaissent leurs avoirs pour récupérer leurs pertes fiscales, puisque ces établissements clôturent leur exercice fin septembre.
"Lorsque la saison automnale commence et que ces investisseurs en vacances retournent au travail, ils abandonnent les positions qu'ils avaient l'intention de vendre. Dans ce cas, le marché subit une pression de vente accrue et, par conséquent, une baisse générale", fait-il aussi valoir.
"À cela s’ajoute une dimension comportementale, lorsqu’un phénomène saisonnier devient largement connu, les investisseurs peuvent finir par l’alimenter eux-mêmes en réduisant leur exposition par anticipation", complète Antoine Fraysse-Soulier.
Un mois à risque, vraiment?
Pour Antoine Fraysse-Soulier, le contexte rend ce mois de septembre 2026 particulièrement intéressant.
Cette période sera d'autant plus intéressante à suivre dans la mesure où les investisseurs prendront connaissance de la dernière réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne le 10 septembre, puis une semaine plus tard de celle de la Réserve fédérale américaine (Fed).
"Les marchés américains sortent d’une longue période de hausse et évoluent à proximité de leurs sommets historiques. Or les risques se sont multipliés. Le plus palpable actuellement est la remontée inexorable des taux obligataires souverains sur des plus hauts de vingt ans, conjugué au regain des tensions géopolitiques au Moyen-Orient avec en ligne de mire des interrogations autour de la politique monétaire américaine", remarque aussi Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour etoro.
Les marchés d'ailleurs ont pris connaissance vendredi de créations d'emplois aux Etats-Unis en août trois fois supérieures aux attentes. Des chiffres qui devrait encourager la Réserve fédérale à durcir sa politique monétaire. Mais les décisions concernant les taux d'intérêt dépendront désormais fortement des chiffres en matière d'inflation aux États-Unis, qui seront publiés, jeudi 11 septembre, soit une semaine avant la réunion de la Fed.
Mais faut-il vraiment avoir peur de ce mois de septembre ? Pour Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour etoro, réduire ce mois de septembre "à une simple anomalie statistique serait probablement une erreur". Surtout que les années passent sans pour autant se ressembler.
"Beaucoup affirment qu’il ne s’agit que d’une anomalie statistique qui a acquis une réputation propre. Un autre contre-argument courant est que le rendement moyen négatif du mois de septembre est largement dû à quelques chocs boursiers majeurs et à des périodes difficiles de l’histoire, notamment la Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale, la guerre du Vietnam et les crises pétrolières des années 1970", remarque de son côté Macrobond.
Antoine Fraysse-Soulier rappelle que le mois de septembre 2025 en est une parfaite illustration : le S&P 500 avait progressé de 3,5%, déjouant complètement le schéma historique. Le CAC 40 avait quant à lui gagné 2,5% sur l'ensemble du neuvième mois de l'année 2025.
Faut-il rendre les armes dès maintenant ? Pour Antoine Fraysse-Soulier, "le principal danger pour les investisseurs de long terme serait donc peut-être de vouloir anticiper une correction simplement parce que le calendrier affiche septembre. Les meilleures séances boursières surviennent souvent à proximité des plus mauvaises, et manquer quelques journées de forte hausse peut considérablement dégrader la performance à long terme".
"Septembre peut donc justifier davantage de vigilance, mais certainement pas une sortie automatique du marché. Cette année, ce seront surtout l’inflation, les taux, le pétrole et les résultats des entreprises qui détermineront la direction des indices", fait-il valoir.
Aussi cette anomalie statistique peut ouvrir des opportunités pour faire des achats à bon compte. Et donc de profiter de l'effet Halloween ou "Halloween effect" qui implique que la période de novembre à avril offre le plus fort potentiel de hausse sur les marchés financiers.
