par Liz Lee et Ethan Wang
PÉKIN, 20 mai (Reuters) - La Chine et la Russie ont condamné le projet militaire de défense "Golden Dome" de Donald Trump et la politique nucléaire "irresponsable" des Etats-Unis lors d'un sommet mercredi à Pékin entre le président chinois Xi Jinping et son homologue russe Vladimir Poutine, une semaine après la venue de Donald Trump dans la capitale chinoise.
Le communiqué commun, publié après le sommet, met en exergue que, même si le dirigeant chinois cherche à établir des relations stables et constructives avec son homologue américain, le point de vue de Xi Jinping diffère sensiblement de celui des Etats-Unis sur plusieurs points clés pour s'aligner avec celui de Moscou.
Pékin et Moscou accusent le projet de système d'interception de missiles "Golden Dome" de Donald Trump de menacer la stabilité stratégique mondiale et font porter à Washington la responsabilité de l'expiration du traité sur les armes nucléaires "New Start" entre les Etats-Unis et la Russie.
Le traité limitant l'arsenal nucléaire que les États-Unis et la Russie peuvent détenir a expiré en févier après que Donald Trump n'a pas répondu à une proposition russe de le prolonger d'un an. Certains responsables américains avançaient qu'une telle démarche aurait empêché les Etats-Unis de répondre à une extension du programme nucléaire chinois.
SEMAINE RICHE
Xi Jinping a mis un terme à une semaine riche sur le plan diplomatique lors de laquelle il a accueilli à Pékin son plus puissant rival stratégique et l'un de ses partenaires clés.
Face à un Donald Trump cherchant une issue au conflit contre l'Iran et un Vladimir Poutine enlisé dans sa guerre en Ukraine, ces deux rencontres ont concrétisé la place de Pékin sur la scène mondiale, fournissant à Xi Jinping une chance de se présenter en pilier de la stabilité internationale.
"Xi Jinping apparaît en effet en position de force face à Vladimir Poutine et Donald Trump. Les deux dirigeants sont empêtrés dans des conflits qu'ils ont créés et qui sont plus difficiles à résoudre que prévu initialement", estime Patricia Kim, spécialiste de politique internationale à la Brookings Institution à Washington.
"Xi, dans le même temps, s'est concentré sur le fait de renforcer la Chine sur le plan intérieur tout en projetant une image de grande puissance stable et confiante sur la scène mondiale."
Si le sommet avec le président américain consistait essentiellement à réduire les tensions, sa rencontre avec son homologue russe représentait un défi différent: faire progresser une relation que les deux parties ont déjà qualifiée de "sans limite".
Xi Jinping et Vladimir Poutine, qui se sont entretenus à plus de 40 reprises, ont scellé un partenariat renforcé lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022, une semaine avant l'invasion russe de l'Ukraine.
A l'unisson sur des sujets géopolitiques, les présidents chinois et russe se sont par ailleurs félicités des progrès accomplis dans les relations bilatérales entre leurs deux pays, mais Vladimir Poutine ne semble pas avoir obtenu de Xi Jinping l'accord qu'il espérait pour construire un nouveau gazoduc entre la Russie et la Chine.
HONNEURS MILITAIRES
Xi Jinping a accueilli le président Vladimir Poutine au Palais de l'Assemblée du Peuple avec les honneurs militaires, tandis que des enfants agitaient des drapeaux des deux pays.
Selon l'agence de presse Chine nouvelle, Xi Jinping a appelé Pékin et Moscou à se concentrer sur une stratégie à long terme et à promouvoir un système de gouvernance mondiale "plus juste et raisonnable".
"Les relations sino-russes ont atteint ce niveau parce que nous avons pu approfondir la confiance politique mutuelle et la coopération stratégique", a déclaré le président chinois au début de son entretien avec Vladimir Poutine.
Le président russe a insisté de son côté sur le fait que son pays était un fournisseur d'énergie fiable dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Dans leur communiqué commun, la Chine et la Russie ont présenté leurs projets de coopération dans un large éventail de domaines, allant de l'intelligence artificielle (IA) à la protection des tigres, des léopards et des pandas, espèces menacées.
Les deux puissances ont accusé les Etats-Unis et Israël de violer le droit international en attaquant l'Iran et ont exprimé leur "opposition résolue à l'hégémonisme et à l'unilatéralisme".
GAZODUC EN SUSPENS
Selon le Kremlin, Moscou et Pékin ont conclu un "accord de principe sur les paramètres" du projet de gazoduc Power of Siberia 2, en cours de discussions depuis plus de dix ans, même si aucun détail ni calendrier précis n'ont encore été convenus.
La Russie n'avait pas caché qu'elle espérait conclure de nouveaux accords énergétiques avec la Chine à l'occasion de la visite de Vladimir Poutine à Pékin.
Xi Jinping a bien présenté la coopération en matière d'énergie comme la "pierre angulaire" des relations sino-russes, mais il n'a pas mentionné le projet de gazoduc qui permettrait d'augmenter fortement les importations de gaz russe, alors que Pékin est déjà un gros acheteur de pétrole.
Lors de la dernière visite de Vladimir Poutine en septembre 2025, le géant gazier russe Gazprom avait déclaré que les deux parties s'étaient entendues pour poursuivre le projet de gazoduc Power of Siberia 2. La Chine n'avait fait aucun commentaire.
Des questions essentielles comme le prix du gaz restent en suspens et les négociations pourraient prendre des années. Et si la crise énergétique liée à la guerre en Iran place la Russie en position favorable, Pékin semble vouloir s'en tenir à sa stratégie de diversification des approvisionnements.
Alors que Xi Jinping et Vladimir Poutine entamaient leur entretien, le ministère chinois du Commerce a confirmé l'achat de 200 avions Boeing annoncé par Washington à la suite du sommet Trump-Xi, signalant ainsi la volonté de la Chine de stabiliser ses relations économiques et commerciales avec les États-Unis indépendamment de ses engagements envers la Russie.
(Reportage de Liz Lee et Ethan Wang à Pékin, avec la contribution de la rédaction de Pékin et de Vladimir Soldatkin à Moscou ; version française Tangi Salaün et Zhifan Liu, édité par Benoit Van Overstraeten)
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