30 janvier (Reuters) - Les marchés s'apprêtent à clôturer un mois de janvier difficile pour le dollar, qui s'achemine vers son pire début d'année depuis 2018, et la semaine prochaine s'annonce à nouveau riche en événements susceptibles d'aggraver les turbulences que traverse la devise américaine.
Au programme des prochains jours figurent les résultats de plusieurs mégacapitalisations, les données sur l'emploi aux États-Unis et une géopolitique tendue qui pourrait encore renforcer l'attrait de l'or.
Tout cela alors que la succession à la tête de la Réserve fédérale (Fed) semble se concrétiser : l'ancien gouverneur de la banque centrale Kevin Warsh se profile comme le candidat probable pour remplacer le président Jerome Powell lorsque son mandat expirera en mai.
Tour d'horizon des perspectives de marché dans les jours à venir :
1/ POLITIQUE FORTE, DOLLAR FAIBLE
Le dollar reste proche de son plus bas niveau depuis quatre ans, soulignant la détérioration continue du sentiment envers le billet vert, et sa faiblesse attire l'attention des banques centrales, des investisseurs et même de la Maison blanche.
Les politiques commerciales erratiques du président américain, ses confrontations géopolitiques multiples, y compris avec ses alliés européens, et ses attaques répétées visant la Fed ont ébranlé la confiance des investisseurs dans la devise.
Après les déclarations de Trump, qui a encouragé les baissiers en affirmant que la valeur de la monnaie était "excellente", le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a tenu à souligner que les États-Unis appliquaient une politique de dollar fort et n'intervenaient pas pour renforcer le yen.
L'ampleur et la rapidité des éventuelles nouvelles baisses du dollar pourraient constituer un défi pour les banques si les investisseurs agissaient immédiatement pour protéger leurs actifs américains contre une dépréciation de la monnaie.
Cela pourrait également contraindre les banques centrales de la zone euro et d'Asie à agir pour éviter une forte hausse de leurs devises qui pourrait freiner la croissance.
2/ FOCUS SUR L'EMPLOI ET LA TECH
Les investisseurs chercheront des signes d'amélioration du marché du travail américain dans le rapport mensuel sur l'emploi prévu vendredi prochain, tout en évaluant les perspectives de nouvelles baisses des taux par la banque centrale.
La Fed a évoqué les signes de stabilisation de l'emploi pour justifier le maintien de ses taux d'intérêt inchangés mercredi, marquant ainsi une pause après avoir assoupli sa politique monétaire fin 2025 en réponse justement aux craintes sur un affaiblissement du marché du travail.
Selon un sondage Reuters, l'emploi non agricole devrait avoir augmenté de 70.000 postes en janvier, après une hausse de 50.000 en décembre.
Une nouvelle vague de résultats financiers est également attendue, parmi lesquels ceux de deux des "Sept Magnifiques" de la "tech" américaine : Alphabet, la société mère de Google, et Amazon, qui vient par ailleurs de confirmer la suppression de 16.000 emplois.
3/ LES ANNÉES D'OR
Le rallye spectaculaire de l'or, valeur refuge par excellence, ainsi que de l'argent, du platine et du palladium, à des niveaux records, pourrait montrer certains signes de faiblesse.
Les anticipations d'un prochain président de la Fed plus "hawkish" ont fait reculer les cours de l'or depuis leur niveau record de près de 5.600 dollars atteint plus tôt cette semaine, mais cela ne devrait pas empêcher le métal jaune d'enregistrer son meilleur mois depuis 1980.
Et les facteurs susceptibles de renforcer encore davantage la valeur refuge ne manquent pas, parmi lesquels un ordre mondial fracturé, une éventuelle attaque américaine contre l'Iran, la chute du dollar, les inquiétudes concernant l'indépendance de la Fed ou la recrudescence des tensions commerciales.
Les données du Conseil mondial de l'or montrent que la demande pour le métal a atteint un niveau record en 2024, les inquiétudes géopolitiques et commerciales ayant déclenché une vague d'investissements.
Les prix exorbitants ont en revanche déjà affecté la demande de bijoux et, selon l'organisation, devraient freiner les achats des banques centrales.
4/ TENSIONS À TOKYO
Le marché obligataire japonais est confronté à deux tests clés, une adjudication de titres à 10 ans mardi, suivie d'une autre à 30 ans jeudi, avant l'élection législative anticipée de dimanche prochain, pour lesquelles la Première ministre et ses adversaires font campagne en faveur de mesures de relance élargies.
Les rendements des obligations japonaises ont grimpé en flèche, provoquant une onde de choc sur les marchés mondiaux de la dette, après que Sanae Takaichi l'a annoncé de l'élection et la promesse d'un moratoire de deux ans sur la taxe sur les produits alimentaires.
Le rendement de l'obligation à 10 ans a atteint son plus haut niveau en 27 ans, à 2,38%, et celui de son homologue à 30 ans a atteint un record de 3,88% le 20 janvier dernier, dans un contexte de craintes que les élections n'ouvrent la voie à de nouvelles mesures financées par la dette qui détérioreront encore davantage la santé budgétaire du Japon.
Les rendements se sont stabilisés depuis, tandis que le yen s'est redressé grâce aux rumeurs d'une intervention conjointe de Tokyo et Washington sur le marché des devises.
5/ UN PROBLÈME POUR L'EURO
La Banque centrale européenne (BCE) tiendra jeudi sa première réunion de 2026 et les investisseurs seront à l'affût de tout indice sur l'impact que pourrait avoir un euro plus fort sur la trajectoire des taux.
Le rendez-vous aurait pu prendre une tout autre tournure si Donald Trump avait imposé des droits de douane aux pays européens dans le but d'acheter le Groenland, mais son revirement rapide a permis d'éviter ce scénario.
Avec le billet vert sous pression depuis le début de l'année, l'euro a grimpé de 3% au cours des deux dernières semaines seulement, pour atteindre plus de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021.
Les responsables de Francfort surveillent cette appréciation avec prudence, alors qu'ils s'attendent à ce que l'inflation dans la zone euro soit inférieure à l'objectif de 2% cette année et l'année prochaine, et craignent déjà qu'une hausse de l'euro ne réduise encore davantage les prix.
Pour l'instant, la BCE devrait maintenir ses taux inchangés et les traders estiment qu'une nouvelle baisse n'est que légèrement plus probable d'ici l'été.
(Compilé par Amanda Cooper ; graphes de Prinz Magtulis ; version française Diana Mandia ; édité par Augustin Turpin)
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