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Marché : "La dynamique est en train de changer"... Les marchés émergents pourtant jugés moins sûrs, pourraient mieux résister aux chocs liés au conflit au Moyen-Orient

Aujourd'hui à 12:00
Les pays émergents vont mieux encaisser le choc du Moyen-Orient

(BFM Bourse) - L'éclatement de la guerre au Moyen-Orient a secoué les places boursières et les devises des pays émergents. Pour autant, certains observateurs de marché estiment que les économies émergentes disposent de fondamentaux qui renforcent leur attractivité en période de crise.

La fuite des capitaux hors des actifs risqués a secoué les marchés émergents depuis que la guerre a éclaté au Moyen-Orient, mais certains investisseurs font le pari que les fondamentaux économiques et la fragmentation géopolitique permettront une reprise.

Les bombardements par les États-Unis et Israël sur l'Iran ont entraîné pour les devises et les actions des marchés émergents leurs plus fortes pertes hebdomadaires en trois ans, tandis que les obligations ont également fortement chuté.

Le courtier JP Morgan a abaissé à "pondération en ligne", contre "surpondération", sa position sur les devises des marchés émergents et les obligations en monnaie locale, invoquant l'incertitude. Citi a également réduit de moitié son exposition aux devises des marchés émergents.

Mais les investisseurs chevronnés affirment que les économies émergentes, à moins de nouveaux chocs importants ou d'une hausse prolongée des prix de l'énergie, peuvent rebondir, les premiers signes de reprise étant d'ailleurs déjà visibles.

"Il y a des gens qui restent en retrait et qui attendent une correction du marché pour entrer ou pour augmenter leur niveau d'implication", a déclaré Cathy Hepworth, responsable de l'équipe chargée de la dette des marchés émergents chez PGIM Fixed Income.

Une simple pause?

Des actions aux obligations en passant par les devises, les marchés émergents avaient surpassé toutes les attentes jusqu'à cette semaine. Les flux vers ces classes d'actifs avaient explosé depuis que le président américain Donald Trump avait entamé son second mandat en janvier 2025.

Les pays émergents, menés par l'Arabie saoudite, le Mexique, la Turquie et la Pologne, ont émis un montant record de dette en janvier, les actions ont grimpé en flèche et les investisseurs en quête de rendement ont injecté des liquidités dans la dette en monnaie locale.

Cependant, les investisseurs avaient déjà averti que certains des capitaux "spéculatifs" provenant des fonds alternatifs et d'autres investisseurs non spécialisés pourraient rapidement se retirer si le marché venait à basculer.

C'est précisément ce qui s'est produit lorsque les États-Unis et Israël ont lancé samedi 28 février leur opération militaire en Iran, les investisseurs se réfugiant vers des actifs plus sûrs. L'indice du dollar américain a augmenté, tout comme l'indice de l'or, et les investisseurs se sont rués vers les liquidités, cherchant un refuge dans la tempête.

"Nous avons assisté à un choc important sur les marchés (...) et ce n'est pas fini, si les prix du pétrole continuent d'augmenter", a déclaré James Lord, responsable mondial de la stratégie devises et actions chez Morgan Stanley.

Les données ont montré que l'indice MSCI des actions des marchés émergents a perdu plus mille milliards de dollars en capitalisation boursière entre son pic du jeudi 26 février et la clôture de mercredi 4 mars.

L'une des baisses les plus notables a été celle de l'indice boursier coréen KOSPI, qui a perdu près de 20% entre mardi 3 et mercredi 4 mars, enregistrant ainsi sa plus forte chute jamais enregistrée.

Cet indice, fortement influencé par l'engouement pour l'IA et les puces électroniques, était le plus performant des marchés émergents.

"Il s'agit clairement d'une vente panique dans un certain sens", a déclaré Jonas Goltermann, économiste en chef adjoint chez Capital Economics.

Jeudi 5 mars, le Kospi a regagné du terrain, gagnant près de 10%, tout en continuant d'afficher une hausse de plus de 30% depuis le début de l'année.

L'Égypte et le Nigeria, une destination fiable pour les capitaux

Les investisseurs ont déclaré que les dernières années passées par de nombreux marchés émergents à consolider leurs finances et à renforcer la confiance dans leurs banques centrales pourraient également contribuer à leur attractivité pendant une crise prolongée.

Selon James Lord de chez Morgan Stanley, de nombreuses banques centrales ont adopté "une approche très prudente et crédible des cycles d'assouplissement", maîtrisant l'inflation et soutenant leurs devises par rapport au dollar.

L'Égypte et le Nigeria, pays d'où il était autrefois difficile de rapatrier des liquidités, ont réformé l'accès des investisseurs. Les sorties de capitaux observées ces derniers jours prouvent, selon certains, qu'ils constituent une destination fiable pour l'argent.

"Nous pensons que les fondamentaux des marchés émergents sont clairement solides pour résister à un choc exogène, tant que cela ne compromet pas la croissance mondiale", a déclaré Yvette Babb, gestionnaire de portefeuille chez William Blair.

Les prix du pétrole constituent la plus grande menace. Une période prolongée au-dessus de 100 dollars le baril pourrait faire grimper l'inflation mondiale, freiner la croissance et empêcher certaines banques centrales des marchés émergents de continuer à baisser leurs taux.

"La dynamique est en train de changer"

Toutefois, Elias A. Elias, gestionnaire de portefeuille chez Templeton Global Investments, a déclaré que les exportateurs de matières premières d'Amérique latine pourraient bénéficier de la hausse des prix, tandis que les valorisations moins élevées des actions des marchés émergents renforçaient plus largement leur attrait malgré les turbulences actuelles.

"Nous sommes très optimistes quant aux actions des marchés émergents en tant que classe d'actifs", a-t-il déclaré, ajoutant que les actions émergentes restaient à un niveau inférieur d'environ 28% à celui des marchés développés, avec des prévisions de croissance des bénéfices plus élevées.

La nature changeante des risques et des flux monétaires mondiaux pourrait également protéger les marchés émergents d'une ruée plus générale vers la sortie. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et ses changements en matière de droits de douane, de sanctions et de politique étrangère combative ont modifié la façon dont certains investisseurs calculent les risques.

En outre, l'augmentation des investissements "Sud-Sud", où les flux de trésorerie proviennent de sources telles que la richesse croissante de l'Asie ou les fonds souverains très fortunés du Golfe, a fourni un tampon à certaines économies, notamment à celles comme l'Égypte. Ces investisseurs sont moins susceptibles d'abandonner les marchés émergents.

"Aujourd'hui, des fonds et des capitaux excédentaires sont générés en Asie, et ils sont investis dans d'autres marchés", a déclaré Dhiraj Bajaj, responsable du crédit asiatique chez Lombard Odier. "La dynamique est en train de changer."

(Avec Reuters)

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