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Marché : Et si Donald Trump avait raison de critiquer la politique de la Fed?

Donald Trump critique vertement la politique de durcissement monétaire de Jerome Powell

(BFM Bourse) - Moins d'un an après avoir installé un nouveau patron à sa tête, le président américain s'emporte contre la Réserve fédérale. La très sérieuse banque centrale américaine lui semble "devenue dingue"... Et si, au-delà du vocabulaire utilisé, Trump avait raison ?

Dans les termes rustiques qu'il affectionne, le président des Etats-Unis n'a pas manqué de réagir vivement aux turbulences qui ont secoué les marchés cette semaine. Donald Trump a fait du Dow Jones l'un de ses indicateurs favoris de la santé économique du pays et une démonstration évidente que grâce à lui l'Amérique redevient décidément grandiose. Alors qu'il n'a pas manqué de célébrer chaque record des indices boursiers américains depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il lui aurait été difficile de de passer sous silence les récents remous. D'autant que son électorat est directement concerné : plus de la moitié de ses concitoyens détiennent des actions (54% à fin 2017 selon Gallup, que ce soit en direct ou via des fonds de placement).

D'un côté, le président américain a donc cherché à rassurer en affirmant que cette baisse était attendue et qu'une consolidation après tout n'est pas malvenue. Mais de l'autre, il a désigné un fauteur de trouble : la politique de durcissement monétaire de la Fed.

En théorie, la voie était toute tracée pour la Fed

Fin septembre, la banque centrale n'a guère eu de questions à se poser avant de donner un nouveau tour de vis (le troisième cette année), l'activité économique et le marché de l'emploi ayant continué à progresser depuis sa précédente réunion. Avec un taux de croissance annualisé de plus de 4%, un taux de chômage au plus bas depuis des années à 3,9% et un moral des ménages quasi euphorique, peu de banquiers centraux auraient hésité à poursuivre un mouvement de hausse de taux déjà bien entamé. Janet Yellen (à qui Trump a préféré Jerome Powell l'an dernier), avait démarré le cycle dès 2015.

Au total, huit hausses de taux ont eu lieu depuis. Désormais compris entre 2% et 2,25%, les principaux taux directeurs de l'institution restent même expansionnistes en termes réel, puisque un peu inférieur au taux de l'inflation, évalué à 2,3% en septembre sur douze mois. Mais le marché obligataire anticipe déjà bien davantage : le rendement du bon du Trésor à dix ans est monté jusqu'à plus de 3,2%, offrant une perspective de rémunération sans risque qui commence à diminuer sérieusement l'attrait des actions.

Donald Trump a lâché qu'il n'entendait pas remplacer "Jay" Powell, mais il a souligné que les taux étaient désormais tellement tendus que c'était à se demander si la Fed n'était pas "devenue folle"...

Et si Trump avait raison?

Solidarité entre grands argentiers oblige, la directrice du Fonds monétaire international a aussitôt souligné que loin de lui apparaître fou, Jerome Powell lui apparaissait comme extrêmement sérieux et consciencieux, tout comme les autres membres du comité de politique monétaire de la banque centrale US. Pourtant, Christine Lagarde a elle-même récemment attiré l'attention sur le fait qu'il serait dangereux que la Fed monte ses taux "pour voir" jusqu'à quel niveau il était possible d'aller et devoir ensuite revenir en arrière.

Au tournant de l'an 2000, Alan Greenspan s'était retrouvé dans ce cas de figure. Le président d'alors de la Fed avait au final perdu ses marges de manoeuvre vis-à-vis des marchés et du président George Bush. En effet, c'est lorsqu'une banque centrale n'a plus réellement le choix de ses options que sa politique monétaire perd de son crédit et de son efficacité.

Aux yeux de John Plassard, consultant pour Mirabaud Securities, Trump n’a donc "pas tout à fait tort"... Le stratège martèle depuis plusieurs années que le principal écueil qui pourrait enrayer l’expansion du cycle économique n’est autre qu’une erreur de politique monétaire "bien plus que les revendications de l'administration Trump concernant le protectionnisme". Une contraction trop rapide du bilan de la Réserve fédéral pourrait accentuer le ralentissement de la croissance du crédit aux États-Unis et ainsi limiter la croissance économique.

Jusqu'où aller?

La question du niveau à ne pas dépasser pour la Fed dans le resserrement du crédit est donc bel et bien cruciale pour la première économie mondiale, quels que soient les termes dans lesquels on pose le débat. Le dernier procès-verbal publié de la Réserve fédérale révèle d'ailleurs que ce débat existe au sein même de l'institution, même s'il n'a pas entraîné de vote dissident (le PV de la réunion de fin septembre publié mercredi prochain sera particulièrement scruté sous cet angle). La récente et rapide accélération des taux sur le marché obligataire montre qu'après l'avoir largement ignoré, les investisseurs prennent ce risque bien plus au sérieux désormais.

Pour autant, les piques de Donald Trump ne sont pas la meilleure attitude à adopter s'il veut encourager les gouverneurs de la Fed à rester accommodants le plus longtemps possible. En critiquant ses choix -ce dont les présidents s'abstiennent d'habitude- il pourrait pousser la Fed à adopter un biais un peu plus restrictif plus vite que prévu de façon à réaffirmer sa nécessaire indépendance...

Guillaume Bayre - ©2018 BFM Bourse
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