(BFM Bourse) - Galvanisées par la détente des tensions au Moyen-Orient, les actions européennes ont repris 10,5% au deuxième trimestre, la meilleure performance depuis 2020. Mais le potentiel pour la suite apparaît relativement limité.
Après avoir grandement souffert au mois de mars, avec l'éclatement de la crise au Moyen-Orient, les actions européennes sont reparties de plus belle au deuxième trimestre.
Le protocole d'accord noué au Moyen-Orient entre Téhéran et Washington pour cesser les hostilités a, sur cette période, apaisé les investisseurs et permis la réouverture du détroit d'Ormuz. UBS estimait début juillet que les chargements de brut et de produits raffinés dans la région Moyen-Orient représentent actuellement plus de 60% du total de leur niveau pré-guerre contre environ 30% il y a un mois.
"La réouverture du détroit d'Ormuz se déroule jusqu'à présent sans heurts et selon le calendrier prévu", remarque la banque suisse.
En conséquence, les cours du pétrole ont fondu. Le baril de Brent est tombé en-dessous de 72 dollars le baril à la fin du trimestre, un niveau inférieur à celui qui précédait l'éclatement de la guerre au Moyen-Orient. Les risques de "stagflation" - une croissance anémique couplée à une accélération des prix - qui avaient épouvanté le marché se sont, eux, grandement atténués.
L'inflation sous-jacente se rapproche d'ailleurs du niveau de 2% visé par la Banque centrale européenne (BCE), avec une une hausse de 2,4% en juin en zone euro contre 2,6% en mai.
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Neuf valeurs font 47% des gains
Tout ceci a provoqué un fort rebond des marchés actions du Vieux Continent. "Les actions européennes ont clôturé le mois de juin en enregistrant leur meilleure performance trimestrielle depuis 2020, soutenues par l'engouement pour l'intelligence artificielle, la baisse des prix de l'énergie et l'atténuation des craintes concernant un cycle de resserrement monétaire agressif de la Banque centrale européenne", développe UBS.
Le CAC 40 s'est adjugé 7,5% au deuxième trimestre et, plus largement, l'indice MSCI Europe a pris 10,5% sur la période, la meilleure performance trimestrielle des actions du Vieux continent depuis 2020.
Ce qui reste toutefois moins que les 15,2% du S&P 500, l'indice phare de la Bourse de New York, propulsé par l'enthousiasme autour de certaines valeurs liées à l'intelligence artificielle (IA), comme le groupe de semi-conducteurs Micron (+135% sur trois mois) ou Intel.
L'Europe a également été portée par ce compartiment. L'indice Stoxx Europe Total Market Semiconductors, un indice paneuropéen qui regroupe les grands noms européens cotés des producteurs de puces, a pris 97% au deuxième trimestre.
Au-delà des semi-conducteurs, Bloomberg remarque que neuf gagnants de l'IA (ASML, Infineon, ASM International, ABB, Siemens, Siemens Energy, Schneider Electric, Nokia et STMicroelectronics) ont représenté pour près de la moitié (47%) des gains du Stoxx Europe 600 de 2026.
"Priced for perfection"
Est-ce que ce rebond du deuxième trimestre peut se prolonger et porter les indices européens à des altitudes insoupçonnées? Les bureaux d'études se montrent prudents.
Bank of America a une opinion négative sur l'évolution des actions européennes.
"Les valorisations optimistes, qui se traduisent par des primes de risque extrêmement faibles, restent vulnérables aux incertitudes liées à l'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran et au retour rapide prévu de l'offre de pétrole", ainsi qu'à un affaiblissement de l'économie américaine ou de perspectives de bénéfices moins belles qu'espéré, développe américaine.
Cités par Bloomberg, les stratégistes de la banque américaine expliquent que les marchés européens restent "priced for perfections", c'est-à-dire qu'ils évoluent à "des prix à hauteur de perfection".
Preuve que Bank of America marque un point sur la vulnérabilité des actions européennes, les indices du Vieux Continent ont souffert mardi après que Donald Trump a acté la fin du cessez-le-feu avec l'Iran. Le CAC 40, à titre d'exemple, a chuté de 2,18%.
"Les résultats du deuxième trimestre seront déterminants pour ramener l'évolution des cours à la réalité des fondamentaux. Pour l'instant, le regain d'intérêt pour la diversification profite à l'Europe, où la baisse des prix du pétrole et les réformes favorables à la croissance en Allemagne ravivent l'optimisme", observent pour leur part les stratégistes de Barclays.
Deutsche Bank table sur un Stoxx Europe 600, un indice paneuropéen, à 670 à la fin de l'année, contre 649 actuellement, ce qui laisse un potentiel d'appréciation, limité, de 3%. Pour le CAC 40, la banque allemande table sur 8.630 points contre 8.323,99 points présentement, soit près de 3,7%. En comparaison, elle voit le S&P monter à 8.000 points fin 2026, contre 7.550 points à l'heure actuelle, ce qui traduit un potentiel de 6%.
Un potentiel modeste?
La grande force des marchés américains reste la dynamique des bénéfices des entreprises cotées, portées par là encore l'essor de l'intelligence artificielle.
Pour le deuxième trimestre, Deutsche Bank table sur une hausse des bénéfices par actions sur un an de 30% aux États-Unis contre 14% pour l'Europe, un chiffre certes élevé mais qui sera avant tout tiré par les entreprises pétrolières et gazières qui auront bénéficié d'un niveau élevé de prix sur la période.
UBS, pour sa part, affiche une opinion à "neutre" sur les actions européennes, jugeant que le rallye boursier des semi-conducteurs et des valeurs IA en Europe a mangé son pain blanc.
Barclays se montre constructive et souligne que les actions européennes intègrent encore un certain degré de pessimisme.
"La vigueur du dollar, les inquiétudes persistantes concernant la compétitivité et le manque perçu de dynamisme en matière de réformes structurelles ont incité de nombreux investisseurs 'long only' (qui ne se positionne qu'à l'achat, NDLR) à rester sur la touche, tandis que la tendance liée à l’exceptionnalisme américain domine. Toutefois, selon nous, le contexte devient progressivement plus favorable à l’Europe", argue la banque britannique.
Barclays explique notamment que les réformes en Allemagne sont en train d'afficher des signes de progrès, la coalition gouvernementale annonçant des mesures sur les retraites, le marché du travail et la fiscalité.
"Dans l'ensemble, nous estimons que le regain d'intérêt pour la diversification, conjugué à la diminution du risque de stagflation et à un seuil moins élevé pour les surprises positives en Allemagne, améliore le rapport risque/rendement sur le plan tactique", pour les actions européennes.
Peut-être que les investisseurs doivent davantage se positionner sur certains secteurs pour chercher les poches de valeurs.
Le luxe comme moteur de la poursuite du rebond
UBS estime que le rallye européen peut se diffuser à certains compartiments. La banque suisse évoque plus spécifiquement la "consommation discrétionnaire" qui inclut surtout le luxe.
"Les dépenses dans le secteur du luxe devraient rebondir en 2026 après deux années d'ajustement, portées par la nouveauté, la hausse des volumes et la résilience des consommateurs haut de gamme, même si la reprise n'en est encore qu'à ses débuts et pourrait prendre du temps. Le marché américain continue d'afficher de bons résultats grâce aux effets de richesse, la Chine montre des signes de stabilisation et la consommation intérieure en Europe reste solide", développe la banque suisse.
Barclays, de son côté, a justement relevé son opinion à "surpondérer" sur le luxe européen, notamment parce que les effets de changes se stabilisent alors que le secteur est très sensible aux variations des devises.
Au-delà du luxe, en Allemagne "nous continuons à identifier des opportunités ciblées parmi les entreprises présentant des fondamentaux solides et exposées aux secteurs de la défense, de l'intelligence artificielle, de la transition énergétique et de l'automatisation", souligne encore UBS.
Deutsche Bank, pour sa part, se montre optimiste sur plusieurs secteurs, dont l'immobilier, a construction, les banques, les logiciels ou encore l'automobile.
"L'Europe offre de nombreuses perspectives en matière de diversification, d'amélioration des fondamentaux et d'augmentation structurelle de la dispersion des cours", jugent de leurs côtés les stratégistes de Morgan Stanley, cités par Morgan Bloomberg.
Ces derniers recommandent d'augmenter l'allocation aux banques, tout en soulignant que la sélectivité est essentielle dans les autres secteurs. Parmi leurs principales recommandations figurent Airbus, Saint-Gobain, Inditex, Richemont, AstraZeneca et British American Tobacco.
