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Marché : Après un creux depuis huit ans, les rachats d'actions pourraient repartir en fin d'année

samedi 26 septembre 2020 à 08h00
Les buybacks ont marqué une pause mais devraient rebondir en fin d'année

(BFM Bourse) - Considérés comme contribuant habituellement à 20% de la performance du marché américain, les rachats par les groupes cotés de leurs propres actions ont ralenti au deuxième trimestre au rythme le plus faible depuis 2012. Mais l'approche de la fin d'année pourrait relancer la mécanique, et les marchés avec...

Tombés à un plancher depuis le premier trimestre 2012 en montant, et même depuis le premier trimestre 2009 en pourcentage de la valeur du marché, les rachats d'actions, ou "buybacks", effectués par les groupes cotés du S&P 500 se sont établis à 88,6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2020. Soit une baisse de 47% par rapport au deuxième trimestre 2019 (165,4 milliards) et de 54% par rapport au premier trimestre 2020 (198,7 milliards).

"L’une des raisons de cette baisse est que les entreprises qui ont bénéficié de fonds de sauvetage fédéraux doivent suivre une règle selon laquelle elles ne peuvent pas racheter d'actions jusqu'à douze mois après le remboursement de l’emprunt. Les compagnies aériennes ont ainsi logiquement suspendu leurs rachats d'actions" explique John Plassard, directeur adjoint des investissements chez Mirabaud. Une mesure similaire a été prise en France, où le ministre de l'Économie et des finances Bruno Le Maire a affirmé fin mars dernier que les rachats d'actions -au même titre que le versement de dividendes- n'étaient pas compatibles avec le bénéfice du soutien de la trésorerie de l'État, faisant référence au chômage partiel auquel ont eu recours de nombreux groupes cotés.

Outre-Atlantiquie, "McDonald’s, 3M, Intel, Chevron, ConocoPhilips, Starbucks (qui avait pourtant maintenu jusqu’à mars son programme) ou encore Booking Holdings, on ne compte plus les entreprises et les secteurs qui ont suspendu leurs rachats d’actions" au deuxième trimestre, souligne John Plassard.

Parmi les autres facteurs qui justifient ce net repli observé au deuxième trimestre, le chef économiste de BNP Paribas William de Vijlder cite notamment "la détérioration des perspectives des entreprises niveau cash-flows et bénéfices, la révision à la baisse des perspectives de dividendes et la volonté des groupes de préserver leur trésorerie au cas où la conjoncture économique se détériore encore. Pour ceux qui émettaient de la dette pour financer ces rachats, la remontée des taux de la dette sur le marché obligataire a également rendu ces opérations plus onéreuses. Il y a enfin un élément psychologique en ce que cela aurait été mal vu de procéder à des rachats d’actions dans l’environnement actuel."

Augmenter son bénéfice par action, indicateur de référence outre-Atlantique

Mais pourquoi les groupes cotés rachètent leurs propres actions? Il y a principalement trois raisons derrière cette logique des "buybacks" relève William De Vijlder. "La première, c’est que cela se substitue au paiement des dividendes car les actionnaires peuvent être indifférents, voire même préférer les rachats d’actions au versement d’un dividende. La deuxième, c’est que les entreprises qui sont "cash-rich", plutôt que de distribuer ce cash aux actionnaires sous forme de dividendes, vont plutôt essayer d’influencer la variation de leur bénéfice par action". Cet indicateur est en effet le plus scruté par les analystes et investisseurs outre-Atlantique. "La dernière approche relève de l’ingénierie financière puisque ces rachats d’actions, qu’ils soient financés par de la trésorerie ou de l’émission de dette, entraînent une amélioration de la rentabilité des capitaux propres (tant que le coût de l’endettement est inférieur à la rentabilité économique)."

Si le phénomène "existe depuis très longtemps", il a réellement commencé à prendre de l'ampleur au début des années 1990, avant d'exploser au cours des dix dernières années. Les entreprises cotées au S&P 500 y consacraient 43% de leurs bénéfices en 2010, une proportion qui a ensuite grimpé à 65% en 2016, puis 72,9% sur les douze derniers mois à fin mars 2020 (soit 823 milliards sur 1.129 de bénéfices) avant de revenir à 60,4% au deuxième trimestre 2020, selon les premières estimations de Howard Silverblatt, analyste chez S&P Global Indices.

Certains groupes cotés y engloutissent des sommes faramineuses, la palme revenant à Apple avec pas moins de 378 milliards de dollars consacrés à ces buybacks sur les 10 dernières années. Selon les chiffres du S&P Dow Jones Indices, en rachetant pour 17,5 milliards (de $) de ses propres actions au deuxième trimestre 2020, le fabricant d'iPhone a désormais effectué 14 des 20 plus gros buybacks trimestriels de l'histoire, et neuf des dix plus gros avec un record à 23,8 milliards au premier trimestre 2019.

Catalyseur des marchés en fin d'année

Le reflux de ces opérations observé au deuxième trimestre 2019 "pourrait bientôt prendre fin et, en trame de fond, dynamiser les cours de plusieurs entreprises" avance John Plassard, qui cite une étude du S&P Dow Jones Indices. Celle-ci estime que les rachats d’actions sont généralement responsables de 20% de la performance des marchés. Cette estimation se vérifie historiquement: "Entre 2010 et 2019, on estime que le phénomène des rachats d’actions a représenté l’équivalent de plus de 2,7% du PIB aux États-Unis contre 2% du PIB au cours de la période 1984-1990, 1% du PIB entre 1994-2000 et 3,1% du PIB entre 2004-2008. Chacune de ces périodes a coïncidé avec une expansion prolongée du cycle économique."

"Trois raisons majeures" incitent l'expert à anticiper un retour en force des buybacks au cours des prochaines semaines. Par précaution dans un environnement économique plus qu'incertain, "on estime que les membres du S&P 500 ont augmenté leurs avoirs en liquidités de 33,5% au premier semestre", ce qui constitue "la plus forte hausse sur deux trimestres depuis le premier semestre 2003" souligne-t-il. Si "a réduction des rachats d'actions est en grande partie responsable de cette croissance", ces montagnes de liquidités sont désormais prêtes à être déversées sur le marché.

Deuxième élément qui plaide pour un rebond des rachats d'actions en fin d'année : le fait que la majorité des groupes cotés au S&P ne peuvent actuellement pas réaliser ces opérations. "Comme à chaque fois que l’on approche de la période de la publication des résultats d’entreprises, une période de "black-out" va prendre place. Cette fois-ci elle est estimée pour le S&P 500 entre le 21 septembre et le 6 novembre prochain. Selon les estimations, 40% des entreprises du S&P 500 seront dans une période de black-out avant leurs bénéfices trimestriels, et 70% d'entre elles seront dans une période de black-out d'ici le 21 septembre" indique John Plassard. Ces périodes ont été instaurés pour décourager les entreprises de spéculer sur leur propres actions sur la base de résultats non encore communiqués au marché. Ainsi pendant les cinq semaines qui précèdent la publication de résultats trimestriels, et les 48 heures qui les suivent, les rachats d'actions sont interdits. C'est donc à compter du 6 novembre prochain que le gros de ces opérations sera de nouveau autorisé.

Enfin, et c'est plus hypothétique, une réélection de Donald Trump pourrait également avoir un effet positif sur ces opérations. Explications, par John Plassard : "La réforme fiscale américaine de Trump fin 2017 a été pour beaucoup dans le phénomène des rachats d’actions. Celle-ci, rappelons-le, a notamment abaissé l’impôt sur les sociétés de 35% à 21% et permis aux multinationales de rapatrier les liquidités détenues à l’étranger à un taux préférentiel". Neuf mois après cette réforme, "il semblerait que la moitié des montants effectivement rapatriés ait été utilisée pour augmenter ou lancer des programmes de rachat d’actions, d’où leur augmentation". "Sur les douze mois qui ont suivi la réforme de Donald Trump, près de 45% des montants rachetés l’ont été par 20 entreprises, avec en trio de tête Apple, Oracle et JP Morgan" ajoute-t-il. Or, contrairement à Joe Biden, si l'actuel locataire de la Maison Blanche est réélu le 3 novembre prochain, "il pourrait "rapidement faire voter une nouvelle réforme fiscale qui pourrait ainsi à nouveau bénéficier au phénomène des rachats d’actions".

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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