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Marché : Annonciateur du Brexit dès 2015, Saxo Bank livre ses prévisions chocs pour 2020

dimanche 8 décembre 2019 à 11h00
Les 10

(BFM Bourse) - Comme chaque automne, la banque danoise Saxo Bank publie ses "10 outrageous predictions" pour l'année suivante, correspondant à des scénarios jugés peu probables mais que le marché ne devrait pas sous-estimer, tant leurs répercussions seraient importantes s'ils venaient à se concrétiser.

Formuler des prévisions économiques est un exercice pour le moins hasardeux, voire périlleux, "surtout lorsqu’elles concernent l’avenir", comme aurait dit Pierre Dac. De nombreux économistes s'y sont d'ailleurs brûlés les ailes, à l'image du célèbre Irving Fisher -notamment connu pour ses travaux sur les taux d'intérêt et la théorie du capital- qui avait assuré huit jours avant l'effondrement de Wall Street en octobre 1929 qu'un krach boursier était tout bonnement impossible... Cela n'empêche pas la banque danoise Saxo Bank de se prêter au jeu chaque année, en dévoilant une liste de dix scénarios peu probables mais pas impossibles, une manière d'alerter les marchés sur des risques ignorés ou pour le moins sous-estimés.

Les scénarios anticipés par Saxo Bank lors des précédentes éditions

Parmi ses principaux faits d'armes, Saxo Bank avait prédit dans son édition 2014 la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, même si les analystes de la banque danoise donnait UKIP (le parti de Nigel Farage) à 25% aux élections législatives, scénario dans lequel David Cameron était contrait de composer un gouvernement de coalition et d'appeler au référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne, et même si le référendum en question -qui a vu le camp du "leave" l'emporter avec 51,9% des suffrages- ne s'est tenu qu'en juin 2016.

Saxo Bank avait également vu juste en 2008, quand elle avait annoncé une chute de 25% du S&P par rapport à son sommet de 2007, ou encore en 2014, lorsque le baril de Brent était tombé à 80 dollars alors que celui-ci s'échangeait au-dessus des 100 dollars depuis janvier 2011. En 2017, les analystes de la banque danoise avaient également anticipé le bond du bitcoin et l'imaginait "tripler de valeur" pour passer de 700 à 2.100 dollars (il avait bouclé l'année 2017 à près de 20.000 dollars).

En ce qui concerne les 10 prévisions chocs pour 2019, aucune ne s'est vérifiée. De fait, si les responsables des relations publiques de Saxo Bank, joints par BFM Bourse, estiment que leurs analystes avaient vu juste par rapport à "l'Allemagne [qui] entre en récession", la première économie européenne y a en réalité échappé de justesse, son PIB ayant très légèrement progressé entre juillet et septembre (+ 0,1%) après s'être contracté au deuxième trimestre. Pour rappel, une récession technique est définie par les économistes comme deux trimestres consécutifs de contraction de l’activité.

Les 10 prévisions chocs pour 2020

Hausse des taux de la BCE, sortie de la Hongrie de l'Union européenne, mise en place d'une taxe "America First", effondrement de la Suède et de l'Afrique du Sud, ... le cru 2019 de Saxo Bank réserve encore quelques scénarios surprenants.

La Hongrie quitte l'UE

Lourdement critiqué pour sa gestion autocratique (répression des minorités, atteintes à la liberté de la presse, encadrement des intellectuels et des juges, etc.), le Premier ministre hongrois Viktor Orbán est dans le collimateur de l’UE. Et selon le chef économiste de Saxo Bank Steen Jakobsen, le fait que les députés européens aient activé l’article 7 des traités qui peut priver la Hongrie du droit de vote en tant qu’État membre de l’UE rend le divorce avec l'UE "de plus en plus probable". D'autant que, plus récemment, le gouvernement de Budapest a dû s’acquitter d’une lourde amende pour avoir détourné des fonds européens. L'économiste imagine donc la Hongrie suivre le Royaume-Uni et prendre des mesures en vue d'une sortie de l'UE d'ici fin 2020. Steen Jakobsen relève "l'ironie sans fin" de cette démarche, "une grande partie du succès économique de la Hongrie depuis 2004 provenant des transferts de capitaux de l'UE". Ceux-ci sont néanmoins amenés à baisser dans les prochaines années, ce qui pourrait également agir comme un détonateur pour Viktor Orbán...

La BCE relève ses taux

"Quand les taux d'intérêts négatifs ont été introduits sur les dépôts en zone euro (en 2014), l'objectif de la BCE était de contraindre les banques commerciales à aller chercher du rendement ailleurs dans le but de stimuler l'investissement productif pour, in fine, améliorer la productivité et soutenir la croissance" relève Christopher Dembik, responsable de la recherche macro de Saxo Bank. Sauf que cela ne s'est pas vraiment passé comme ça, le canal de l'investissement n'ayant pas vraiment donné les résultats escomptés. L'économiste rappelle que les banques doivent toujours faire face à un environnement économique dégradé, avec des taux structurellement très bas donc mais aussi un renforcement de la réglementation avec l'entrée en vigueur de Bâle IV, une conjoncture qui pèse toujours un peu plus sur la rentabilité des banques commerciales.

Face à cette situation, Christopher Dembik imagine "la nouvelle présidente de la BCE, Christine Lagarde -qui a auparavant cautionné les taux négatifs- exécuter une volte-face et déclarer que la politique monétaire a dépassé ses limites". "Elle explique que le maintien durable des taux d’intérêt négatifs pourrait compromettre la solidité de l'ensemble du secteur européen et, pour inciter les gouvernements de la zone euro, et notamment l’Allemagne, à utiliser la politique fiscale pour stimuler l’économie, la BCE réoriente sa politique monétaire et relève ses taux le 23 janvier 2020" poursuit-il. Cette première hausse serait suivie d’une deuxième peu de temps après pour ramener le taux directeur à zéro, avant de le rétablir en territoire légèrement positif avant la fin de l’année. Trois hausses de taux qui feraient bondir l'Eurostoxx Bank de 30% en 2020.

Trump annonce une taxe America First

Parmi les autres scénarios envisagés par Saxo Bank, deux concernent le président américain. Le premier voit Donald Trump se faire balayer par les Démocrates qui accéderaient à la Maison blanche tout en prenant le contrôle des deux chambres du Congrès. La génération des "millennials" (âgés de 20 à 40 ans) et l’électorat féminin pourraient en effet massivement voter contre Donald Trump lors du scrutin présidentiel de novembre 2020, au point de permettre au camp démocrate de l'emporter "avec une avance confortable de 20 millions de voix" selon John Hardy, responsable de la stratégie de changes de la banque danoise. Avec ce scénario d'un raz-de-marée démocrate, le spectre du Medicare (système d'assurance-santé) refait surface et des négociations sont entamées pour faire baisser les prix des médicaments. Résultat, les actions des géants de la santé perdent la moitié de leur valeur.

John Barclay anticipe également un ralentissement de la croissance américaine en début d'année 2020 et, sur le front commercial, malgré une relative stabilité dans les relations commerciales avec Pékin grâce à une détente sur les sanctions douanières, sur la politique monétaire et les achats de produits agricoles américains par l'Empire du milieu. Sauf que, faute d'amélioration notable de la balance commerciale et soucieux de redorer son blason à l’approche du scrutin présidentiel, Donald Trump pourrait revenir à la charge en jouant sur la fibre nationaliste de son électorat via l'instauration d'une taxe "America First". Celle-ci prendrait la forme d'une TVA de 25% sur les produits fabriqués à l’étranger et serait donc destinée à promouvoir la production sur le sol américain pour inciter les multinationales américaines à relocaliser. Une évolution qui perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales et génère beaucoup d’inflation… avec, à la clé, un impact haussier sur les taux d’intérêt des Treasuries à 10 ans, qui grimperaient à 6% (contre environ 1,85% actuellement).

La Suède et de l'Afrique du Sud s'écroulent, l'énergie verte ne fait plus recette, etc.

Les économistes de Saxo Bank se penchent également sur le cas de l'Afrique du Sud, qui pourrait être plongé dans la tourmente à cause de la dette colossale (26 milliards d'euros) du géant sud-africain de l'électricité Eskom. Afin de préserver ce fleuron national et d’éviter des coupures d’électricité généralisées, le gouvernement sud-africain serait au chevet de la société, mais le coût du sauvetage dégraderait les finances publiques du pays, déjà guère reluisantes. Le déficit public s'alourdirait alors pour atteindre 6,5% et les créanciers rechigneraient à ouvrir de nouvelles lignes de crédit à Pretoria, faisant bondir la parité USDZAR (dollar / rand sud-africain) de 15 à 20.

Le modèle économique suédois pourrait également être remis en cause. Comme lorsque le pays est allé trop loin avec son système d'imposition progressive qui a entraîné l'effondrement de son économie au début des années 90, la Suède a peut-être cette fois atteint un tel degré de "politiquement correct" sur le front de l'immigration qu'une frange de la population en dénonce désormais les excès et les effets pervers. Jusque là totalement ignorés par les gouvernements au pouvoir, les 25% d'électeurs suédois anti-immigration pourraient faire entendre leur voix. D'autant que, faute d'avoir réussi à faire évoluer son modèle, la Suède fait désormais face à des services sociaux et communautaires débordés, une pénurie de logements et même à une augmentation des crimes violents. L'économie mondiale poursuivant son ralentissement, la Suède bascule alors en récession dès 2020.

Saxo Bank imagine par ailleurs une grave stagflation aux États-Unis, consécutive à une explosion du bilan de la Fed "au-delà de l’imagination", alimentant une poussée inflationniste et profitant aux valeurs de rendement, au détriment des valeurs de croissance.

En 2020, l'énergie verte n'aura plus la cote, selon Peter Garnry, responsable de la recherche actions chez Saxo Bank, qui voit le ratio entre l’ETF VDE (énergie fossile) et l’ETF ICLN (énergies renouvelables), augmenter de 7 à 12. Les perspectives du secteur des énergies fossiles devraient être meilleures l'année prochaine car l’Opep, tout comme les producteurs de gaz de schiste déficitaires, ont l’intention de réduire encore leur production, et que la demande asiatique en énergies fossiles augmente de nouveau, indique l'expert. Le secteur du pétrole et du gaz devrait donc, contre toute attente, tirer son épingle du jeu en 2020, au contraire de celui des énergies propres qui subirait un sévère coup de mou.

Saxo Bank fait également l'hypothèse que le secteur des microprocesseurs connaisse un nouvel hiver (après ceux des années 1960 et 1980, quand les résultats réels des applications des semi-conducteurs n'avaient pas été à la hauteur de l'engouement). Dans ce cadre l'indice SOX des valeurs du secteur chuterait de l'ordre de 50%, les marchés "prenant conscience des limites de l'IA".

Enfin, l’Asie pourrait lancer une cryptomonnaie de réserve afin de réduire sa dépendance au dollar sur le front commercial. Saxo Bank imagine donc l’Asian Infrastructure Investment Bank lancer l'Asian Drawing Right (ADR), une cryptommonnaie destinée aux échanges commerciaux sur le continent asiatique qui recevrait le soutien de la Russie -autre partisan de la "dédollarisation" de l'économie mondiale- ainsi que celui des pays du Golfe. Le dollar accuserait le coup face à la montée en puissance de l'ADR -qui se traduirait par un problème de financement des déficits "jumeaux" (budgétaire et commercial) américains- et se déprécierait de 20% face à l'ADR en quelques mois et de 30% par rapport à l'or.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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