Connexion

Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Rachat de Tesla, récession allemande... Les 10 prévisions chocs de Saxo pour 2019

mardi 4 décembre 2018 à 16h32
Les prévisions choc de Saxo Bank pour 2019

(BFM Bourse) - La tradition est bien installée : les premiers jours de décembre sont l'occasion pour Saxo Bank (désormais adossé au groupe chinois Zhejiang Geely) de présenter ses prévisions chocs pour l'année à venir. Entre une nationalisation des principaux pans de l'économie britannique et un rachat de Tesla par Apple, les propositions ont de quoi faire tiquer - et c'est bien là leur but.

En matière d'investissement, se complaire dans des scénarios écrits à l'avance est une attitude dangereuse. Les investisseurs devraient à tout moment mettre en place une stratégie visant à limiter les dégâts sur le portefeuille en cas de survenue d'un évènement majeur généralement jugé improbable - ces "cygnes noirs" théorisés par Nassim Nicholas Taleb. C'est bien le sens des dix prédictions outrageuses que Saxo Bank, spécialiste du trading et investissement en ligne, demande à ses principaux stratégistes d'imaginer chaque année. Bien que ces dix évènements n'entrent pas dans le principal scénario macro-économique de Saxo, il s'agit d'obliger les investisseurs à réfléchir aux répercussions de tels coups de théâtre et de la façon de s'y préparer. Car pour improbables qu'ils paraissent, plusieurs de ces scénarios se sont déjà matérialisés par le passé - à commencer par le Brexit imaginé en 2014 ou le crash du marché immobilier américain évoqué dès 2005...

"Un monde dans lequel Donald Trump est président des États-Unis transforme les énormités en simple faits divers dans le flot des informations quotidiennes", souligne Saxo Bank, qui ne quitte pas pour autant de vue la philosophie de cet exercice annuel : "évoquer des événements peu probables - mais pas impossibles - qui pourraient se produire au cours de la nouvelle année".

L’édition de cette année tourne autour du thème "trop c’est trop", explique Steen Jakobsen, économiste en chef de Saxo Bank. "Un monde qui tourne à vide devra se réveiller et commencer à créer des réformes, non pas parce qu’il le veut, mais parce qu’il le doit", explique-t-il. "Je suis frappé de constater à quel point notre société est devenue irresponsable au niveau de la politique, des entreprises et même des individus. La cupidité est la nouvelle tendance et elle est satisfaite par la complaisance plutôt que par un désir d’équité et de productivité. L’accent est plutôt mis sur l’amélioration marginale et la prévention des incidents plutôt que sur la prise de décisions audacieuses pour rendre le monde meilleur, plus rapide, plus juste et plus égalitaire". Selon l'économiste, cette mentalité risque de brutalement se heurter à la réalité en 2019. Considérant que nos sociétés arrivent au bout du chemin ayant consisté à accumuler de nouvelles dettes sans s'attaquer aux problèmes de fond, Jakobsen s'attend à ce que "nous commencions tous à payer la note pour nos erreurs" en 2019....

Les Prévisions choc de Saxo Bank pour 2019 sont les suivantes :

1. L’Union Européenne annonce un effacement de la dette

Comme Carmen Reinhart et Ken Rogoff l'ont montré dans leur ouvrage "This Time Is Different: Eight Centuries of Financial Folly" (Huit siècles de folie financière), les crises financières en Europe se sont très fréquemment conclues par une restructuration voire une annulation de dette Dans le scénario de Saxo, le niveau insoutenable de la dette publique, la montée du populisme, une hausse des taux d’intérêt de la Banque centrale européenne, une diminution des liquidités et une croissance lente rouvrent le débat européen sur la manière de se préparer à une nouvelle crise.

L’Italie est le principal pays concerné, car elle est confrontée à un énorme mur d’échéances qui devrait atteindre environ 300 milliards d’euros de refinancement en 2019 en raison de la flambée de ses taux d’intérêt. Rapidement, la contagion italienne affaiblit les banques européennes alors que l’UE s’enfonce dans la récession. La BCE recourt à un nouveau TLTRO ("Targeted Long Term Refinancing Operations", des opérations de refinancement de long terme) et à de nouvelles directives pour limiter les dégâts, mais ce n’est pas suffisant et lorsque la contagion s’étend à la France, les responsables politiques comprennent que l’UE est au bord du gouffre.

L’Allemagne et le reste de l’Europe centrale, qui refusent de laisser la zone euro s’effondrer, n’ont d’autre choix que de soutenir la monétisation. L’Union économique et monétaire confie à la BCE un mandat de monétisation de la dette pour tous les niveaux d’endettement supérieurs à 50% du PIB et garantit le reste par un système d’euro-obligations tout en déplaçant les objectifs controversés de croissance et de stabilité

2. Apple achète Tesla à 520$ par action

Pari fou de Saxo en 2011, le rachat de Facebook par Apple n'a pas eu lieu (Facebook a choisi d'entrer en Bourse l'année suivante). Pour 2019, la banque imagine qu'au lieu de monter le plus ennuyeux des dispositifs financiers jamais inventés pour redistribuer 237 milliards de dollars de trésorerie accumulée, Apple utilise sa cagnotte pour racheter Tesla à 520 dollars par action (100 de plus que ce qu'Elon Musk avait imprudemment évoqué l'été dernier). "Cette acquisition est tout à fait logique. Elle est assez petite pour être une opération entièrement au comptant et ne représente que 12 mois de flux de trésorerie disponible pour Apple.

Les deux entreprises se concentrent toutes les deux sur l’ingénierie et la conception de matériel informatique couplé à des modèles de distribution verticalement intégrés dans les secteurs des dernières tendances", raisonne Saxo. L'adossement permettrait à Tesla de poursuivre le développement de ses capacités de production, afin de garder une longueur d’avance sur la concurrence et de devenir l’un des futurs leaders de l’industrie automobile.

3. Donald Trump limoge Jerome Powell

La réunion de décembre 2018 aboutit à une faible majorité des gouverneurs de la banque centrale américaine se prononçant en faveur d'une hausse des taux, alors que le marché du crédit se tend. La hausse de trop pour l’économie et les actions américaines qui chutent au premier trimestre 2019. Furieux, Trump limoge Powell et nomme Neel Kashkari, président de la Réserve fédérale du Minnesota, pour lui succéder. Ce dernier propose de financer à taux zéro les projets d'investissement dans les infrastructures de Donald Trump et laisse filer l'inflation.

4. Parité entre la livre sterling et le dollar américain

Theresay May ne parvient pas à obtenir le feu vert du Parlement britannique au projet d'accord de sortie de l'Union européenne qu'elle a négocié, la date d'expiration de l'article 50 est reporté et des élections anticipées amènent Jeremy Corbyn au pouvoir. Ce dernier se lance dans une politique directement inspirée des principes socialistes du XXe siècle, nationalise les services publics et les réseaux ferroviaires. Pendant ce temps, le dossier du Brexit reste irrésolu, les déficits s'accroissent, l'investissement chute, et la livre tombe pour la première fois de son histoire à parité avec le dollar.

5. General Electric dépose le bilan, Netflix en difficulté

Tout commence par la perte de crédibilité de General Electric sur les marchés du crédit, ce qui fait grimper le prix par défaut des crédits au-dessus de 600 points de base, mais provoque aussi la panique chez les investisseurs face aux 100 milliards de dollars de dettes de GE, au moment même où l’entreprise constate une détérioration de la génération de cash-flows. Incapable d’endiguer la situation, GE dépose le bilan.

Par effet de domino, les coûts de financement des entreprises américaines flambe. Le financement de la croissance de Netflix lui coûte deux fois plus cher et les investisseurs s'inquiètent soudainement du redoutable effet de levier du nouveau géant des contenus, freinant sa croissance au moment où d'autres acteurs comme Disney arrivent en force dans l'industrie du streaming.

Mais ce n'est pas tout : la réaction en chaîne déclenche une incertitude massive sur les obligations à haut rendement, ce qui entraîne un "mardi noir" pour les fonds négociés en Bourse qui suivent le marché high yield américain. Les teneurs de marché ne sont plus capables de coter les fonds pendant toute une séance tumultueuse. Les retombées sur le marché des ETF deviennent le premier signal d’alarme des instruments d’investissement passifs et de leur impact négatif sur les marchés en période de turbulences.

6. L’Australie à la rescousse de sa banque centrale

Le rideau tombe brutalement sur la frénésie immobilière australienne, financée par une accumulation titanesque de dette. Pour la première fois depuis 27 ans, l'Australie entre en récession car la chute des prix de l’immobilier détruit la richesse des ménages et les dépenses de consommation. Le ralentissement de l’activité économique contribue également à une forte baisse de l’investissement résidentiel. L’explosion des créances irrécouvrables comprime les marges et volatilise les profits. L’exposition des banques est trop importante pour qu’elles puissent la couvrir de manière indépendante et un renflouement de la banque centrale d’Australie (RBA) devient nécessaire.

7. L’Allemagne entre en récession

Angela Merkel refuse de se présenter à nouveau à la chancellerie, provoquant une lutte de pouvoir dans le monde politique allemand à un moment où le pays a besoin de stabilité et d’une transformation majeure de son économie face au risque que fait peser une hausse des droits de douane sur les voitures allemandes. Très en retard sur le véhicule électrique par rapport à la Chine notamment, l'Allemagne entre en récession dès le troisième trimestre.

8. Une éruption solaire de classe X sème le chaos et provoque des dégâts à hauteur de 2000 milliards de dollars

Le soleil n’est pas toujours une boule sereine et bienfaisante d’hydrogène en combustion. Par le passé, des nuées d’éruptions et les radiations (EMC) qui leur sont associées, appelées tempêtes solaires, ont déjà perturbé les communications radio et par satellite ainsi que l’infrastructure de transmission d’énergie au sol. En 1859, une éruption de classe X40, la plus puissante jamais observée, avait illuminé la terre d’une énorme aurore boréale, que l’on pouvait voir jusqu’à Cuba pendant la journée, et rendu inutilisable les équipements télégraphiques de l'époque. En 2012, la terre a évité à quelques semaines près une autre éruption de classe X.

En 2019 la Terre a moins de chance et une tempête solaire s'abat sur l’hémisphère ouest, provoquant la panne de la plupart des satellites situés du mauvais côté de la planète à ce moment-là et provoquant un chaos immense dans les infrastructures d’énergie électrique et de transport/logistique dépendant des GPS, au sol comme dans les airs. Il en coûte 2.000 milliards de dollars - soit 20% de moins que le scénario catastrophe envisagé dans une étude commandée par Lloyds sur les risques financiers potentiels des tempêtes solaires en 2013, souligne Saxo.

9. Adoption d’une taxe mondiale sur le transport

Face à une nouvelle année de conditions météorologiques extrêmes, déclenchant une série de canicules, les secteurs de l'aviation et du transport maritime deviennent les cibles d’une nouvelle taxe mondiale sur les transports qui touche les billets d’avion et une taxe au tonnage sur le fret maritime dont le prix est lié à l’empreinte carbone.

Les politiques ont le courage de faire appliquer cette taxe par le biais d’une mesure radicale qui contourne les systèmes volontaires d’échange de droits d’émission de carbone et les initiatives de l’industrie afin d’agir plus rapidement, réduisant les profits du tourisme, du transport aérien et du transport maritime. La Chine prend la question à bras le corps laissant les États-Unis de plus en plus isolés : à contrecœur, ils se rallient à leur tour à une taxe mondiale sur les transports aériens et maritimes.

10. Le FMI et la Banque mondiale annoncent leur intention de cesser de mesurer le PIB

Lors des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, les économistes en chef Pinelopi Goldberg et Gita Gopinath ont annoncé leur intention d’arrêter de mesurer le PIB. Ils soutiennent que cet indicateur n’a pas réussi à saisir l’impact réel des services technologiques à faible coût et n’a pas été en mesure de tenir compte des questions environnementales, comme en témoignent les effets terribles de la pollution sur la santé humaine et sur l’environnement en Inde et ailleurs dans le monde.

Au lieu d’utiliser le PIB, le FMI et la Banque mondiale proposent de se concentrer sur la productivité, qui permet de mieux évaluer l’évolution de la capacité de production d’une économie au fil du temps. Comme l’avait écrit Paul Krugman, lauréat du prix Nobel d’économie en 1994 : "la productivité n’est pas tout, mais sur le long terme, elle est presque tout". Pour simplifier, la productivité mesure la production par heure travaillée. Mais en réalité, la productivité est une notion bien plus complexe. En fait, elle peut être considérée comme le facteur le plus déterminant du niveau de vie au fil du temps, note Saxo. Si un pays cherche à améliorer le bonheur et la santé de ses citoyens, il doit produire davantage par travailleur qu’il ne le faisait auparavant.

Depuis la révolution industrielle qui a commencé au XVIIIe siècle, l’augmentation de la productivité a été le principal moteur de l’augmentation du PIB par habitant et, en fin de compte, de l’amélioration de notre niveau de vie. Cette décision sans précédent du FMI et de la Banque mondiale mettant fin au long règne du PIB comme indicateur de référence symbolise également la fin de l’ère dominée par les banques centrales, qui a été associée à l’effondrement de la productivité mondiale depuis la crise financière mondiale.

>> En savoir plus sur le site de Saxo Bank ici.

Guillaume Bayre - ©2018 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+288.60 % vs -4.60 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat