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Le taux de robotisation d'un secteur industriel le rend plus ou moins réactif aux baisses de taux

dimanche 10 juillet 2022 à 07h00
Un robot de la firme allemande Kuka à l'œuvre dans une usine automobile

(BFM Bourse) - La politique monétaire se transmet de façon différente selon le degré de robotisation d’un secteur industriel, suggère une étude de la Banque de France. L'emploi dans les industries fortement robotisées est presque deux fois moins sensible à une baisse de taux d’intérêt que dans les industries peu mécanisées comme l'électronique ou l'automobile.

La place de la robotique, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle s'accroît depuis des décennies dans l'ensemble des activités économiques, et l'industrie n'échappe évidemment pas à la tendance. Comme le rappelle Stéphane Lhuissier, économiste chercheur au sein du service d’études sur la politique monétaire de la Banque de France, dans le "Bloc-note éco" de l'institution, le taux de robotisation -défini comme le nombre de robots par million d’heures travaillées- en zone euro est passé de 0,25 en 1990 à plus de 1,75 en 2019.

Intuitivement, dans une industrie fortement robotisée, où le capital remplace le travail de manière significative, les politiques monétaires qui stimulent la demande pourraient conduire à des effets amoindris sur l’emploi car elles ne réussiraient pas à remplacer les emplois que la technologie a rendus obsolètes, postule Stéphane Lhuissier.

Pour vérifier cette intuition, l'économiste a comparé les effets de la politique monétaire sur l’emploi des industries fortement et faiblement robotisées en appliquant un modèle statistique (cadre à vecteur autorégressif) à un ensemble de données de panel sur les différentes industries, données en provenance des USA sur une durée assez importante (1990 à 2007), croisées avec les "surprises monétaires" définies comme les annonces de politique monétaire du Comité fédéral de l’Open Market (FOMC) de la Réserve fédérale entraînant un changement dans les contrats à terme sur le taux des Fed Funds.

L'influence de la politique monétaire sur les prises de décisions technologiques

Résultat, il apparaît bien qu'une baisse de taux a un impact sur l'emploi significativement plus fort au sein d'industries telles que l'ameublement, l'imprimerie ou encore le textile (à faible taux de robotisation) que dans des industries très robotisées comme l'électronique, la chimie ou bien l'automobile.

A la suite d’une décision monétaire accommodante faisant baisser le taux des fonds fédéraux de la Réserve fédérale de 0,25 point de pourcentage, l’emploi augmente à son maximum de 0,7% dans les industries fortement robotisées et de 1,3% dans les industries faiblement robotisées, indique l'étude statistique.

"La politique monétaire peut influencer les prises de décisions technologiques des firmes. Il apparaît donc que la robotique contribue à expliquer les effets hétérogènes de la politique monétaire selon les secteurs d’activité. Cette analyse peut largement être soutenue et éclairée par l’étude théorique récente de Fornaro et Wolf (2021) selon laquelle la politique monétaire affecterait les prises de décisions technologiques des firmes, et plus particulièrement la répartition des tâches de production entre le capital et le travail", estime le chercheur. "Dans leur modèle, le capital et le travail sont hautement substituables dans les activités de production. Ainsi, la baisse du coût relatif du capital (par rapport aux salaires) permet aux firmes de remplacer le travail par du capital dans les tâches de production, ce qui accroît l’utilisation des technologies robotiques et donc l’automatisation des tâches".

Dans ce contexte, dans les industries fortement robotisées (où le travail et le capital sont substituables), "une relance monétaire au moyen d’une baisse des taux d’intérêt engendre une baisse du coût relatif du capital des firmes et favorise une réallocation des tâches de production vers le capital, stimulant ainsi davantage la productivité du travail que l’emploi". À l’inverse, dans une industrie faiblement robotisée, "le phénomène de réallocation des tâches de production est de moindre importance et, par conséquent, la demande de main d’œuvre accélère davantage".

G. B. - ©2022 BFM Bourse
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