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La face sombre des paris sportifs pèse sur la performance boursière du secteur

dimanche 20 juin 2021 à 07h00
L'Euro 2020 de football suscite un pic de paris sportifs

(BFM Bourse) - Compétition la plus suivie au monde après la coupe du monde, l'Euro 2020 qui se déroule actuellement est une aubaine pour les sociétés de paris anglo-saxonnes. Pourtant, les cours des bookmakers cotés en Bourse (comme Flutter Entertainment ou 888 Holdings) tendent à redescendre de leurs sommets...

Les paris sportifs et en particulier les paris à cote bénéficient d'une popularité grandissante. La période de la coupe d'Europe de football, l'une des compétitions les plus suivies au monde, constitue une forme d'apothéose pour l'industrie.

Les opérateurs de paris sportifs multiplient les possibilités durant toute la compétition, offrant de parier sur le vainqueur d'un match, sur la différence de buts, sur le nom du premier buteur, etc. Histoire d'attirer au-delà du cercle des accros habituels de parieurs, que ce soit par curiosité, par conviction dans les chances de son équipe nationale (ou même par volonté de mitiger une déception en cas de défaite, en pariant sur l'équipe adverse: une forme de pari de couverture)

L'afflux prévisible de paris lors de l'UEFA Euro 2020 -l'appellation officielle de la compétition qui sans la pandémie se serait tenue l'an dernier- n'est cependant que "l'arbre qui cache la forêt d'un marché extrêmement lucratif", souligne John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud.

Près de 10% de croissance par an

Le marché mondial des paris sportifs est extrêmement dynamique et connaît une croissance rapide, relève dans son document d'enregistrement annuel la Française des Jeux (FDJ), qui exploite notamment le site "Parions Sport En Ligne". Ce marché a représenté un "produit brut des jeux", ou PBJ (soit le montant des mises diminué des gains remportés par les joueurs) de 34,7 milliards d'euros en 2019 dans le monde, contre 21,9 milliard en 2014, soit un taux de croissance annuel de 9,8% en moyenne.

Libéralisé en Grande-Bretagne dès les années 1960, le marché des paris sportifs est très jeune ailleurs dans le monde. En France, c'est le 12 mai 2010 qu'il a été ouvert à la concurrence. Aux Etats-Unis, les jeux d'argent étaient illégaux en dehors du Nevada, selon une loi fédérale annulée en 2018 par la Cour suprême. Cette année, seulement un certain nombre d'Etats, à commencer par le New Jersey, ont légalisé une certaine forme de paris sportifs ainsi que d'autres jeux d'argent, note John Plassard.

Avec la conversion des Etats-Unis et d'autres pays -par exemple l'Inde, où le gouvernement réfléchit à une législation moins restrictive, ne serait-ce que pour contrer les paris illégaux- c'est une croissance à deux chiffres qui est attendue ces prochains années.

Un certain nombre d'opérateurs sont des entreprises cotées en Bourse, ce qui permet de mesurer l'appétit des investisseurs pour l'industrie des paris. Or, malgré la coupe d'Europe, leur parcours boursier connaît dans l'ensemble une inflexion significative depuis un pic atteint au printemps dernier, grosso modo mi-mars lorsque s'est précisé le retour des grandes compétitions.

Le talon d'Achille de l'ESG

Depuis lors sur le Nasdaq, Penn National Gaming a perdu 46% et Churchill Downs 25%. A Londres, Flutter Entertainment (ex-Paddy Power) est en repli de 24% et 888 Holdings de 20%.

À titre de comparaison, l'action FDJ est au contraire en hausse de 29% depuis mi-mars (et de 35% depuis début janvier). Mais le groupe français est dans une situation particulière puisqu'il tire l'essentiel de ses revenus des jeux de tirage et des loteries. Les paris sportifs représentaient ainsi seulement 24,4% des mises totales passant par la FDJ au premier trimestre, même si elles progressent très fortement (+46,1% sur un an, contre une hausse globale des mises de 11,8%).

Le bilan "ESG" (respect des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance) est en effet le principal talon d'Achille de l'industrie des paris sportifs. L'utilité sociale des jeux est en effet bien difficile à déceler. D'un côté, la probabilité de gagner de l'argent décroît avec le temps - soit exactement le contraire de la Bourse. Par définition, pour que les bookmakers gagnent de l'argent (et c'est le cas), il faut que la masse des joueurs en perde. À l'aide de modèles mathématiques extrêmement sophistiqués, les opérateurs établissent des cotes en se ménageant une marge pour être certains de ne pas perdre, ce qui signifie que l'espérance de gains des joueurs est négative. Mathématiquement, plus on joue, et plus la moyenne des résultats des paris passés va se rapprocher de l'espérance de gains... en l'occurrence une certitude de perte.

De l'autre, une certaine fraction des joueurs développe des pathologie d'addiction véritable et/ou entrent dans une spirale financière toxique, pariant de plus en plus en espérant se refaire (alors que les statistiques sont contre eux). Le jeu compulsif peut affecter la santé mentale et les relations personnelles d'un individu, entraînant dépression et endettement.

En outre, "les paris sportifs qui sont soumis à un aléa moins important que la loterie [il est possible de truquer le résultat d'une rencontre, pas d'un tirage aléatoire], sont susceptibles d’intéresser les réseaux de blanchiment d’argent", indique la FDJ dans les facteurs de risque sur son activité. L'opérateur tricolore a ainsi adressé pas moins de 252 déclarations de soupçon à TracFin l'an dernier.

Un risque réglementaire important

"La cybercriminalité dans le secteur augmente à un rythme rapide. La manipulation des signaux par le biais de fausses applications et le piratage basé sur les applications sont quelques-unes des principales préoccupations qui entravent la croissance du marché", observe John Plassard. "La face sombre des paris sportifs (trucage de matchs, corruption, criminalité organisée, etc.) a un impact direct sur l’image du sport et, implicitement, sur son développement", ajoute-t-il.

Cette semaine, la SPAC DraftKings, cotée au Nasdaq et qui a fusionné avec le spécialiste des paris sportifs d'origine bulgare SBTech, a même été ouvertement accusée par Hindenburg Research d'être massivement impliquée dans des paris illicites, le blanchiment d'argent et le crime organisé. Derrière une façade faite de partenariats avec de prestigieuses fédérations sportives aux Etats-Unis (de la NFL au NASCAR en passant par la PGA) et d'ambassadeurs célèbres - ou d'ambassadrices comme la mannequin brésilienne Gisele Bundchen, récemment nommée "conseillère spéciale" du CEO sur les questions ESG, la firme tire au moins la moitié de ses revenus de marchés où les paris sont... illégaux, tout en s'efforçant de masquer la réalité aux investisseurs. Le titre a perdu 4,2% jeudi, portant à 40% sa baisse depuis mars.

Confrontées à cette menace, les organisations sportives ont réagi par la création de structures et de mécanismes de surveillance, avec lesquels elles ont établi des relations juridiques spécifiques. Les législateurs ont suivi, eux aussi, la tendance de la régulation (voire de la pénalisation) des paris sportifs et du trucage des matchs. À l’heure actuelle, la plupart des législations nationales gouvernant ce secteur sont encore largement à l'état de chantiers, et un durcissement supplémentaire est loin d'être exclu.

Pour qui réfléchit à investir dans la thématique, il convient donc de prêter une grande attention à l’aspect ESG "qui ne doit surtout pas être négligé" conclut le spécialiste.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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